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Le bizarre incident du chien pendant la nuit

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Crédit photo: Caroline Laberge

Alors que la pièce se termine, après trois ovations et une fois le rideau fermé, les conversations naissant dans la salle semblent lentes à partir. Le poids de la réalité marine encore le cerveau des spectateurs. Encore dix jours après avoir assisté à cette pièce, cette histoire et ses enjeux m’habitent : la preuve de sa qualité.

Le bizarre incident du chien pendant la nuit est à l’origine un roman écrit par Mark Haddon. Plusieurs en auront entendu parlé ou l’auront étudié dans le cadre d’un cours ; c’est en effet une oeuvre ayant un grand potentiel éducatif. Cette histoire est celle de Christopher Boone, un jeune autiste de 15 ans, qui décide d’entreprendre l’écriture d’un roman policier basé sur le meurtre du chien de sa voisine. S’inscrivent, à travers cette enquête, son parcours de vie, les réalités de son quotidien en tant que personne autiste ainsi que le drame familial dans lequel il est précipité.

 

Afin de juger de cette œuvre, il faut d’abord l’immerger dans son contexte social. L’autisme est une condition encore mal comprise dans notre société. En bref, c’est un trouble neuro-développemental se caractérisant par des difficultés de socialisation. Le film Rain Man est certainement sa représentation des plus anciennes mais également des plus connues alors qu’on assiste aujourd’hui à la création de séries telles Atypical ou The Good Doctor, toutes deux ayant comme personnage principal une personne atteinte d’un TSA (trouble du spectre de l’autisme).

 

Cependant, ces multiples représentations, qu’elles soient dans les médias ou alors au petit ou au grand écran, sont souvent remises en question. On critique souvent le fait que ces personnages ne sont pas assez représentatifs de la communauté autiste, entre autres par la combinaison de leur pronostic et du « syndrôme savant », répandant ainsi le stéréotype selon lequel tous les autistes sont doués de facultés intellectuelles extraordinaires. Cela dit, mis à part cette utilisation sensationnaliste récurrente, il reste que la population autiste est très hétéroclite et qu’il est ainsi difficile de bien représenter chaque individu. Sachant cela, il est assez délicat se s’engager dans la réalisation d’œuvres telles que cette adaptation : le jeu de l’acteur ne doit pas être trop stéréotypé ni trop léger, l’autisme ne doit pas être abordé comme un fardeau, etc. Malgré cela, cette pièce de théâtre a su bien équilibrer le tout et passer son message sans faux pas.

 

Parlons maintenant de son adaptation par le théâtre Duceppe, principal sujet de cet article. La mise en scène, par Hugo Bélanger, est exceptionnelle. Elle se démarque par son utilisation audacieuse de l’espace et des décors, par les multiples rôles des acteurs ainsi que maints effets sonores et projections. En effet, la mise en scène est loin du modèle classique de l’acteur seul sur la scène et sans autre médium que sa voie. Par l’utilisation de ces “effets spéciaux”, la scène acquiert un aspect visuel qui donne vie aux nombreuses images et représentations que l’on peut retrouver dans le roman original. Les décors sont simplistes mais révélateurs: des blocs sortant du sol sont tantôt des maisons, tantôt des bancs de trains alors que des valises se changent soudainement en phares de voiture.

 

Par-dessus tout, on doit saluer le jeu de l’acteur principal qui n’est rien de moins qu’extraordinaire. Sébastien René nous offre une performance à couper le souffle dans un rôle qui n’est certainement pas aisé à jouer. Ayant relu le roman récemment, le jeu m’a d’abord semblé surfait mais je me suis vite rendu compte que la différence entre le roman et son adaptation réside dans leur point de vue. Alors que dans le livre on se positionne dans la tête du jeune Christopher, une pièce de théâtre ne permet pas une telle chose. Ainsi, cette adaptation permet au spectateur non seulement de comprendre les enjeux de l’autisme mais aussi d’en être témoin et de les observer de manière concrète. Bien au contraire des représentations sensationnalistes, le jeu de Sébastien René est fort en ce qu’il nous confronte à nos propres préjugés et incompréhensions. Tics, mouvements stéréotypés, écholalie, crises : l’acteur n’essaie pas d’embellir son personnage, il l’interprète dans toutes ses différences, tout en gardant cette touche d’humour naïf propre à l’œuvre originale.

 

Alors qu’au début de la pièce les comportements du personnage principal faisaient rire, à la fin on les considère avec beaucoup plus de sérieux. Le but a t-il été atteint? Cette œuvre a t-elle permit de sensibiliser le public? Vous le saurez en vous levant de vos bancs d’école et en vous rendant au théâtre.

 

 

 

 




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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