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Entrevue avec Patrice Farand

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  • Le Polyscope a fait une entrevue avec le maître d'enseignement Patrice Farand, par rapport à sa chaire de recherche IMPACTg

    Pourriez-vous nous expliquer le but visé par la chaire en enseignement et apprentissage du génie  IMPACTG?

    Le grand objectif de notre chaire, c’est de développer des outils pour rendre les étudiants encore plus actifs dans les classes et de contribuer à diversifier les formules pédagogiques utilisées dans les classes. Autrement dit, tous les projets réalisés dans le cadre de la chaire sont orientés pour favoriser la réussite des étudiants. Nous nous préoccupons donc tant de l’apprentissage que de la santé mentale des étudiants. Soit on va toucher l’aspect plus académique; faire bouger les étudiants en classe avec des activités de pédagogie active, soit de l’autre côté, l’aspect d’encadrement, et faciliter leur passage à Poly.

    On est également très pragmatiques dans ce qu’on fait. Il est vrai que l’on fait de la recherche, des publications, mais notre but c’est que tout ça, ça rejaillisse concrètement sur les étudiants. Ce n’est pas juste théorique ce qu’on fait.

     

    Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette chaire?

    Ce qui nous a poussés, mon co-titulaire, le professeur Michel Perrier et moi, c’est que nous sommes tous deux passionnés de pédagogie, mais aussi de relations pédagogiques, soit les relations avec les étudiants. On voit bien qu’il y a énormément de choses qu’on peut faire pour aider les étudiants, faciliter leur cheminement à Poly, mais essentiellement c’est la passion pour la pédagogie qui nous anime tous les deux.

     

    Il me semble que vous avez étudié là-dedans aussi?

    Oui! J’ai une maîtrise en pédagogie de l’UdeM, d’où l’intérêt effectivement d’utiliser tout ça pour aller encore plus loin avec la chaire.

     

    Quels sont les initiatives qui ont déjà été mises en place pour atteindre le but de la chaire?

    Au niveau des étudiants, ce qui est le plus perceptible actuellement c’est l’étude qu’on fait sur la charge de travail des étudiants. C’est le premier projet qui, je dois dire, n’était pas prévu dans le plan de la chaire au départ, mais c’est une demande qu’on a eue de la VP-Éducation de l’AEP.

    On est vraiment à l’écoute des étudiants, s’il y a des préoccupations auxquelles on n’a pas pensé et qu’ils viennent nous en parler; ça nous fait plaisir. On a mis énormément d’efforts là-dessus cette session et on est présentement en train de faire une deuxième collecte de données. Ça c’est le projet qui est vraiment en route, mais aussi qui est visible auprès des étudiants.

    Un autre énorme projet sur lequel on travaille, c’est la conception de vignettes de pédagogie active. Ça se destine aux professeurs qui se demandent quelles activités ils pourraient ajouter à leurs cours pour rendre les étudiants plus actifs. Des fois, ils ne savent pas, ils n’ont pas nécessairement le temps d’aller s’informer sur le sujet. On est donc en train de concevoir une base de données qui sera disponible en ligne, sur un site ouvert à tous, que les profs vont pouvoir aller consulter à partir de critères de recherche. Par exemple, pour un prof qui a 10 minutes et une taille de groupe de 80 personnes, la base de données va lui retourner quatre ou cinq vignettes, qui sont des idées qui décrivent clairement quoi faire avec les étudiants. Donc ça, ça va favoriser la pédagogie active.

    On a un troisième projet qui est en route, soit de faire un livre numérique sur les 40 ans de la pédagogie à Polytechnique. On y relate l’histoire pédagogique de Poly, mais aussi comment cette histoire s’inscrit dans le développement pédagogique du Québec d’un point de vue universitaire. On a embauché un historien qui travaille avec nous pour développer ce projet là.

     

    À quel point prendrez-vous en compte l’avis des étudiants? N’avez-vous pas peur que le baccalauréat ne devienne trop facile et que la transmission des connaissances nécessaires à la profession ne perde de sa qualité?

    Non! La charge de travail n’est pas reliée aux notions comme telles ou aux connaissances. C’est essentiellement relié à tous les travaux que les professeurs vont demander, mais pas uniquement au nombre. Dans la charge de travail, il y a le travail réel que tu fais, mais ce qui a le plus d’impact sur ta motivation et ton stress, c’est ta perception de la charge de travail.

    Les étudiants à Poly ont une perception d’une grande charge, ce qui a des impacts négatifs au niveau entre autres de la santé mentale. Ce qu’on veut faire, c’est de donner concrètement aux étudiants, aux profs, aux départements et à l’école des recommandations. Un exemple de recommandation pourrait être une meilleure coordination des dates des évaluations pour les cours suivis lors d’un même trimestre. Là, on ne parle pas d’enlever des concepts ou des heures de cours ou des travaux, mais juste de mieux les répartir dans la session et ça, ça va contribuer à diminuer la perception de la charge de travail. En bout de ligne, tu vas travailler le même nombre d’heures, mais la perception de «rush» est atténuée. Donc non, ça ne va pas diminuer du tout la valeur du baccalauréat ou le niveau de ce qui est vu. Ce que ça aura comme effet, ce sera plutôt d’aider la santé mentale des étudiants, entre autres en gérant un peu plus comment les évaluations sont distribuées dans le temps.

