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À la poursuite du Polyscope de 1973

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  • Dépoussiérage : Notre comité est lancé dans un travail de numérisation des anciens numéros en étroite collaboration avec le service des archives de la Poly.

    Face à cette armoire vert olive, je m’étais senti tout d’abord courageux, tel un chevalier numériseur face à un dragon en papier. Bizarrement, une fois cette dernière ouverte, contenant les précieux journaux d’antan, je me sentis telle une tranche de tofu face à des véganes. Le travail me paraissait immense : plus de trente ans et au moins vingt fois plus de journaux à numériser ! Heureusement, les collègues de l’équipe étaient là pour aider.

    Dis, archiviste, comment on numérise des Polyscopes ?

    Le processus est simple comme bonjour, on utilise les caméras de nos téléphones intelligents, moyennant une simple application de scan. Chaque participant à la numérisation immortalise en moyenne quatre numéros, soit environ un mois de notre existence dans les années 70, où nous somme rendus. Il faut dire qu’à cette époque nous étions un hebdomadaire et non un bimensuel comme aujourd’hui.

    Mais qu’écrivait-on à l’époque ?

    Sans doute enfoncerai-je une porte ouverte en clamant qu’il n’y avait pas de réseaux sociaux à cette époque. Oui, on y réglait des comptes dedans. Prenons par exemple l’affaire du «Salaud de la Coopoly» qui avait tant déchaîné des passions en 1973. Dans le numéro 4 du volume VII, un lecteur assidu du Scope écrivait un bref article accusateur :

    «Tu auras sans doute remarqué que dans la hâte d’arriver chez toi essayer ta nouvelle calculatrice, il te manquait un transformateur. Ne t’inquiète plus, les dirigeants de la Coop qui travaillent pour rien (et quand on voit ce que tu peux sortir comme trouvaille on commence à croire que c’est vraiment pour rien) vont faire un petit arrangement avec toi: pour la somme ridicule de $94 ils te céderont aussi le trans formateur ; alors tu n’as qu à passer dire bonjour a ton amical gérant de la Coop et on s’occupera de toi comme il convient.

    – SALUT SALAUD!

    P .A.: Continue comme ça bonhomme, avec des gars comme toi on sait vraiment où on s’en va .»

    L’étudiant ainsi incriminé écrivit alors une semaine plus tard, le 24 octobre sa réponse. Il nous exposait ainsi sa version des faits :

    «Apprenez gens de la coop, que votre (car je la considérais encore comme telle) calculatrice était toute prête à réintégrer de la même façon qu’elle l’avait quittée sa place sur votre étagère. Votre annonce, je l’attendais. Je voulais par elle, évaluer la portée de mon geste. Aussi surprenant que cela puisse paraître, une conscience, ça existe. Jusqu’à la presque fin de votre annonce, j’étais prêt à faire la passe de retour. Mais, en tant que « salaud » je ne puis maintenant le faire. Désolé, car un brin de ce qu’on n’apprend pas à Poly aurait du facilement vous la faire recouvrer.

    Un qui se serait voulu honnête et non salaud».

    Mais… lenteur de l’information de l’époque (une semaine) oblige. On se rendit vite compte à la rédaction qu’une confusion a pu être commise. En effet, il se trouve que la personne accusatrice n’était pas un représentant de la Coopoly. Elle le fait savoir dans un NDLR (Note De La Rédaction) en bas de la réponse du «salaud». Il faut comprendre le déchaînement de la passion des lecteurs du Scope cette année là : une calculatrice coûtait presque le tiers d’un char à l’époque.

    Les suites du tragique feuilleton

    Trois réponses au vitriol comme il se doit virent le jour dans le Scope du 29 octobre 1973. Un certain lecteur (au doux pseudonyme de SALUT SALAUD!) dit que «Au Québec, des voleurs à bonne conscience y’en a pas. On est salaud ou on l’est pas. Peux-tu en dire autant du pays d’où tu viens? […] laisse-moi t’informer que l’article […] ne fut pas écrit par un représentant » de la Coop mais bien par un membre qui trouva ton attitude pas mal écœurante.». Ambiance. Mais les deux autres ne lui épargnent pas non plus des piques. Ainsi, un autre rédacteur, ERREIP NAGASHLOW, conclut sa réponse par «Fais dodo, car tu es salaud et tu le resteras».

    La dernière estocade viendra du Directeur du Scope en personne. Il qualifiera de «scoop du siècle pour le Polyscoop» son article non sans excuser la «démence verbale» faisant de l’honnête Robin des Bois «une victime» et un «pauvre mec». Il faut dire que le Directeur n’avait pas publié «de félicitations, d’injures ; que dalle! Jusqu’au jour où [il avait reçu] quelques mots griffonnés à la hâte par [LUI]-MÊME». Pauvre voleur! Le Directeur conclut son «autoflagellation» par «Ne leur remets pas ce que tu leur a chipé, ça leur apprendra les affreux!». Comme quoi l’ironie du Polyscope est éternelle et légendaire face à des lecteurs aux réactions dithyrambiques. 

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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