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Les amours de Tchaïkovski

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    OSM - Les amours de Tchaïkovski

    Le 16 novembre dernier, la salle de la Maison Symphonique était comble. Un public de connaisseurs et amateurs de violoncelle s’y était réuni pour profiter des belles mélodies de Piotr Ilitch Tchaïkovski et de Camille Saint-Saëns. L’Orchestre Symphonique de Montréal nous a tout d’abord proposé Roméo et Juliette : « Ouverture-fantaisie » composée par Tchaïkovski, dans sa version finale de 1880. Mené par la baguette experte du chef d’orchestre Nikolaj Znaider, ce poème symphonique écrit en un seul mouvement mêle trois thèmes inhérents à la tragédie de Shakespeare : une musique grave et religieuse incarnant le frère Laurent, évoquée dans les premiers temps, une musique pleine de rage avec son articulation irrégulière et ses évocations de coups de poignard assassins qui matérialise bien la folie vengeresse des familles Montaigu et Capulet, puis, une musique claire, noble, incroyablement romantique, qui nous ramène à cet amour pur vécu par deux adolescents se retrouvant pris dans une torpeur sombre qui les dépasse.

    Après cette sublime ouverture, l’orchestre nous interprète le Concerto pour violoncelle no1 en la mineur (op. 33) de Camille Saint-Saëns, accompagné du violoncelliste britannique Steven Isserlis. Mondialement reconnu pour sa technique et sa profondeur d’interprétation, c’est un délice de le voir posséder sur scène ce concerto en trois mouvements, mais composé sans aucune pause. Saint-Saëns avait le rare talent de réussir à composer avec les notes graves du violoncelle et la puissance de tout un orchestre, en faisant ressortir toute la magnificence du violoncelle, sans que le soliste se fasse engloutir par l’ensemble des autres instruments. Steven Isserlis rend un très bel hommage à l’œuvre de Saint-Saëns, par une interprétation pleine de grâce et de raffinement, réussissant à allier sa passion à la retenue requise par le concerto.

    Pour clore cette première partie de la soirée, l’orchestre, toujours accompagné de Steven Isserlis, nous proposera finalement l’Andante cantabile, pour violoncelle et orchestre à cordes. Souvent jouée en œuvre autonome, sa forme ternaire dotée d’une coda aux textures délicates, propose en thème d’ouverture puis d’introduction à la coda, un air traditionnel venu de Kamenka. Au centre, on retrouve un air beaucoup plus allégé que le compositeur a élaboré en confiant un thème langoureux au premier violon, un ostinato chromatique joué pizzicato par le violoncelle et un soutien harmonique simple et ténu aux deux autres instruments. Encore une très belle réussite des musiciens et une parfaite maîtrise toute en délicatesse de ce violoncelliste qui ne cesse de nous surprendre.

    En deuxième partie, nous avons eu cette fois droit à un morceau de consistance, la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski (Symphonie no4 en fa mineur, op. 36). Cette œuvre est la première des ses symphonies dites du destin.  Le compositeur star de la soirée est en effet un grand adepte des notions de destin et de fatalité. La fanfare qui s’impose au début va donc produire le motif de Tchaïkovski imaginé pour le destin, qui réapparaîtra tout au long de ce premier mouvement, à des jonctions significatives, pour nous faire vivre ce combat entre détresse et bonheur, rêves et réalité, qui se joue en chaque homme. Le second mouvement, nous fait entrer dans des couleurs sonores totalement différentes. Incarnant la solitude et la mélancolie de l’homme qui ne peut échapper à son destin, les accents du hautbois emplissent alors l’espace. Puis, le troisième mouvement rompt avec cette lassitude en proposant trois parties presque fracturées, entre le jeu pizzicato de l’ensemble des cordes, le retour du hautbois seul et, enfin, le déboulé d’une musique militaire entonnée par les cuivres. Cet enchaînement prépare bien à un quatrième mouvement somptueux et tonitruant, débutant avec la variante d’une chanson populaire russe qui se transforme en un passage aux allures de marche que martèle tout l’orchestre, pour s’achever dans un feu d’artifice orchestral qui fait éclater sa joie. Toute l’ambivalence de cette œuvre est encore une fois reprise à merveille par l’Orchestre Symphonique de Montréal, présentant une coordination, des solistes et un jeu sonore d’une justesse phénoménale.

     

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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