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TITUS ma belle!

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    Les Écornifleuses - TITUS - Affiche officielle

    S’attaquer à TITUS de Shakespeare…un défi de taille pour les Écornifleuses ! Cette troupe, née dans les rangs des diplômés du Conservatoire d’Art Dramatique de Québec, a vu le jour en 2007. Les jeunes femmes qui lui ont donné vie, profitant de l’élan de leur temps, s’évertuent à casser les mythes, renverser les normes et percer de leur folie les carcans dans lesquels sont emprisonnées les œuvres classiques. Leurs armes : l’humour, le talent, la fougue et une audace à toute épreuve!

     

    C’est d’ailleurs grâce à ces qualités que cette troupe de comédiennes hors pairs a décidé de nous livrer sa version de TITUS, cette pièce qui porte si bien la masculinité de l’époque qu’elle retranscrit. Tourbillon des fils d’un destin qui entrelace les échos impérieux des obligations face aux liens du sang, à l’honneur, en y ajoutant les fibres de la vengeance dans un contexte de guerre et de revanche entre goths et romains. On y redécouvre les rapports homme-femme d’un autre temps ainsi que ses structures familiales. Les spectateurs sont imbriqués dans la pièce, seuls juges des actes commis et témoins des crimes perpétrés. Presqu’acteurs et pourtant impuissants face à la tragédie qui se déroule lentement mais fatidiquement devant leurs yeux.

    Le décor est austère, les costumes simples et les accessoires presque absents. Mais les comédiens sont bien là eux et emplissent l’espace de leurs voix fermes et de leurs présences irradiantes. On remarque indéniablement les touches modernes apportées par la troupe, pour sortir la pièce de son vernissage d’époque. Tous les sexes des rôles sont alors inversés et les hommes se retrouvent en petit nombre sur scène pour endosser le peu de rôles féminins existants. Le geste n’est peut-être pas fin mais le résultat est convaincant. Les comédiens s’approprient à merveille leurs rôles et la pièce semble presque en retirer une dimension nouvelle.

    Joanie Lehoux manque certes un peu de coffre dans le rôle de Titus, mais elle est épaulée par un Marcus – joué par Marie-Hélène Lalande – tout à fait exceptionnel. On remarquera également le couple impérial que forment Saturninus, nouvel empereur romain, et Tamora, ancienne reine des Goths et ennemi de Titus, respectivement joués par Catherine Larochelle et Guillaume Perreault. Leur jeu est remarquable et retranscrit tout à fait les enjeux de pouvoir et de vengeance froide qui tissent la trame de ce récit sanglant. Même si l’interprétation des rôles de Lavinia, Bassianus et Aaron manque quelque peu de dynamisme, les comédiens en leur ensemble doivent être salués pour leur performance. Ces rôles, malgré un aspect général de l’absurde, sont aussi denses que complexes et le rendu est tout à fait louable. Édith Patenaude réussit un coup de maître en développant autant de contrastes dans une telle simplicité.

    L’effort d’offrir une fin alternative en plus de jouer l’originale sort de l’ordinaire, bien que le résultat ne soit pas poignant. Nous nous serions finalement bien contentés d’une seule. Toutefois, l’incorporation de la langue québécoise dans l’interstice des répliques fut dans son originalité une idée brillante, aussi périlleuse que réussite. Jointe à toutes les autres modifications mineures et au respect du texte, ces changements forment une petite révolution en soi, montrant que toute œuvre, aussi classique et dramatique soit-elle, est remodelable à l’infini et peut offrir un terreau permettant d’ouvrir l’esprit du spectateur. Et pour cette audace : chapeau bas!

     

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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