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Vendetta : le ballet à l’italienne

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    © Les Grands Ballets

     

     

    Comme Ivan Cavallari, directeur artistique de Grands Ballets Canadiens depuis 2017, le dit si bien : « puisqu’un italien ne pourrait manquer de vous offrir intrigues et passion dès sa première année, vous trouverez tout le suspense voulu dans cette création ».

     

     

    © Sasha Onyshchenko

     

     

     

    Avec cette nouvelle création de la chorégraphe belgo-colombienne Annabelle Lopez Ochea, spécialement conçue pour les danseurs des Grands Ballets Canadiens, c’est effectivement frisson du danger et passions qui s’annoncent. Dans cet univers de mafias italiennes qui collaborent pour le contrôle de la ville tout en se détruisant par des luttes intestines infinies, c’est une nouvelle approche que l’on découvre avec ce ballet contemporain. Vécue en effet à travers les yeux d’une femme, on suit ici l’évolution de Rosalia, interprétée par la danseuse Anya Nesvitaylo, encore une enfant quand s’ouvre le rideau (enfant interprétée par la danseuse Rafaela Leon Alvarez).

     

     

     

     

     

    © Sasha Onyshchenko

    L’œuvre débute alors sur une scène décrivant magnifiquement un amour paternel tendre et dévoué, que reçoit Rosalia de la part de son père, Don Marcello, chef de la famille Carbone, qui partage le contrôle de la ville de Chicago avec les familles Trassi et Bartoni. Chaque famille règne alors sur des domaines spécifiques, respectivement le trafic d’alcool, d’armes et de stupéfiants. Mais voilà que Rosalia, fille bien aimée du Parrain Don Carbone, tombe éperdument amoureuse du fils Bartoni, Stefano, avec lequel elle entame une liaison. Pourtant, ce n’est pas encore là que tout se complique. Les deux familles mafieuses passent en effet outre cet amour peu conventionnel et, au lieu de nous jouer un Roméo et Juliette bien italien, vont célébrer leur mariage. La tradition, si chère au système de valeurs de ces vieilles familles italiennes, veut que le père de la mariée ne refuse aucune demande le jour du mariage de sa fille. Malheureusement pour le frère de Stefano, Don Carbone ne se résout pas à accéder à sa demande extravagante, même le jour du mariage de Rosalia. Tout dérape alors. Pour se venger de cet affront injustifié, Alessio tue l’un des fils Carbone en pleine soirée de mariage. C’est le début d’une lutte vengeresse lugubre et inarrêtable qui enfoncera les deux familles dans une escalade de deuils et de manigances.

     

    © Sasha Onyshchenko

     

    Cette escalade de crimes de sang froid aura raison de la vie de Don Carbone lui-même, dont la dernière volonté, à la surprise de tous et surtout de ses fils, sera de confier son empire à l’autorité de sa fille Rosalia, alors enceinte de son premier enfant et toujours mariée à Stefano. Dirigeant dorénavant le clan alors qu’elle avait en horreur toute forme de violence, elle glisse lentement de cette jeune fille encore ingénue et aimante, à une femme d’affaire au sang froid qui finira elle-même par commanditer l’assassinat d’un membre de la famille de son mari.

     

     

    © Sasha Onyshchenko

    Dans ce ballet narratif absolument incroyable de détails et de subtilité, se mêle toutes les composantes de l’évolution de la psyché humaine et de l’exploration des pulsions violentes. Ente-mêlant amour, passion, colère, cupidité, jalousie et frustration, une génération entière défile sous nos yeux écarquillés. Les scènes se succèdent, dévoilant à la fois la vie intime des ces familles, les traditionnelles célébrations, les paillettes et les fastes de ces vies insolites, mais aussi les recoins sordides, les meurtres, les bagarres et les trafics. Dans ce feu d’artifice de personnages et de scènes hautes en couleur, la musique est elle aussi magnifiquement bien accordée. Le chanteur, interprété par le danseur Matthew Cluff, ponctue les événements dramatiques de ses shows en playback tirant sur le burlesque et ne lésinant jamais sur les paillettes.

     

    Cet équilibre insensé, pétrissant les émotions du spectateur jusqu’à le livrer entièrement aux aléas des frasques créatrices qui se déploient avec une frénésie incessante, est incroyable d’ingéniosité et d’intuition. C’est un magnifique cadeau que nous font ici la créative Annabelle Lopez Ochea et les talentueux danseurs des Grands Ballets Canadiens.

     

     

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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