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JFK : il en fallait pour tous les goûts…même les plus douteux

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    JFK - Opéra de Montréal - affiche officielle

     

    Le dernier opéra présenté par l’Opéra de Montréal propose une composition en trois actes de David T. Little avec un livret signé Royce Vavrek. John Fitzgerald Kennedy, thème riche mais échec cuisant.

     

    C’est l’histoire d’un homme, président éclatant que sa gloire a hissé au rang des fondateurs de sa nation et que sa mort abrupte a cristallisé au rang de légende. Dans cet opéra, tous les éléments constituant la vie de JFK refont surface dans le récit des dernières vingt-quatre heures qui s’écoulèrent avant son assassinat.

    On trouvera certaines scènes touchantes et pleines de finesse comme celle qui relate le rêve du président, le ramenant à l’époque où il n’était qu’un jeune homme faisant la connaissance de celle qui l’épaulera jusqu’au derniers instants de sa vie. Il y a aussi cette séquence touchante de Jackie Kennedy récupérant son mari gisant sur le sol de la salle de bain de leur hôtel du Texas. Après l’avoir couché, elle s’étend au sol, à côté du lit, proche de lui, et songe aux épreuves qu’ils ont traversé, à l’impact de leur vie publique sur leur relation privée, pour finalement réitérer ses vœux de mariage et se rasséréner face à leur avenir commun, avant de tomber dans un sommeil profond. On s’émouvra également devant la dernière scène de JFK, qui semble reprendre espoir, comme sa femme la veille au soir. Cette dernière image d’un président qui part, heureux, ignorant tout de ce que lui réserve le destin, ne peut que toucher un public revivant ses derniers instants.

    Mais l’ensemble de l’œuvre laisse un tout autre goût. On se retrouve face à un enchainement de scènes loufoques, que l’introduction de nombreuses rêveries désarticulent, donnant un accent grotesque à l’ensemble du tableau. On commence par une première scène de Jackie, seule, chantant tristement dans une nuit qui ne semble pas lui faire écho, mais déjà là, ça manque de profondeur. Puis JFK fait son apparition, dans un bain censé soulager ses douleurs de dos. Sur un fond de discussion à propos de leur mariage qui part à vau-l’eau, on nous dépeint un couple de drogués, Jackie s’injectant une dose de morphine après avoir fait de même sur son mari. Là encore, quelques subtilités nous auront manquées. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Vient ensuite le premier rêve, qui annonce la couleur. La sœur de Kennedy lui apparait alors en rêve, dans son état précédant sa lobotomie. Malgré une présentation surjouée du personnage, on s’y attarde peu lorsqu’on découvre ce qui suit : Khrouchtchev à la tête de l’armée rouge débarquant sur la lune pour venir juger la lobotomie subit par cette sœur surexcitée. Si seulement nous avions pu nous en tenir à cet élan créatif manquant sa cible et restant enfermé dans des métaphores qui ne font rire que lui…mais non ! À l’acte deux, nous découvrons carrément le vice-président Lyndon B. Johnson dans un accoutrement texan et entourée d’une bande d’hommes se voulant la caricature de l’homme politique texan gras, inéduqué, borné et dont l’argent semble le soustraire à toute obligation de décence. On atteint ici le paroxysme du minable. Scène vulgaire, versant dans une provocation dégradante du rapport homme-femme quasi choquante. On reste incrédule et bien imperméable face au message qui essaye de se frayer un chemin à travers le malaise qui vient de se créer…si tenté que message il y ait.

    Le troisième acte est plus digeste, comme si les créateurs s’apercevaient de leur propre déroute. On retrouve les Kennedy, à leur réveil, ce matin du fameux 22 novembre 1963. On assiste à la préparation de Jackie qui enfile alors son fameux tailleur rose Chanel, puis au discours du président et enfin à leur mise en route vers Dallas, marquant les derniers instants de leur vie commune. La mise en scène est bien faite et le ton plus léger malgré la gravité des choses. Mais rien ne peut nous faire oublier l’expérience affreuse des actes précédents. Les performances vocales des chanteurs non plus d’ailleurs. Bien que le talent de Matthew Worth (JFK) et Daniela Mak (Jackie) soit indéniable, l’ensemble reste faiblard et le manque de coffre de tous les autres rôles termine de ternir la prestation.

    On sera certainement tenté de dire que les opéras classiques siéent mieux à l’Opéra de Montréal. Mais une erreur n’est pas coutume, quel qu’en soit la taille.

     

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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