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Le Sacre du Printemps et l’Oiseau de feu

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    © Sasha Onyshchenko

     

    Du 15 au 24 mars, les Grands Ballets de Montréal nous ont présenté quatre nouvelles pièces au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, dont deux principales : L’Oiseau de feu de Bridget Breiner et Le Sacre du Printemps d’Étienne Béchard.

     

    La soirée s’est ouverte sur l’Oiseau de Feu. Cette chorégraphie prend racine sur la composition, au nom éponyme, d’Igor Stravinski créée sur commande de Serge de Diaghilev pour les Ballets russes en 1910. Marchant à la suite de grands chorégraphes comme Michel Fokine, Bridget Breiner prend leur suite et propose sa version chorégraphiée de cette éblouissante mélodie. Sous une forme pouvant s’apparenter à une ode à l’espoir, la chorégraphe américaine propose la quête d’un monde neuf, un combat contre la normalisation et semble matérialiser l’essence d’une force de changement que rien ne parait pouvoir arrêter, malgré les réticences et les rejets d’une masse anonyme. On en ressortira avec une très belle performance de la part de Célestin Boutin et d’Anya Nesvitaylo, mais toutefois un peu déçu des certains éléments chorégraphiques, notamment des mouvements de groupe qui manquent par endroit de contenance. Ces instants manqués s’oublieront cependant au bénéfice d’un jeu de percussion des danseurs qui frappent le sol au rythme de la marche inéluctable du monde, qui nous emporte inlassablement.

    Pour faire suite à ce premier morceau, la programmation nous propose trois courtes pièces. Commence alors un interlude musical qui charme notre ouïe quasi instantanément avec les deux très belles voix de d’Amelia Keenan et de Camille Brault, accompagnées d’un orchestre de chambre. S’en suit une chorégraphie d’Ivan Cavallari, directeur artistique des Grands Ballets de Montréal, intitulée Presto-Detto. On y découvre alors cinq interprétations d’une fureur de vivre qui décrit des cercles liant l’amour, l’acharnement et la frénésie, pour finir dans la mort. Cinq interprétations pour cinq danseurs qui s’élancent et se cabrent sur les notes d’une sonate pour violoncelle de Vivaldi. Le geste est beau mais pas toujours précis et on notera certaines confusions rythmiques qui iront jusqu’à faire échouer un porté. La pièce suivante, In Honor Of, est également une production artistique de Bridget Breiner. Danse tout à fait envoûtante mettant en scène une femme, deux hommes et un projecteur qui les anime, les attire et projette des ombres chinoises de leurs mouvements incessants. La précision est impeccable et la formule subjugue. Cette œuvre fut courte et supplantera pourtant à mon sens toutes les autres.

    L’entracte finalement passée, c’est un retour aux mélodies de Stravinski que nous effectuâmes. Il fut cette fois question du Sacre du Printemps, composition également commandée par Serge de Diaghilev pour les Ballets russes en 1913. Prenant la suite du chorégraphe originel de cette mélodie, Vaslav Nijinski, c’est cette fois Étienne Béchard qui se prête à l’exercice de la réinvention des mouvements. Le Sacre du Printemps devient alors le théâtre d’une société autoritaire, corrompue, irascible et sombre qui va peu à peu se soumettre à une solidarité humaine cherchant à récupérer la place lui étant due. Mais ce sera au prix d’une lutte acharnée qui verra couler la souffrance, la violence et le sentiment d’impuissance face à la logique d’un pouvoir irraisonné. L’œuvre est belle et puissante. Il est toutefois dommage que son éloquence soit altérée par un certain manque de synchronisation dans les mouvements de groupe. Les danseurs semblent définitivement avoir eu un manque de temps de préparation pour ce spectacle, seule In Honor Of ayant été épargnée. Dommage.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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