Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Beethoven et Tchaïkovski par Juanjo Mena

Aucun champ n'est obligatoire



  •  

    Pour débuter cette nouvelle année, l’Orchestre Symphonique de Montréal nous a fait le plaisir d’inviter un chef d’orchestre dont la réputation n’est plus à faire, d’autant plus dans notre ville qui l’accueille régulièrement. C’est donc avec délectation que nous avons accueilli sur scène le basque espagnol Juanjo Mena, chef attitré du BBC Philharmonic Orchestra et pressenti pour prendre la suite de Nagano à la tête de l’Orchestre Symphonique de Montréal.

    Ce concert, à l’inspiration romantique, a débuté par l’interprétation de l’Ouverture (op. 77) du troisième opéra de Carl Maria von Weber, Der Freischütz. Tout à fait représentatif du folklore allemand, cet opéra dévoile dès son Ouverture, une atmosphère tirée des contes fantastiques dans lesquels Weber est allé puiser son imaginaire musical. S’inspirant pour le déroulement de son histoire du Gespensterbuch (Histoires de fantômes) d’Apel et Laun, on retrouve une ambiance de forêt magique et enchantée, de ces contes de fées qui font cohabiter princes, princesses, diablotins et forces maléfiques.

    Pour le second volet de cette première partie, c’est le pianiste Paul Lewis, grand musicien de sa génération et fervent interprète des concertos de Beethoven, qui est venu nous présenter le Concerto pour piano no. 3 en do mineur (op. 37) de ce fameux compositeur. Suivant le modèle traditionnel vif-lent-vif des concertos, il puise son originalité dans son approche stylistique qui mêle séquences dramatiques et intensité des émotions, proposant des dialogues entre soliste et orchestre particulièrement complexes. Son premier mouvement riche en tension, lance une introduction, plus longue que d’ordinaire, qui fait vibrer dans ses tonalités un sentiment d’urgence duquel émane une montée en puissance structurée. Elle est suivie par un thème en mi bémol qui unit le piano et l’orchestre dans un travail recherché pour développer la trame thématique. Le second mouvement, en mi majeur, permet de mettre en avant toute l’ingéniosité de Paul Lewis qui entame une interaction avec l’orchestre, de façon alternative, pour ensuite orchestrer lui-même un dialogue absolument sublime entre la flûte et le basson. Le mouvement s’achève sur un court solo du pianiste qui reprend le thème décrit dans les couleurs d’un hymne, accompagné à la fin par un élan de l’orchestre, enrobant les notes du thème de leurs plus riches sonorités. Dans le troisième mouvement, la vivacité rythmique est de mise, mettant en scène le thème initial juxtaposé à d’autres matériaux, un court développement fugué et une coda marquée presto, qui révèlent des jeux de tonalités particulièrement piquants.

    En seconde partie, Juanjo Mena a dirigé l’orchestre pour la « Pathétique », Symphonie no. 6 en si mineur (op. 74) de Tchaïkovski. Ce n’est pas la première fois que le chef d’orchestre présentait une œuvre du compositeur russe sur la scène de la Maison Symphonique, les attentes étaient au rendez-vous et la satisfaction le fut également. Introduit par un solo de basson qui donne à découvrir le thème principal de l’Allegro, l’œuvre débute en dévoilant les tonalités les plus sombres de l’orchestre. Le second thème apparait ensuite, cette fois présenté par les violons, qui lui confèrent une couleur et un lyrisme transcendant, marquant les esprits au point de devenir aujourd’hui un des plus fameux points de l’œuvre. Le second mouvement nous expose sa prestigieuse « valse brisée » et un rythme soutenu par un trio de bassons, contrebasses et timbales. Finalement, le troisième mouvement, si festif et exubérant, se trouve presque coupé par un Finale angoissé qui souhaite reprendre ses droits. Le calme revient avec un second thème qui nous installe confortablement dans nos sièges, défiant les gammes descendantes des cordes qui sèment le trouble dans cette douce sérénité. Le premier thème revient alors, toujours plus intense dans une montée hystérique qui finit par péricliter d’elle-même, pour chuter sur un choral de trombones solennels. La symphonie se termine finalement, sur un retour du second thème, en si mineur cette fois, plus grave, plus sombre, laissant les contrebasses seules pour éteindre en decrescendo les dernières notes du morceau.

     

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

    Le Polyscope en PDF+

    Aucun champ n'est obligatoire