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La Martha Graham Danse Company s’associe à Danse Danse !

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    Martha Graham - lamentation

     

    Du 22 au 24 février dernier, la Martha Graham Dance Company est venue nous présenter un spectacle tout beau tout chaud sorti de leur cru, sur les planches du Théâtre Maisonneuve!

    La célèbre compagnie de danse qui a fait ses preuves sur les plus grandes scènes internationales fut fondée en 1926 par Martha Graham. Icône des débuts de la danse contemporaine du XXe siècle par sa créativité débordante et sa volonté farouche de débusquer de nouvelles expressions de danse, Martha Graham a notamment brillée par sa volonté d’imbriquer lignes géométriques et liberté de mouvement. Avec les soixante-cinq années prolifiques qui constituent sa carrière, elle a su révolutionner l’expression corporelle et la libérer de ses chaines. Aujourd’hui décédée depuis presque vingt-sept ans, elle a légué un héritage fort à travers le travail de sa compagnie qui continue de produire de nouvelles œuvres en s’inspirant de son esthétique et de sa compréhension du vocabulaire du mouvement.

    Le spectacle qui nous a été présenté est d’ailleurs une preuve vivante de ce renouveau enraciné dans une transmission parfaite. Sa composition est, il est vrai, tout à fait originale puisque, adoptant un ordre qui semble aléatoire, elle nous fait voyager à travers les créations pêle-mêles de Martha Graham ainsi que des artistes se présentant comme les héritières de sa ligne artistique. Débutant par Chronicle, œuvre créée par la célèbre chorégraphe en 1936, le spectacle se poursuit par Lamentation Variations, conçue en 2007 par Janet Eilber, directrice artistique de la compagnie, puis nous offre Ekstasis, présentée pour la première fois au grand public en 1933 par Martha Graham, pour s’achever sur Mosaic, première tentative de la chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui, en 2017, pour pénétrer l’univers de Martha Graham.

    L’entrée en matière avec Chronicle se veut fracassante et donne le ton. Rare pièce de Martha Graham qui exprime clairement des idées politiques fortes, elle s’illustre comme une dénonciation du fascisme menaçant l’Europe, en peignant des fresques faisant référence à la guerre. Construite en trois temps, elle débute par un tableau illustrant l’issue fatal de la guerre, pour ensuite brosser le visage de dévastation des lieux qu’elle laisse derrière elle et finir sur une note plus positive, insufflant un message de contestation et de réponse aux mécanismes politiques en place. Cette œuvre respire la détermination, le passage à l’action et la contestation. On sent à travers des mouvements en binômes, trinômes ou de groupe, la foule des réfractaires qui refusent de plier. L’image du leader représentée par une danseuse, qui détonne de sa robe blanche au milieu de tous ces costumes noirs, vivifie l’espace et le transcende pour s’y placer au centre.

    Suit alors Lamentation Variations. À l’origine, ces variations furent créées par Janet Eilber, qui souhaitait partir de la thématique du célèbre solo de Martha Graham en 1930 : Lamentation, pour faire des créations aux normes spécifiques. Ces variations ne devaient en effet pas demander plus de dix heures de répétition, utiliser de la musique du domaine public et des éclairages et costumes simples. Mais très vite le concept remporta un franc succès et de nombreux artistes se mirent à conceptualiser leur propre variation pour l’ajouter à l’ensemble. À l’occasion de ce spectacle, ce sont donc trois variations qui nous ont été présentée, l’une de Doug Varone, la seconde de Aszure Barton et la dernière de Lary Keigwin. Il est particulièrement intéressant de constater les différences d’univers au travers desquels ces trois artistes se sont inspirés de la danse de Martha Graham. La première présente une danse en duo quasi symétrique avec certaines disparités faisant toute la beauté de la scène. La seconde proposait une scène de groupe dans laquelle chaque personnage gardait son rang, pour quelque fois se détacher dans l’espace et changer d’attitude dans une atmosphère laissant sentir une certaine dose de folie, de désespoir mais aussi de solidarité et de chaleur humaine. La dernière scène, et je dois dire ma préférée,  constituait un jeu entre quatre danseurs se partageant un banc, qui symbolisait le centre de leur univers. Tantôt s’étreignant, tantôt se bousculant, les artistes évoluent autour de ce banc qu’ils tournent, renversent et déplacent à leur guise pour modeler leur espace de jeu.

    L’entracte fut suivi par la représentation d’Ekstasis, 87e création de Martha Graham. Il est important de mentionner que ce n’est pas tout à fait l’original qui nous fut présenté alors. En effet, les moyens d’archivage de l’époque n’ont pas permis à Virginie Mécène, directrice de la compagnie de 2007 à 2015, une reconstitution complète de l’œuvre. Cependant, à l’aide de toute la documentation disponible, elle nous a imaginé cette nouvelle création, se voulant représentation la plus fidèle possible de l’originale. On retrouve donc très bien cette étude d’un « cycle de distorsions » dont Martha avait eu l’idée en ayant découvert un geste de poussée pelvienne qui l’avait intrigué. Les mouvements de la danseuse PeiJu Chien-Pott sont alors hypnotisant tout en ayant une texture dérangeante due aux torsions. La performance est à couper le souffle.

    Finalement, Mosaic est introduite. C’est une apothéose ! Datant de 2017, on sent le souffle plus moderne dans la recherche des mouvements et l’articulation des enchainements de groupe. Les couleurs fusent sur une musique aux échos indie. Les danses de groupes succèdent aux mouvements en couple qui s’entre-coupent de poussées solos. Le rythme est soutenu et la vivacité au rendez-vous. Ça détonne et le spectateur en ressort avec une rougeur de plaisir aux joues. Danse Danse nous propose décidément une sélection haute en couleur qui fait sa marque de fabrique !

     

     




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