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Lord et Cloutier au 70e anniversaire de Pro Musica

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©Annie Diotte

La salle Pierre-Mercure du centre Pierre-Péladeau s’est émerveillée à la vue du conte féerique s’étant déroulé sous ses yeux le dimanche 4 novembre

70 ans de Pro Musica

À l’image du narrateur, c’est la nouvelle directrice générale Mme Suzanne Matte qui nous dresse le portrait de Pro Musica qui fête ses 70 ans et c’est l’occasion pour son fidèle public de se réunir pour savourer une artiste personnifiant l’amour de la musique elle-même. Depuis toutes ces années, La société Pro Musica fait la promotion de la musique de chambre à travers 4000 œuvres à ce jour appartenant à des courants, des époques et des écoles diversifiées. C’est un organisme et un espace loyal à la découverte des artistes de renom, ainsi que des artistes de demain. La série Les Mélodînes nous fait d’ailleurs découvrir les jeunes musiciens qu’elle forme et introduit à la scène.

 

« La société Pro Musica met sa triple vocation, artistique, pédagogique et philanthropique, au service de tous les Montréalais. »

 

Et qui de mieux placé pour véhiculer cette histoire et la faire revivre que l’émérite soprano Marie-Josée Lord accompagnée de son talentueux pianiste et ami, Hugues Cloutier?

L’hommage

C’est alors qu’apparaît la protagoniste et son allié, entourée d’un halo vivement coloré. La foule répond par un tonnerre d’applaudissements, elle scintille.

Le premier morceau, Frauenliebe und –leben, de Schumann nous emporte dans la vie d’une femme et de son amour. « Attention! », nous dit-elle, car il s’agit d’un cycle, c’est-à-dire un morceau composé de plusieurs actes. « Je vous ferai don d’un clin d’œil lorsque le cycle sera terminé », annonce-t-elle a son auditoire qui, tels des enfants, se régalent des bons soins de leur nourrice. Elle enchaîne par la suite avec Gretchen am Spinnrade de Schubert, qui raconte l’histoire de Marguerite aux rouets, une jeune femme éperdument amoureuse dont la frénésie est dictée par la cadence du dit rouet et des doigts du pianiste. C’est avant l’entracte que la soprano nous porte le coup de grâce avec Erlkönig de Schubert, un classique des poèmes allemands dont le narrateur conte les efforts d’un père pour sauver son jeune fils malade aux prises du Roi des aulnes, une créature maléfique hantant les forêts. C’est avec une impeccable habileté que la soprano et le pianiste arrivent à basculer de façon aussi dichotomique dans chacun des points de vue des différents personnages. L’œuvre est d’une telle complexité que Marie-Josée Lord nous informe même que certains pianistes refusent de la jouer en concert à moins d’être monnayé davantage.

©Annie Diotte

L’entracte laisse à l’audience le temps de se remettre de cette vague émotive chargée offerte parfois avec délicatesse et tantôt avec véhémence. Ce n’est que durant cette courte ellipse que le lecteur se rend compte que Marie-Josée Lord, ce n’est pas la conteuse, c’est le livre! Elle est vecteur d’émotions et cela se remarque dans son discours saccadé, à la recherche de mots, non pas par manque de vocabulaire, mais plutôt par la recherche des mots; ceux qui sauront verbaliser et exprimer le mieux ce qui l’habite. Aux oreilles chastes, le discours ne devient clair que dans la musique, sa véritable langue, et elle s’efforce de nous la traduire dans une langue qui nous est propre. La musique est universelle, l’émotion l’est tout autant, les mots n’en sont que les instruments. En matière d’Allemand, et je pense partager ma situation avec la majorité de l’audience, je n’y connais presque rien. Il faut dire que l’artiste tente de nous résumer l’histoire avant d’entrer en transe, mais la véritable histoire sait naître en dépit de la sémantique.

En deuxième partie, Marie-Josée Lord nous chante des poèmes de Théophile Gautier, Jean Lahor et Baudelaire. L’amour, l’absence, la tristesse, le voyage, la deuxième partie est emplie d’émotions profondes et envahissantes. Ainsi, le public se noie dans la voix de la soprano et, sans résistance aucune, se laisse transporter au gré du lyrisme des poèmes et des notes de piano.

 

Finalement, c’est comme sortie d’une sorte de torpeur, suivant les remous de la vague, que le public se lève pour applaudir ses sirènes.

 

Par Samuel Girard en collaboration avec Anta Samb

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