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Just’une chronique : vivre son exil en son pays, comment et pourquoi.

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La Garonne, le fleuve baignant Toulouse.

Que l’on se le dise tout de suite, ces lignes ne sont pas à prendre avec de l’acétaminophène mais simplement avec un frappuccino caramel, très prisé de certains à la Poly. Nous avons convenu d’éviter les dissertations sonnantes et trébuchantes, ponctuées de références obscures sur les espaces de Sobolev, l’entropie de ce cher Boltzmann et la stabilité de Lyapunov en ce début de session, la pudeur est de mise après les vacances! Point de balivernes que de la verve piquante pour nos lecteurs.

Le ton est léger, oui. Le sujet est bien cocasse : un québécois d’adoption revenu au pays du coq, de la cocarde et… du Concorde. Un authentique autochtone français ayant dit non aux du coup et fronçant les sourcils à chaque résurgence de cette locution proscrite. Mais, au fait, que m’est-il donc arrivé dans l’Est au sein du Vieux Continent et s’agit-il du dernier opus de ma chronique? Inquiétez-vous, non! Nous reviendrons pour une année riche en émotions, en dank mémés et en consommation de café.

Les avantages de l’aventure à domicile

Quelques années de présence, de vie, de joies et de remises à la Poly laissent quelques traces au sein du cortex profond d’un étudiant lambda. En effet, se re-conformer aux habitudes européennes est très pénible pour un revenant. Par exemple, qui aurait l’idée d’aller serrer la main/faire la bise à TOUS ses collègues, et ce chaque matin? Quelle idée, également, de s’encombrer d’une veste par quinze degrés, sachant que le mercure excédera inexorablement les trente à la fin de la journée? Pourquoi, également, comprendre qu’aller au dépanneur n’implique pas que votre char est brisé? Tant de questions trottaient dans mon cerveau, puis vint le constat fatidique: nos continents sont distants dans l’espace euclidien comme dans l’espaces des us et coutumes.

Mais, au bout du compte, le retour aux sources est implacable : comme un cosinus croisant l’axe des abscisses, mû d’un soubresaut et voguant vers l’unité; une baguette, savamment dorée et d’une exquise senteur, m’a rappelé à ma vanité! Plat malheur et soupirs que transcendent celui qui se rend compte de cette évidence; malgré Montréal et Aramark en son cœur il se fait séduire par la France. Coupons-là cette dissertation philosophique et venons en à la partie agréable, la ville dans laquelle je travaille, la ville Rose.

Aventureuse capitale occitane…

Alors premièrement, la ville de Toulouse n’est pas rose, non, elle est après analyse méticuleuse de ma part et de celles de mes pairs plutôt orangé foncé. Cette couleur vient du fait que la plupart du centre ville est construit en briques, un peu comme dans certains quartiers de Montréal mais en plus ancien, il faut l’avouer. Le style architectural si spécial de la ville, enfin plutôt la stratification des styles, vient du fait que Toulouse a près d’un millénaire et demi d’existence à son actif. Capitale du Royaume Wisigoth, puis place-forte de ses Comtes, qui ont osé s’insurger maintes fois contre le pouvoir divin du Roi de France, elle est ensuite devenue une cité progressiste de premier plan aux portes de l’Espagne, grande puissance mondiale aux XVIe et XVIIe siècles. Enfin, elle fut consacrée dans les années soixante capitale européenne de l’aéronautique, quelques entreprises du secteur y sont fermement implémentées Airbus, Thales, Safran, l’Agence Spatiale Européenne, Ariane Espace, et j’en passe…

Non, dire que l’on s’ennuie dans la quatrième ville de France est peu conforme à la réalité. Sa vie étudiante est bourgeonnante, de la médecine à la biologie tout y est traité, en particulier le génie. Logiquement, la vie culturelle y est riche, plusieurs artistes toulousains tels que Claude Nougaro, Zebda ou encore Jain en sont originaires. On pourra citer également Jean Jaurès, homme politique toulousain opposé au bellicisme européen à l’aube de la Première Guerre mondiale, dont l’assassinat précédera de quelques jours celui qui précipita le Vieux Continent dans le chaos. L’Histoire et la Technologie s’y sont également mariées dans la célèbre Cité de l’Espace, relatant l’aventure Européenne qu’a été la fusée Ariane, toulousaine mais décollant de Guyane.

L’aventure en mangeant, nous ouvre les frontières!

“What is Cassoulet?” telle fut la question majeure durant la campagne présidentielle des ÉU en 2008.

Mais arrêtons-nous, prendre tant de hauteur dans l’espace-temps épuise les cartésiens que nous sommes. Buvons un café autour de la place du Capitole, qui est le cœur de cette noble métropole ; restos et brasseries y sont fort nombreux, faites donc en sorte de rendre le hasard heureux.

D’ailleurs… la gastronomie toulousaine, quid est ? Faisons-en tout un plat, âmes véganes s’abstenir. Tout d’abord, on peut citer le cassoulet, très connu après son apparition impromptue à Times Square. Quoi ? Vous ne savez donc pas ? Des plaisantins de la télévision française s’étaient évertués à porter une bannière avec inscrit le seul nom du plat dessus en 2008, le soir de victoire de Barack Obama. Juste « cassoulet » à une heure d’audience forte, les statistiques de Google avait littéralement explosé, voulant recréer ce phénomène (que d’aucuns qualifieraient de diabolique) localement à la Poly, je resterai volontairement muet sur le sujet du cassoulet. Mais rassurez-vous mille mots équivalent à une image selon l’adage.

Autre spécialité, les saucisses de Toulouse, qui sont étrillées par leurs homologues de Morteau et de Strasbourg en France, ou de Francfort en Allemagne. Un conseil pour mes amis québécois qui me lisent : prendre une position pour une variété de saucisses est un sujet extrêmement sensible outre-atlantique. Faites attention, c’est comme préférer une microbrasserie, c’est donc diviser. Ah en parlant de concorde, enfonçons – non sans gourmandise – le clou pour les français, mais nous sommes du camp de la « Grande Chocolatine » dans la ville Rose. Comme le Québec d’ailleurs, les toulousains vous en sont très reconnaissants.

Un aperçu du délicieux plat occitan.

Pour achever cette séance bimensuelle de torture littéraire, gageons que vous vous exilerez un jour dans votre propre pays, au retour d’une aventure longue dans un autre. Pensez alors au chemin accompli, kilométrique et mental, et soyez certains d’une chose, vous êtes bien chanceux d’avoir pu le faire. Mais avant cela, soyez raisonnables… passez-donc à Toulouse manger un cassoulet !

 




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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