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La tragique reine de la Main

Hosanna, de Michel Tremblay, est présentée au Centaur Theater du 15 mai au 10 juin.

Hosanna est une des œuvres les plus marquantes du dramaturge québécois Michel Tremblay. Présentée pour la première fois en 1973, la pièce aborde le thème de l’identité sexuelle, un sujet qui n’a rien perdu de sa pertinence.  La version anglaise de celle-ci, traduite par John Van Burek et Bill Glassco, a été présentée à Toronto puis sur Broadway à New York dès 1974. C’est cette version de la pièce qui est à l’affiche au Centaur Theatre, à Montréal, jusqu’au 10 juin.

La pièce raconte une nuit dans la vie d’Hosanna, un travesti montréalais, et de Cuirette, son amant. Hosanna, bouleversée, rentre dans son appartement de la Main, après avoir été humiliée par ses amies réunies dans un club pour une soirée d’Halloween. Cuirette tente de la consoler, mais avec peu de succès. Au courant des manigances du groupe, il n’a rien fait pour protéger Hosanna. La nuit avance et le couple plonge dans la discorde. Les vieilles blessures sont rouvertes et les ressentiments enfouis remontent à la surface sous l’effet de la fatigue et des émotions de la soirée.

La pièce fait avant tout le récit de la quête d’identité de Claude Lemieux, alias Hosanna. Claude souffre du décalage entre l’image de celle qu’il voudrait être et le rôle d’homme qu’il doit jouer au quotidien. Autrefois d’avant-garde, les questions d’identité sexuelle et d’identité de genre sont maintenant bien ancrées dans notre actualité, ce qui permet à cette œuvre, pourtant vielle de 45 ans, de conserver toute sa force et sa pertinence. Les (modestes) avancées des droits des personnes queer et trans permettent d’ailleurs une lecture contemporaine un peu différente  de l’œuvre. Claude, qui trouve refuge dans les soirées de Drag Queen, serait-il plus libre de nos jours d’être celle qu’il souhaite?

J’étais intrigué de découvrir une traduction de l’œuvre de Tremblay. Après tout, l’auteur est connu pour sa transcription fidèle du joual et de la culture québécoise. Le résultat est réussi. Le niveau de language est fidèle à celui de la version originale. De plus, la prononciation des noms à la québécoise est conservée, de même qu’une bonne quantité de sacres en français. Chapeau d’ailleurs aux comédiens : le criss des personnages sonne comme un criss de Tremblay et des années 70, avec un R bien appuyé. Pas de place pour nos sacres modernes et timides dans une œuvre de Michel Tremblay! Résultat, notre immersion sur la Main de 1973 fonctionne, même dans la langue de Shakespeare. La pièce, avec ses fréquentes allusions aux lieux fétiches de l’auteur (la rue St-Laurent, le parc Lafontaine), est avant tout montréalaise, ce que l’on ressent bien dans la présente adaptation.

Éloi ArchamBaudoin offre une excellente interprétation. Sa Hosanna est à la fois flamboyante, gracieuse et vulnérable. J’ai plus de réserves cependant en ce qui concerne le travail de David Chiazzese. On ne ressent pas, dans son interprétation de Cuirette, une certaine dureté, voire une cruauté, qu’on devrait retrouver chez le personnage. Certes, il ne s’agit pas d’un rôle totalement noir et il est évident que le motard aime toujours Hosanna. Cependant, le personnage a participé à son humiliation et avoue être parfois fatigué, voire dégoûté par son amante. Le Cuirette que nous livre David Chiazzese semble un peu trop doux, un peu trop aimable pour être totalement crédible.

La pièce vaut la peine d’être vue, ne serait-ce que pour découvrir un théâtre méconnu des montréalais francophones. Michel Tremblay n’a pas volé sa réputation et Hosanna, de par ses thèmes et son esthétique particulière, est une des œuvres les plus intéressantes de son répertoire.

(Crédit photo – Andrée Lanthier)




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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