Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

REQUIEM, la beauté des ballets russes

Aucun champ n'est obligatoire



  • Aperçu article REQUIEM, la beauté des ballets russes
    Cliquer pour agrandir
     (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
    Requiem - Les Grands Ballets de Montréal

    Du 21 au 25 février, la troupe du Eifman Ballet nous a présenté une de ses fameuses créations à la salle Wilfried-Pelletier : REQUIEM.

    Cette troupe d’artistes venue de Saint-Pétersbourg a été fondée en 1977 par le chorégraphe Boris Eifman, qui s’érige en chorégraphe officielle et unique de la compagnie. S’appropriant un genre qu’il intitule lui-même « ballet psychologique », ce chorégraphe de talent s’inspire des traditions du théâtre psychologique russe pour développer des chorégraphies décrivant les aspects complexes et dramatiques de la vie humaine, tant dans les sujets d’actualité qu’à travers des tableaux mettant en scène les passions humaines.

     

    Le ballet REQUIEM date en fait d’une première création en 1991, dans laquelle n’apparaissait qu’un acte, formé autour de la partition du fameux Requiem de Mozart et se voulant parabole philosophique explorant le mystère insondable de la vie humaine. Il fut ensuite repris par son créateur pour donner une nouvelle version, très différente, qui sera présentée sur la scène du Théâtre Alexandrinsky de Saint-Pétersbourg le 27 janvier 2014. Une première partie est cette fois ajoutée pour rendre hommage au poème Requiem d’Anna Akhmatova, sur la musique du Quatuor à cordes no 8 de Chostakovitch. Cette auteure ukrainienne du XXème siècle s’est vu arracher son premier mari, accusé d’activités anti-bolchéviques et assassiné en 1921, puis son troisième mari, qui finira sa vie dans les camps du Goulag, et enfin son fils, détenu en prison à partir de 1935 et ce jusqu’en 1956. Requiem, poème cyclique qu’elle composa entre 1935 et 1940, exprime toutes cette souffrance de femme dépossédée de ses êtres les plus chers, qui attend inlassablement et dans l’angoisse des nouvelles de son fils, revenant incessamment à la porte de la prison dans laquelle il est retenu arbitrairement. Bien plus que ça, Requiem représente l’histoire de toutes ces femmes qui partagent sa situation, de cette vie sous l’oppression stalinienne, mais aussi le message d’un espoir sacré et d’un appel à la guérison.

     

    Dans ce ballet de Boris Eifman, on a donc tout un premier acte dédié à ces femmes qui attendent, partagées entre la peur et le besoin de recevoir des nouvelles de leurs maris, frères, fils. On voit également les récits des séparations qu’elles subissent, mais aussi les exécutions d’innocents qui s’en suivent, la dépression de ces femmes et les instants tragiques qui en découlent. Accompagnés par la musique de Chostakovitch, les danseurs nous font revivre ces heures sombres, nous permettant d’entrer dans l’intimité de leurs personnages et de devenir spectateur de leur détresse la plus profonde. Les tableaux se poursuivent dans l’acte deux, cette fois en suivant les volutes du Requiem de Mozart, sombre, impénétrable, solennel, transcendant. Le ton change alors et on se rend témoin de tableaux plus conceptuels, tout en retrouvant les personnages des débuts qui agissent comme un fil conducteur dramatique. Le chœur, dirigé par Jean-Sébastien Allaire, interprète remarquablement la partition et achève de rendre cette expérience unique. La performance des danseurs russes est absolument merveilleuse et il faut à ce titre saluer plus particulièrement les prouesses de Maria Abashova, Sergey Volobuev, Dmitry Fisher, Lyubov Andreyeva, Oleg Gabyshev et Daniel Rubin. Leur technique est parfaite et leur interprétation tout à fait saisissante!

     

     

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
    Aucun champ n'est obligatoire