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L’Odyssée de Fulay

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Crédit Yakimo Bohio

Et si on donnait la possibilité à un chanteur, auteur et compositeur de talent de conter sa musique? Sans surprise, le résultat sera époustouflant de beauté et vous laissera rêveur des jours durant.


En sortant du Gesù le 26 octobre, j’avais la tête pleine de musique et l’esprit transporté. Sidi Bemol m’avait fait rêver pendant 1h30 à travers le voyage de Fulay.
Fulay, l’homme libre qui décrit sa liberté en grimaçant, que le couscous a malmené et que les femmes ont tourmenté. Fulay qui nous rappelle de considérer la place de l’art, de considérer ce qu’il est, son utilité et sa beauté. Fulay qui s’est perdu entre le chant et la danse, dont l’histoire a fait voyager et emmener au-delà de l’imaginaire.
Assis dans cette pièce de théâtre, nous l’avons accompagné dans les cieux et aux bas fonds de la terre, à travers la barque des morts. Nous avons ri de ses joies et pleuré ses malheurs. Dans un instant suspendu du temps, la musique nous a transportés et l’histoire nous a habités.
Au long de l’odyssée, plusieurs mythes se sont prêtés mains fortes pour enjoliver le parcours du héros. C’est ainsi qu’il croisa des dieux et déesses emprunts des mythologies grecques et égyptiennes aux connotations berbères, témoignages de la diversité et de l’échange de culture présent dans le bassin méditerranéen. La pièce est le fruit d’une inspiration des oeuvres d’Apulée (en berbère Afulay). Parmi les 15 morceaux accompagnant la pièce, nous retrouvons “Atina” (Athéna), “Aydes” (Hadès) et “Tigenawin” (Les déesses). Des musiques aux sons différents, représentatives de divers axes de narrations.

 

Et socialement, ça donne quoi?
J’aime voir du sens à chaque parole. C’est ainsi que pour moi, l’odyssée de Fulay traita de divers problématiques sociaux.  
Quand Fulay s’ennuie dans les cieux, j’y vois la désolation qu’engendre une vie “trop parfaite”,  l’importance de l’humour dans la communication du protagoniste et la solitude d’être incompris quand ses normes sociales sont mises à rude épreuve face aux entités divines chercheuses de sens et d’utilité.
L’homme libre qu’est Fulay vécut un calvaire sur l’île des travailleurs. Ces gens si obnubilés par le repos éternel qu’ils travaillent de génération en génération, faisant de cette chimère l’aspiration ultime. Nos sociétés actuelles ne sont-elles pas dans la même situation à creuser un tunnel encore plus profond pour accueillir toutes la monnaie que l’on peut amasser?
Les parias qui fuient ce mode de vie et finissent par s’échouer au large de l’île, sont chacun de nous à certains moments de nos vies. Car malgré les histoires d’échecs entourant ceux qui fuient, l’espoir de quitter l’île habite encore les gens qui y résident. Comme l’espoir qui habite chacun de nous à certains moments de nos vies.

Et techniquement, ça donne quoi?
La pièce était remarquable de technicité.

Tantôt outils pour creuser, tantôt rame, la guitare se métamorphosa le long du récit et outrepassa son rôle d’instrument de musique, c’était bel et bien un personnage à part entière. Un instant marquant de la pièce fut l’image d’Unisa au travers des cordes lors de l’intrepretation de “Tigenawin”.
L’espace central aussi se vit attribuer plusieurs tâches, il ne suffit pas d’être l’atelier de Fulay sur lequel son génie se repose, il faut aussi être la barque qui le mène au royaume d’Hadès, le bateau le libérant de l’île de la solitude et le banc, témoin de sa conversation avec Unisa.
Le tbal quant à lui a été le dernier personnage de la pièce et rythma les instants heureux de Fulay. Festif et comique, c’est une fraction capitale de l’esprit du protagoniste qu’on nous laisse deviner.
Sans être grande connaisseuse de l’envers du décor théâtral, il était facile de deviner qu’un travail gargantuesque a dû être fourni pour parvenir à une mise en scène tissée au millimètre près.

Ce voyage dans l‘antiquité berbère fut mystique, ce que j’ai appris par la suite en faisant des recherches vaut son pesant d’or. L’Odyssée de Fulay m’offrit des airs de printemps pleins la tête en plein automne. Une ouverture remarquable pour le Festival Du Monde arabe qui promet une suite d’événement Homérique.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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