Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Lida Moser photographe : Odyssée en noir et blanc

Aucun champ n'est obligatoire



  • Vendredi dernier, dans un recoin de la bibliothèque de la Maison de la culture de Côte-des-Neiges, le professeur Norman Cornett me raconte l’art photographique. «Si vous avez des questions n’hésitez pas à m’arrêter ; vous savez, les professeurs prennent l’habitude de parler tout seul», me dit-il avant l’entrevue. Mais je n’ai que rarement osé, car c’est un expert et un excellent orateur que j’avais devant moi.

     

    «La technologie informe foncièrement les arts depuis l’aube de l’humanité, et c’est particulièrement le cas de la photographie, dont Lida Moser fait partie d’ores et déjà de l’histoire.» – Professeur Norman Cornett

     

    L’article présente le court-métrage documentaire de 28 minutes intitulé  «Lida Moser photographe : odyssée en noir et blanc». Le professeur Norman Cornett, spécialiste et consultant pour le court-métrage nous a reçu en entrevue pour en parler.

    Norman Cornett nous présente le court-métrage, la photographe, la cinéaste et l’intention

    Alors, il m’est un plaisir de m’adresser aux étudiants et étudiantes de la Polytechnique. D’autant plus que ce court-métrage, Lida Moser photographe, il s’agit de l’évolution de la technologie photographique. Techne, le mot est à l’origine grecque et ce mot, nous, on l’associe avec la technologie, et pour cause, c’est-à-dire le processus, les outils, les moyens, mais le mot en grecque à l’origine, le grecque classique, Techné, voulait dire à la fois technique et art. Ce n’est seulement qu’à la suite du 19ème siècle, l’âge des lumières, que nous, en Occident, avons séparé, divorcé la technologie et l’art. Or, à l’origine, les deux allaient de pair : l’artiste travaille par des techniques et avec une technologie qui informe son art, et c’est ça l’enjeu de ce documentaire animé.[…] Le film animé est l’équivalent de la poésie, c’est-à-dire un minimum de moyens pour un maximum de sens.

    Il existe une tension dynamique entre la technologie et les arts, parce que—et je le dis en tant que critique d’art— quand j’entre dans l’atelier d’un artiste, c’est tout comme rentrer dans le laboratoire d’un scientifique, car tous deux font des expériences. On voit combien les arts peuvent servir à la création grâce à l’imaginaire.

    Qu’est-ce que l’équivalent de la création artistique ? Eh bien, c’est l’innovation scientifique. Ce sont des jumelles.

    Vous avez abordé de nombreux thèmes, mais qu’est-ce que ce court-métrage nous apprend ?

    Le court métrage nous apprend à rêver. C’est seulement quand on se sert de notre connaissance, de notre savoir, de notre éducation, de nos cours et des devoirs qu’on nous donne et qu’on s’en sert en y ajoutant l’imaginaire que l’on dépasse la routine, et qu’on dépasse simplement le fait de répéter par cœur. La recherche dépend de la création, de l’innovation. Je le dis en tant que pédagogue, en tant que professeur. La clé de l’éducation supérieure, c’est d’enseigner à l’enfant dans l’adulte, et pour cause parce que pour l’enfant, tout est possible. Ce court-métrage nous rappelle les merveilles de l’enfance et de s’émerveiller devant les possibilités de la création et de l’innovation.

    Le court métrage nous apprend aussi le rôle des femmes, rôle que jusqu’à dernièrement, on ne connaissait que très peu.

    Lida Moser, cette jeune femme juive new yorkaise, à l’âge de 30 ans, est venue à Montréal, au Québec à l’époque d’un Canada français. Elle ne parlait pas un seul mot du français, mais avec son appareil, elle a su documenter le Canada français de 1950, donc bien avant la révolution tranquille des années soixante […] Le corpus de photographie en noir et blanc dépasse 3000 images, elle a su documenter le Canada français qui n’existe plus. Donc, il y a toute une valeur de recherche historique par ce moyen technologique qu’on appelle la photographie.

    Au niveau technique justement, comment s’agencent la photographie et l’animation dans le court-métrage ?

    Il n’y a que les photos noires et blanc de Lida Moser. Elles sont multiples, et elles sont à couper le souffle. Mais on parle quand même d’images qui restent statiques, or quel est le rôle de la réalisatrice Joyce Borenstein ? Eh bien, par l’animation elle insuffle la vie ; ces photos statiques deviennent dynamiques. Elle donne vie à ce qui était mort, et ces photos marchent, parlent, agissent grâce à l’animation. Donc elle rassemble ces photos pour faire en tout une synthèse entre la parole, la musique et la photographie noire et blanc pour une toute nouvelle création. Je tiens à préciser que Joyce Borenstein a fait plusieurs rencontres personnelles avec Lida Moser de son vivant, puis elle a enregistré toutes ces rencontres, donc il y a également les paroles de Lida Moser. (…)

    Ce qui est très intéressant, c’est que Lida Moser personnifiait l’altérité, parce qu’elle était femme, et les femme n’avaient pas le rôle qui leur revenait en photographie.

    Est-ce que c’est parce qu’on est l’autre qu’on ne peut pas apprécier les gens qui viennent d’ailleurs ? Lida Mauser vient briser les barrières de l’altérité, et nous montre que le regard de l’autre peut beaucoup nous apprendre sur soi-même.

    Est-ce que le documentaire, à la date où il se place, porte un message politique ?

    Ce sont les implications de ce film. Vous savez, en 1950, quand elle a réalisé [Lida Moser] son pèlerinage à travers tout le Québec, on ne parlait pas de québécois ; on parlait de Canadien français. Il y avait là cette quête identitaire, et celle-là, elle est politique, mademoiselle Samb. Donc en quelque sorte, le film nous renvoie à l’unicité des francophones en Amérique du Nord. Ce film nous rappelle le fait français.

    Et aussi dans le film, il y a des personnages clés, avec lesquels Lida Moser a voyagé. Entre autres, Félix-Antoine Savard, un des plus grands personnages littéraires […]. De plus, elle a fait le voyage avec Luc Lacourcière, l’un des fondateurs des études ethnologiques dans l’histoire du Canada. On est à la source des sciences sociales du Canada. La troisième personne était Paul Gouin, le fils du premier ministre du Québec, et il a fait entrer Lida Moser dans toute l’élite intellectuelle, littéraire, artistique, culturelle et politique.

    Est-ce qu’on voit Lida Moser ou est-elle surtout derrière l’objectif ?

    On la voit beaucoup. Pour frayer son chemin, une femme parmi tous ces hommes puissants -et ça c’est de l’actualité politique. N’est-ce pas ? -elle se devait d’être bien présente, et c’est sa présence qui lui a ouvert les portes. Elle fixait un but et, sans jeux de mots, elle fixait l’objectif sur son but.

    Une femme déterminée, persévérante, et qui ne baissait jamais les bras.

    http://www.crilcq.org/actualites/item/projection-du-film-de-joyce-borenstein-lida-moser-photographe-odyssee-en-noir-et-blanc/

    https://www.facebook.com/events/736553863359743/

    Publicité-- --Publicité



    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
    Aucun champ n'est obligatoire