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La convivialité : l’orthographe est-elle respectable ?

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©Véronique Vercheval

Qui eut cru que ma soirée de mardi commencerait par une dictée? D’ailleurs, qui eut cru que je sois intéressée à assister à une pièce dont la description est : conférence-spectacle sur la langue française et l’orthographe? Pourtant, non seulement y suis-je allé, mais j’ai aussi adoré.

Mardi le 30 octobre dernier, le théâtre Denise-Pelletier présente la première de La convivialité, interprétée par Arnaud Hoedt et Jérôme Piron. Ils en sont les auteurs et contribuent activement à la cause de l’orthographe à travers un livre, La faute de l’orthographe, des articles et des représentations. Un marteau à l’écran et deux hommes sur scène attendent que les spectateurs s’assoient.

Pas de décor ni d’entrée spectaculaire. Nous voilà en classe assis avec de quoi noter devant deux profs et leur écran noir.

La Convivialité  est un spectacle belge qui met en scène deux professeurs qui nous invitent à réagir avec un œil critique à l’orthographe et notamment à sa complexité qui, comme ils l’expliquent, provient souvent d’erreurs du passé. Aidés de l’écran, ils mettent de l’avant les répétitions, le nombre de manières d’écrire un même son, l’histoire de la règle du participe passé employé avec le verbe avoir s’accordant uniquement avec son complément d’objet direct si et seulement si…. Et tout ce qui peut nous rendre fier d’en maîtriser les subtilités, mais peut s’avérer un handicap considérable pour autrui. Ils en appellent ainsi à une rigueur de l’orthographe libérée des règles aléatoires et qui réduirait les pages et les pages d’exceptions qu’accompagnent l’apprentissage du français écrit. Ils dénoncent notamment l’attachement de l’opinion publique qui défend cette orthographe.

©Véronique Vercheval

Au-delà du type conférence, il y a interaction; ce qui dynamise le spectacle, mais aussi engage les spectateurs dans la démonstration et dans le processus de réflexion critique. Parce qu’après avoir été convaincu de l’absurdité de certaines règles d’orthographe, on se demande comment se fait-il que ce ne soit que maintenant qu’on en entende parler. Et alors, Arnaud et Jérôme, mentionnant les freins mis par l’opinion publique elle-même, font refléter notre image à l’écran.  C’est à ce moment qu’on se rend compte que ce masochisme de l’écriture nous est inculqué depuis bien longtemps et que ce serait pour nous un sacrifice que de céder à la tentation de le changer. Il s’agit bien là d’un acte égoïste, car réduire le temps passé à apprendre l’orthographe des mots (qui sert à ce jour de motif de jugement pour l’oubli d’une double consonne) permettrait aux enfants des générations futures d’en apprendre plus sur d’autres matières. Il y a cela et aussi le piédestal sur lequel nous plaçons l’orthographe intouchable et sacrée, à laquelle nous nous plions sans mot dire.

 

Mais l’orthographe n’est-elle pas un outil de langue à notre service? Ainsi, lorsque la liberté et la dignité humaine se dégradent et que l’homme s’asservit à l’outil, alors ledit outil dépasse son seuil de convivialité. Voilà la leçon de la conférence-spectacle sur la langue française et l’orthographe des belges Arnaud Hoedt et Jérôme Piron.

Un mot sur la féminisation ? 

C’est une question au centre de leur débat. D’ailleurs, « la Belgique a un point en commun avec le Québec, celui d’être bien plus avancé que la France concernant la question ». Le sujet n’est toutefois pas abordé dans le spectacle, car ils souhaitent garder une distinction nette entre l’orthographe et la langue.

En (très) bref

Les supplémentaires sont complets, mais si un jour vous avez l’occasion de les voir sur planche ou lors d’une conférence, accourez, car voilà une pièce qui porte à réfléchir, qui défie et qui fait rire : un vrai kou de keur.

https://www.denise-pelletier.qc.ca/spectacles/82/




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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