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Ariodante présenté par l’Opéra de McGill

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Affiche officielle

L’Opéra de McGill a ouvert sa saison 2017-2018 depuis octobre en s’attaquant à un opéra de Haendel. Ariodante est une pièce en trois actes qui explore les pratiques écossaises du XVIIIe siècle, à travers l’histoire d’amour d’Ariodante et de la princesse Ginevra, qui manque de justesse de virer à la tragédie. Accusation d’adultère, intrigue sournoise, amour sincère et devoir de justice, tous les ingrédients sont réunis pour faire raisonner cet opéra baroque.

La mise en scène d’Aria Umezawa, quoique créative avec son univers gothique-écossais qui vise à séduire un public particulièrement jeune, affuble tout de même les personnages de certaines tenues fort peu à propos. Le décor permet une grande flexibilité qui est très bien utilisée pour évoluer à travers les différentes scènes de l’histoire, cependant son démantèlement systématique lors des scènes dramatiques n’est pas très subtil.

Pour ce qui est des performances vocales, l’Ariodante présenté par Sarah Bissonnette est particulièrement bien incarné. Avec une technique remarquable, elle s’unit parfaitement à la voix d’Élodie Bouchard, dans le rôle de Ginevra, bien qu’on dénote chez cette dernière un léger manque de maturité dans la voix. Les deux chanteuses sont très expressives et l’ornementation composée par les élèves est étonnamment adéquate à l’époque. En ce qui a trait aux voix masculines, Polinesso est remarquablement convainquant dans son rôle d’intriguant et on en vient à le détester dès les premières minutes de son entrée sur scène. Cependant la production vocale du contre-ténor James Brown nous a laissé un peu indifférents, n’étant pas toujours d’une grande justesse. Lurcanio, interprété par Patrick McGill présente une très belle voix de baryton et son combat avec Ariodante forme un des grands moments comiques de la représentation. Malheureusement, Cesar Naassy, qui s’est mis dans la peau du roi d’Écosse pour l’occasion, manque de panache et semble sous-utiliser son potentiel vocal.

Bien qu’Ariodante ne soit pas aussi célèbre que d’autres opéras baroques, il mérite certainement une place dans le répertoire et la programmation contemporaine. On y retrouve des arias d’une grande beauté, comme le Scherza infida, chanté par Ariodante lorsqu’il reprend ses esprits après avoir réchappé de la noyade, ou encore Il primo ardor, dans lequel Dalinda, la servante de Ginevra, chante son amour pour Polinesso. Son histoire dramatique entrecoupée de moments loufoques qui ont conquis le public, en fait un bon spectacle.

Au-delà de tout ça, cet opéra de Haendel provoque l’auditoire, le faisant réfléchir aux conséquences d’une croyance aveugle en des informations incertaines. À notre époque, où la société est confrontée à une désinformation aux allures démagogues, Polinesso incarne bien le manipulateur tirant les ficelles d’un groupe qui se laisse berner sans sourciller. Haendel nous rappelle l’importance de la quête de vérité, d’une justice équitable et réfléchie et des implications que peut entrainer un comportement irrationnel.

Finalement, il serait bon de rappeler la chance qu’a eu le public de l’Opéra de McGill, d’entendre cet opéra, accompagné par un orchestre d’instruments anciens et interprété à La 415, c’est-à-dire un demi-ton plus bas que la convention moderne, pour suivre la manière dont il fut écrit et exécuté en 1735. Cette inscription dans la nouvelle tradition de l’interprétation « historiquement informée » n’a pas empêché la troupe d’innover en insérant, par exemple, un numéro de cornemuse et de danse écossaise, dont la surprise fut une réussite.

 

 

 




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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