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Le gouvernement Couillard a fumé du 62

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Une burqa (à gauche) et un niqab (à droite) Photo © Shah Marai/AFP/Getty

62 : le nombre désignant la loi 62. La fumée : l’altération des facultés mentales par un certain type d’herbe. L’adoption sans remord de la loi 62 par le gouvernement du parti libéral du Québec est un non-sens pour plusieurs, incluant moi, pas nécessairement pour des raisons idéologiques, mais pour des raisons sémantiques.

Qui dit juste à quel moment?

Le 18 octobre 2017, la ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée, a fait comprendre que cette loi 62 légitimera le devoir de tout citoyen de dévoiler son visage lorsqu’il fait affaire à un service public. L’exemple utilisé et supposément représentatif de cette loi est qu’une personne qui couvre son visage (on fait référence aux femmes de confession musulmane portant une burqa ou un niqab, bien évidemment. Qui y aurait-il d’autre?) devrait dorénavant montrer son visage en montant dans un autobus, et ce, durant tout le trajet. Une semaine plus tard, la ministre se ravise en prétendant que ladite personne pourra se recouvrir le visage une fois qu’elle n’interagit plus avec le chauffeur d’autobus. Elle ajoute que la personne qui ne requiert pas d’être identifiée, car elle n’est pas détentrice d’un titre à tarif réduit avec photo, pourra monter dans l’autobus sans avoir à se soucier de se dévoiler le visage.

Une ministre de la Justice interprète une loi pour ensuite changer son interprétation de la même loi qui n’a pas changé entre-temps, cela donne déjà toute une crédibilité au gouvernement dans ce dossier épineux, probablement fait de façon bâclée, au fond. Parmi des critiques, il y a M. François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec, qui a qualifié cette loi de « broche à foin », c’est-à-dire faite à la va-vite, mal organisée ou avec manque de professionnalisme. Franchement, une ministre de la Justice qui ne comprend pas bien l’étendue de sa loi, c’est une personne simplement incompétente. Et des incompétents, il y en a en masse en politique…

Incompétence politique

En entreprise privée, quand un employé est incompétent, il se fait immédiatement montrer la porte de sortie, ou se fait assigner des tâches plus appropriées par son patron, juge de sa destinée professionnelle dans l’entreprise. En politique, cependant, la population serait le patron qui juge quels candidats devraient exercer le pouvoir dans l’État, et ce, de façon garantie pour quatre années. La différence est que quand le politicien démontre son incompétence à un moment donné, son patron (le peuple) n’a pas le pouvoir de le mettre dehors sur-le-champ et doit attendre aux prochaines élections. Ce qui donne le temps au politicien de mettre de la poudre aux yeux avec de la propagande, de la rhétorique et d’autres arts pour manipuler la masse. Pire encore, la population est le plus mauvais recruteur que la Terre ait porté quand elle laisse les mêmes incompétents être remis en service.

« Loi sur la neutralité religieuse de l’État »

Si le titre du projet de loi 62 fait comprendre que c’est de l’État (et des organismes publics) qu’on veut garantir la neutralité religieuse, cela se fait sur le plancher des lieux gouvernementaux et publics par la façon dont les employés représentent l’État ou ses organismes. C’est donc ces employés qui devraient ne pas montrer de signes religieux, ni discriminer les citoyens en fonction de leur appartenance religieuse, ni cacher leur visage. C’était ce que prévoyait la fameuse Charte de la laïcité du Parti québécois qui avait été tant décriée. Mais le gouvernement libéral y a ajouté une couche pour affecter les citoyens (qui ne travaillent pas pour l’État ou pour un organisme public). Je me demande alors en quoi forcer un citoyen de découvrir son visage affecte la neutralité religieuse de l’État. La conséquence ne correspond pas à la cause.

D’abord, soyons clairs que c’est par politesse dans beaucoup de cultures que quand on s’adresse à quelqu’un, on se montre le visage pour se faire reconnaître par notre interlocuteur et cela va dans les deux sens. Est-ce donc nécessaire de spécifier qu’il faut communiquer le visage à découvert dans une loi qui s’adresse aux gens de l’État, mais aussi aux citoyens?

Accommodements inutilisables

La loi 62 prévoit des accommodements raisonnables « tant qu’elle ne contrevient pas à l’identification, la sécurité et la communication ». L’exemple du transport en autobus est un contre-exemple pour démontrer comment cet article de loi est ridicule. Si une personne doit dévoiler son visage au chauffeur d’autobus pour s’identifier, elle ne peut pas avoir d’accommodement raisonnable de toute façon puisque cela contreviendrait à l’identification. Puis, dans tous les cas où on requiert de voir le visage d’une personne, c’est pour l’identifier ou communiquer avec elle. Outre cela, la personne qui veut se cacher le visage peut le faire, sans nécessiter un accommodement raisonnable de toute façon.

Sanction cachée

De plus, cette loi ne prévoit pas de sanctions, du moins officiellement. À mon humble opinion, cela veut dire que les contrevenants ne seront pas punis par voie légale, mais cette loi laissera l’étroitesse d’esprit des individus de la société exercer de l’ostracisme contre un groupe d’individus possédant des caractéristiques physiques semblables, soit le port du voile intégral. Quant à ceux qui ont moins de jugeote, les caractéristiques physiques semblables peuvent se généraliser aux gens qui ne portent pas le voile, mais qui ont l’air d’être d’origine arabomusulmane. Bref, dans le pire des cas, ce gouvernement laisse les sales entrailles de la psychologie humaine faire son oeuvre à l’encontre de ces gens vulnérables.

Sombre moment historique?

Le gouvernement de la Colombie-Britannique a solennellement présenté des excuses en 2012 à la communauté japonaise pour l’internement des Japonais et des Canadiens d’origine japonaise au Canada lors de la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement canadien s’est solennellement excusé en 2006 à la communauté chinoise pour une taxe d’entrée aux immigrants chinois entre 1885 et 1923, ainsi qu’une loi interdisant l’entrée d’immigrants chinois au Canada de 1923 à 1947. De plus, en 2008, le gouvernement canadien a présenté des excuses à des autochtones enrôlés de force pendant des décennies entre 1870 et 1996 dans des pensionnats où ils ont été victimes de sévices. Dans quelques années, est-ce que le gouvernement du Québec va demander pardon aux filles et aux femmes de confession musulmane ayant l’habitude de couvrir leur visage d’avoir mis en vigueur une telle loi? Est-ce que le Canada va regretter d’avoir gardé le Québec en son sein?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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