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Just’une chronique : comment blanchir efficacement une feuille?

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  • Société : accorder travail plate et divertissement facilement accessible sur Internet est devenu une mission (quasi) impossible. Tentative de décryptage en une page…

    Comme le philosophe Blaise Pascal le prônait déjà en son temps, il existe des divertissements de nos jours. Quoi d’exceptionnel dans le fait d’employer un mot aussi banal? Les Romains se divertissaient déjà en leur temps… Vous vous direz que notre ami Pascal a enfoncé une porte ouverte sans doute. La réponse réside justement du côté de Rome, plus précisément dans l’étymologie latine du nom. En effet divertere signifie «détourner» en latin.

    Détourner, mais de quoi? Là est la question et la réponse est immédiatement frappante, se détourner du cours normal de notre existence en faisant quelque chose d’imprévu. Mais en quoi est-ce plaisant, ce divertissement, alors? Notre cerveau est, comme tout bon étudiant le sait déjà, capable d’apprendre. Si une action est monotone, (trop) lente ou cyclique, ce dernier finira par prédire ce qu’il va se passer dans un futur proche. Et quand ce dernier constate que sa prédiction est exacte, à l’instar d’un mauvais film à suspense, il va être lassé de ce cours du temps trop prévisible. Quant au propriétaire dudit cerveau, il va vite avoir besoin d’un peu de folie : de divertissement. Et ce, afin de se détourner de l’existence ennuyeuse qu’il subit.

    Détourner des cerveaux au 21e siècle : trivial

    Se divertir, mais aujourd’hui, quelle simplicité! Vous n’avez pas à chercher bien loin pour trouver du divertissement. Combien d’entre nous passent leur temps sur Internet aujourd’hui? Sans doute beaucoup. Mais combien d’entre nous y sont pour effectuer un travail productif? Certainement seulement un petit nombre. Car oui, le problème est aujourd’hui le suivant : l’accès au divertissement est tel que faire un travail numérique devient un véritable calvaire pour les personnes ennuyées par leur tâche principale.

    Prenons un exemple. Soit un groupe d’étudiants faisant un projet qui n’est pas de leur initiative. Gageons qu’il s’agisse d’un projet scolaire, obligatoire de surcroît. Ajoutons qu’il soit suffisamment long pour pouvoir s’apitoyer sur l’infinité quantifiable de sa durée vécue. Je m’explique, l’infinité vient du fait que les gens s’en lassent; la quantification vient du fait que le rendu est un jour N et qu’il vaut mieux ne pas dépasser la date de remise. Combien, de ces jeunes gens ne seront pas tentés par l’appel de leur téléphone intelligent à regarder une ou deux « niaiseries » sur ce dernier? Combien ne liront pas un Polyscope pour les sudokus, ne se baladeront pas sur 9Gag, Reddit, VDM, Le Journal de Montréal, Ricardo et caetera?

    Sans doute peu d’entre eux, et c’est tant mieux pour leurs cerveaux car comme a dit très justement Boltzmann, le chaos d’un système fermé ne peut qu’augmenter. Rester concentré une infinité de temps sur un point n’est qu’utopie, le cerveau a besoin d’évolutions, de folies et de rêves. Tout cela pour justement faire évoluer sa dynamique et ainsi trouver une solution au problème principal qui lui est posé.

    Le syndrome de la feuille blanche à l’aune du numérique.

    Le hic est le suivant. Comme l’était Tantale en son temps et dans les enfers mythologiques grecs, nous sommes au supplice de tentations. Comment faire avancer un travail sans faillir avec des dizaines et des dizaines de notifications, de messages, de «tags» et des dizaines d’heures de séries télévisées? Jamais, dans l’Histoire le risque de la feuille blanche n’a jamais été aussi élevé. L’être humain a besoin d’être diverti mais face à cette gargantuesque quantité de divertissements (au sens pascalien du terme) il est noyé dans un océan sans aucun courant dominant.