     

    Pourriez-vous nous expliquer le concept de classe inversée ainsi que les bénéfices de cette pédagogie?

    Le mot inversée vient du fait que la théorie, qui auparavant était vue de façon traditionnelle en classe, est maintenant vue à la maison. Le temps que ça libère en classe sera donc utilisé pour faire des éléments qui traditionnellement étaient faits à la maison, comme de la résolution de problèmes ou des travaux plus complexes.

    Ce que ça a pour énorme avantage, c’est que ça rend les étudiants plus actifs en classe. Dans un mode traditionnel, le professeur va parler et parler, les étudiants vont prendre des notes ou pas. Là, si je vous donne des travaux, si je circule, on travaille en équipe, on échange des copies et on vient écrire au tableau, on est tout le temps dans l’action. C’est plus engageant pour l’étudiant.

    Aussi, ça utilise plus les compétences du professeur. Si je te répète la même chose qui est dans un livre très bien conçu, je n’apporte pas vraiment de plus-value; tu es capable de lire par toi-même. Ainsi, il vaut mieux prendre ce temps-là à la maison avec des ressources qui remplacent la partie théorique. Les compétences du prof sont pas mal mieux utilisées lorsqu’on résout des problèmes complexes en classe. Souvent, l’image que j’utilise, c’est que le rôle du prof se transforme. On passe un peu plus d’un rôle de transmetteur d’information à celui de guide et d’accompagnateur.

     

    Certaines de ces idées ont-elles déjà été mises en place à Poly?

    Les classes inversées existent déjà dans certains cours à Poly, comme le cours de chimie générale en année préparatoire, qui est sous ma coordination. On a développé toutes les vidéos et le matériel nécessaire pour pouvoir le suivre entièrement à la maison. Les étudiants viennent ensuite en classe et ils appliquent la théorie à de la résolution de problèmes et à des discussion, des débats.

    Le même principe sera aussi utilisé en génie chimique à l’automne prochain dans le cadre du cours d’Analyse des procédés et développement durable. Cet été, on va embaucher une étudiante qui va bâtir des capsules théoriques, des vidéos. On va quand même garder le 5 heures contact en classe, pour résoudre bien plus de problèmes qu’avant et même aller à un niveau supérieur. Ce qui est important, c’est que le tout se fait sans augmenter la charge de travail. À la maison, l’étudiant va voir toute la théorie, il ne devrait plus lui rester de temps à mettre sur les exercices. Tout le temps d’exercices, c’est en classe. S’il travaille bien pendant les cinq heures, il ne devrait plus lui rester quoi que ce soit à faire à la maison. L’inversion ne doit pas correspondre à l’ajout. C’est vraiment deux morceaux qu’on inverse, sans rien ajouter au casse-tête.

     

    Pouvez-vous nous parler plus en détail de l’école d’été en pédagogie du génie?

    Oui! C’est la première fois que ça va se faire à Polytechnique et j’en suis très heureux. L’école de cet été aura une durée de deux jours et demi. Nous allons concrètement travailler sur des problématiques vécues par les profs au niveau de l’enseignement. Cette école s’adresse à toute personne qui enseigne au niveau universitaire. C’est sûr que les sujets abordés seront plus teintés ingénierie, mais j’ai des invités qui proviennent entre autres du CÉGEP et qui vont faire des conférences. Il y aura cinq grands sujets, cinq morceaux dans notre école d’été. On va faire des ateliers, on va travailler et on va partager ensemble, pour qu’à la fin, tout le monde ressorte avec des outils très concrets. Il faut voir l’école d’été comme une boîte à outils pour les gens qui vont la suivre.

    Par exemple, pour le premier avant-midi, le sujet s’appellera «Des petits gestes qui comptent». On va parler de la relation que les professeurs ont avec leurs élèves en classe. Par exemple, on va leur demander des exemples de phrases qu’ils utilisent et qui motivent leurs étudiants, mais aussi des exemples qui les démotivent, phrases qui sont souvent dites inconsciemment. C’est clairement démontré qu’avec une seule phrase, il est possible de démotiver toute une classe. Avec une seule phrase! Mais c’est aussi le cas pour la motivation et ça, les profs ne s’en rendent pas toujours compte.

     

    Le maître d’enseignement Patrice Farand est également l’un des fondateurs du comité vigilance de génie chimique, ayant pour but de guider les étudiants qui vivent différents types de difficultés, qu’elles soient d’ordre académique, financier, personnel ou autres. Composé également des professeurs Nick Virgilio, Michel Perrier, Louise Deschênes, Jason R. Tavares et Marie-Claude Heuzey ainsi que de représentants des étudiants, le comité a été mis en place cette année. La création d’une page Moodle contenant de multiples ressources permet au comité d’atteindre l’un de ses mandats, soit d’agir comme courroie de transmission entre le SEP et les étudiants.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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