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The Eternal Tides : un moment suspendu

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© MICHEL CAVALCA

 

Du 24 au 27 janvier, Danse Danse nous offrait une nouvelle expérience originale et phénoménale : le Legend Lin Dance Theater, compagnie de danse taïwanaise, nous a présenté pour l’occasion sa dernière création, The Eternal Tides, au Théâtre Maisonneuve.

 

On ne peut entrer dans l’univers que propose les performances de cette compagnie de danse, sans faire un détour par la vie et l’univers artistique de sa fondatrice, directrice artistique et chorégraphe : Lin Lee-Chen. Dès les années 1970, cette chorégraphe dans un lycée pour filles de Xi’an se fait remarquer par ses spectacles d’envergure, pour lesquels elle obtient même plusieurs prix nationaux. Influençant déjà, à l’époque, les arts de la scène de Taiwan, elle multiplie les chorégraphies, que ce soit pour la scène ou la télévision, avant de se retirer pour profiter de sa vie de famille. Mais sa passion créatrice et son inquiétude de voir la culture et les arts traditionnels taiwanais se perdre au profit d’une culture occidentale, toujours plus présente dans les espaces artistiques, la poussent à revenir sur le devant de la scène. Elle fonde alors sa propre compagnie, Legend Lin Dance Theater, en 1995. Ses créations, dont Miroirs de Vie (1995), Hymne aux Fleurs qui passent (2000), Chants de la Destinée (2009) et The Eternal Tides (2016), mettent en scène l’Homme, dans son lien avec l’esprit de la nature et les rituels qu’il lui voue. On retrouve un art poétique puissant, qui manie si bien les volutes du temps qu’il réussit presque à le suspendre. Lin Lee-Chen nous emporte, à travers des tableaux qui semblent décrire les coulisses du monde et son mouvement lancinant, perpétuel, dans sa propre vision de la tradition et de son rapport à ce monde. C’est avec un talent incroyable qu’elle réussit à nous introduire à une culture dans on est si étranger et dont, pourtant, nous allons nous sentir si proche, parlant dans un langage universel, décrivant des cercles de pensées qui nous touchent tous, dans notre humanité la plus profonde.

Puisant dans les rites spirituels et ruraux, cette artiste nous plonge dans la mesure du temps et la place donnée à l’homme dans une nature harmonieuse et tranquille. Ses chorégraphies imposent un rythme méditatif à notre esprit moderne sursollicité. Elle nous permet, le temps d’une soirée, de s’enfoncer doucement dans la recherche de l’équilibre, de la relaxation, nous poussant à ralentir pour prendre le temps d’observer, d’apprécier, d’apprendre la passivité et l’art du silence. Elle nous offre un univers qui nous est si étranger qu’il nous met d’abord un peu ml à l’aise, comme on l’est souvent lorsqu’on se retrouve dans l’incapacité de nourrir notre hyperactivité. Ne rien faire. Vivre sans sollicitation. Réapprendre à s’ennuyer, à vivre en regardant droit dans les yeux le temps qui s’écoule, sans chercher à occuper ses moindres recoins, à gagner du temps. Ce sont ces choses là que The Eternal Tides nous enseigne, ou plutôt, nous fait redécouvrir et nous force à aller déterrer au plus profond de notre être.

L’expérience que propose Lin Lee-Chen à chacun des ses spectacles est quasi indescriptible tant elle est personnelle et vient nous toucher dans ce que nous avons de plus intime. Le mot expérience est certainement le plus approprié pour décrire ses chorégraphies. C’est un univers tout entier qu’elle nous ouvre et qui nous happe, sans qu’on cherche à s’en défendre. C’est en tout cas unique, chargé d’émotions…de nos émotions.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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