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La Cenerentola de Rossini n’a rien perdu de son charme

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La Cenerentola - bannière

Lorsque l’Opéra de Montréal a choisi de mettre à sa programmation la version de Rossini de ce conte classique, le pari n’était pas gagné. Bien qu’extrêmement populaire, cette histoire simple n’est pas particulièrement trépidante. Mais encore une fois, c’était sans compter la créativité scénique de Joan Font, les merveilleux costumes burlesques de Joan Guillén et les chorégraphies de Xevi Dorca.

La fine équipe de l’Opéra de Montréal a su nous faire redécouvrir l’œuvre de Rossini en lui rendant tout son charme et son humour et en tirant partie de l’expertise du compositeur en opéra-bouffe et de l’humour de son librettiste, Jacopo Ferretti. On voit apparaitre une succession de tableaux hauts en couleurs, dans lesquels Joan Front s’amuse à glisser de subtiles références. Un chœur de vingt-quatre hommes, symbolisant la garde du roi, vient parfaire les moments qui se veulent plus spectaculaires. On a également droit à un groupe de six danseurs qui, déguisés en souris, sont uniquement là pour divertir le public de leurs gestuelles et leur costume démesuré, aidant à l’occasion à mouvoir le décor, ce qui donne une bonne fluidité à la représentation. Le côté carnavalesque de l’œuvre (le prince Ramiro devenant son valet Dandini et vice-versa, la maltraitée Angelica se métamorphosant en princesse et le beau-père Don Magnifico frôlant le rôle du bouffon) est extrêmement bien exploité, grâce à des costumes extravagants, des éléments de décors disproportionnés et des jeux de scène affichant une exagération sur mesure.

L’histoire narrée par Jacopo Ferretti dévie légèrement de la version populaire de Perrault, Angelica (la Cenerentola) n’étant plus bafouée par sa marâtre mais par son beau-père, la bonne marraine devenant le tuteur magicien du prince Ramiro et la chaussure de verre un bracelet de diamants. Les deux belles-sœurs Clorinda et Tisbe sont par ailleurs toujours présentes, et ce pour le plus grand bonheur des spectateurs. Leur bêtise et leurs chamailleries enfantines sont désopilantes et accompagnent fort bien les jeux de dupe de Dandini et l’ivrognerie de leur père.

Julie Boulianne nous présente une Angelica toute en esprit, délicatesse et bonté. Sa justesse est admirable et son jeu tout en finesse. Le baryton Pietro Spagnoli nous propose un Don Magnifico au comble de la bouffonnerie avec une voix qui porte bien et qui révèle une excellente maîtrise. Les deux sœurs, Lauren Margison et Rose Naggar-Tremblay, sont également à la hauteur avec une réussite toute particulière de la première soprano pour ses démonstrations dans les aigus. Le ténor Juan José de León qui interprète le prince Don Ramiro et le baryton Vito Priante qui interprète son valet Dandini sont tout à fait dans le ton et achèvent, de leur voix et de leur jeu de rôle perfectionné, cette très belle réussite de l’Opéra de Montréal.

 

 

 




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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