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Le Chemin des Passes-Dangereuses : un voyage dans le temps

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Duceppe - Le Chemin des Passes-Dangereuses - Affiche officielle

 

Cette pièce de Michel Marc Bouchard qui se joue jusqu’au 24 mars est un véritable trait de génie de l’auteur. Merci à Michel Dumont pour l’avoir remis à l’honneur, tout juste vingt ans après sa création sur ces mêmes planches du théâtre Duceppe!

 

C’est l’histoire de trois frères qui ont grandi ensemble mais que la vie et bien d’autres choses ont séparés, pour presque en faire des étrangers. Alors que tout les sépare, autant géographiquement qu’humainement, ils se retrouvent pourtant dans un huis-clos impromptu, occasionné par le mariage de l’un, l’idée folle de revenir au camp de pêche familial d’un autre et un accident de voiture qui achève de les éloigner de toute âme qui vive. Commence alors une valse de non-dits qui peu à peu s’effritent, s’entrechoquent et se font malmener pour finir par éclater au grand jour. Malgré leurs visions opposées, leurs personnalités écorchées et leurs caractères impétueux, on découvre, au centre de ce trio improbable, un amour fraternel tenace, mais surtout le lourd traumatisme qui l’aura à jamais scellé. La perte d’un père, quinze ans auparavant jour pour jour, sur ce même chemin des Passes-Dangereuses. Ce tournant décisif dans leurs vies d’adolescents qui les a tant éloignés pour mieux les rassembler en ce jour de deuil comme de fête. Un deuil vécu en silence, intériorisé différemment, qui laissa des blessures indélébiles que la séparation a certainement su soulager, mais seulement pour un temps. Les voilà alors, à l’heure des retrouvailles, à l’heure de vérité, à cette heure où la vie s’érige en témoin, ne leur laissant plus d’autres choix que celui de tout se dire, de crever enfin l’abcès.

Michel Marc Bouchard réalise, avec cette œuvre, des dialogues autant touchant que cinglants. Il dépeint les relations humaines dans leur pure intimité, sans pudeur ni détours. On y retrouve une large palette de sentiments et d’émotions qui s’entremêlent pour venir chercher le spectateur dans ce qu’il a de plus familier, malgré les étranges découvertes qu’il fait tout au long du récit.

Martine Beauline signe ici une mise en scène épatante, le décor simple permettant un focus efficace sur les personnages, tout en créant une atmosphère particulière plongeant l’assistance dans les ambiguïtés alimentées par le trio. Maxime Denommée, Félix-Antoine Duval et Alexandre Goyette forment une fratrie bien rodée avec des jeux d’acteur brillants! Ils se sont appropriés leurs personnages à l’aide de leurs propres spécificités, ce qui a le don de nous rendre proches d’eux. Ils nous font parvenir l’effet d’une grande complicité et la pièce en est bonifiée. Avec, aujourd’hui, plus de soixante productions dans plus de quinze pays à son actif, la réputation de cette œuvre n’est plus à faire et on a toutes les chances d’en être satisfaits en acceptant l’invitation. Ce fut une belle découverte!

 

 

 




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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