    Le foisonnement de possibilités offertes par la connexion intemporelle et immatérielle du numérique bouscule l’ordre au sein de nos pensées. On est désorienté et très vite, nous perdons nos repères temporels sociaux et notre rythme de travail, ce qui peut mener à une perte d’efficacité croissante. De plus, le problème est transposable même pour une utilisation sérieuse de la Toile. Si nous prenons l’exemple d’une recherche technique, il est difficile de nos jours de débusquer une idée nouvelle mais peu consultée face à une idée de grande renommée mais plus ancienne. Nous pouvons être vite déboussolés et repenser tellement de fois notre travail que ce dernier dérivera dangereusement. Ou pis, se retrouvera paralysé par la surcharge d’information…

    Les isolationnistes de la Toile

    Sommes-nous pour autant condamnés à ne réussir qu’en se proclamant ermites d’Internet? En d’autres mots, détourner ses yeux du firmament numérique ne serait-il pas opportun? La réponse, comme à l’accoutumée dans ce genre de chroniques, est non. Puisque sans référence et sans fil directeur, nous ne pouvons créer ex nihilo quelque travail que ce soit; ce serait renier des siècles entiers d’Histoire. Et ainsi, répéter les erreurs du passé. Nous ne sommes pas venus au monde pour accomplir les bêtises d’autrefois mais bel et bien les nôtres. Même si les livres existent, le support numérique est aujourd’hui crucial et bien plus approprié dans certains domaines. Ne nous risquons pas à imprimer Internet, la Rédaction ne s’y est jamais risquée, et elle a bougrement raison!

    La solution proposée à la problématique est la suivante : il faut distinguer le besoin d’information de la lassitude. En effet, le biais dans lequel s’engouffre souvent les travailleurs intellectuels de ce siècle est assez simple à comprendre. Face à une difficulté, ils croient qu’ils manquent d’information pour la résoudre alors que seule la lassitude les gagnent. Ils connaissent la solution au problème mais ayant trop été absorbés par leur réflexions antérieures, ils sont arrivés en rupture d’idées. Ces derniers, partis pour une louable quête d’information se retrouvent à des places de la Toile divertissantes mais chronophages. Et lorsqu’ils les quittent, ils sont malheureux d’avoir «perdu» une partie de leur temps de travail et ont un sentiment défaitiste.

    En lieu et place de ce scénario, libre à l’acteur que vous êtes de le modifier quelque peu. Il suffit de savoir quand le moment de saturation surgit. Lorsqu’on en a pleine conscience, s’accorder une pause, de préférence loin de tout écran, est un excellent divertissement. De plus, cela vous permettra d’aborder la suite de votre problème avec un regard neuf. Enfin, rénové plutôt, c’est-à-dire que vous devez vous remettre à votre travail en posant la question sempiternelle «Où en etais-je?». Et cette question est cruciale, puisqu’elle révèle le fait que vous essayez de comprendre ce que vous faisiez avant ladite pause. Ceci est primordial : une personne qui est capable de mettre des mots sur la logique de ses actions est une personne organisée. Si tel n’est pas le cas, vous allez vous rendre compte que vous étiez dans un laborieux chaos… La pause vous aura ainsi évité de travailler encore plus de temps à perte! Et votre moral s’en trouvera renforcé.

    Pour conclure, de nos jours, le syndrome de la feuille blanche ne vient pas du fait du manque d’idées. Il réside plutôt dans la difficulté d’organiser les informations que nous recevons et dans la concentration que l’on alloue pour une tâche. Ainsi, il faut se connaître afin d’arriver à transgresser les règles de la lassitude. Abandonner temporairement une tâche pénible afin de s’y redonner avec les idées claires est souvent un bon pari à prendre. Nonobstant, prendre garde à ne pas choir dans les abysses chronophages de la société numérisée relève aujourd’hui d’une grande sagesse. Gardons donc l’esprit aiguisé!

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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