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Les secrets de la petite Italie : Trop de secrets, c’est comme pas assez ?

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  • Les Secrets de la petite Italie, la troisième pièce du dramaturge Steve Gallucio (Mambo Italiano, St-Leonard Chronicles), est présentée au théâtre Duceppe du 25 octobre au 2 décembre. L’œuvre nous plonge dans un après-midi mouvementé dans l’appartement de Tony (Roger Larue), qui se ronge le sang, inquiet de la disparition de sa femme, Amanda. L’accompagnent dans son angoisse son fils Steve (David Chiazese), sa bru Christina (Pascale Montreuil), son père Alzheimer Lio (Michel Dumont) ainsi que Lia et Mara (Danièle Lorain et Marie Michaud), des amies de longue date. L’ambiance se détériore encore davantage lorsqu’Ivana (François Xavier-Dufour), la fille de Tony, s’invite chez son père, d’où elle a été chassée à l’adolescence.

    Ce style de pièce, le huis-clos étouffant dans lequel tous les vieux secrets d’un groupe ou d’une famille sont exposées à coups de reproches, de trahisons et d’aveux, a été exploité avec succès à de nombreuses reprise dans la dramaturgie québécoise. Les secrets de la petite Italie semble cependant pêcher par l’excès. Des secrets à déballer, il y en a justement un peu trop. Chaque personnage a son propre secret, son propre récit. Les histoires les plus fortes et touchantes, tel le récit de la jeune femme trans jetée à la rue ou les souvenirs de guerre de l’aïeul, sont diluées par celles dont on aurait pu se passer, comme les liens avec la mafia de l’amie et le mariage manqué du fils. Les monologues qu’on aurait voulus marquant se multiplient au point de s’éclipser les uns les autres. C’est d’autant plus dommage car ce thème de la transsexualité, vécue dans une famille aux valeurs traditionnelles, était fort et plein de promesses. La multiplication des récits empêche aussi d’approfondir les personnages, en particulier celui de Tony, difficile à cerner. De plus, les dialoguent manquent de finesse et on tombe malheureusement souvent dans le cliché. Bien que la première demi-heure se veuille plus légère, les blagues tombent un peu à plat et on abuse de l’humour de répétition.

    Abordons maintenant la distribution. Je ne me lasse pas de voir Michel Dumont en action et il est comme toujours très solide. François Xavier-Dufour est aussi très bon dans le rôle d’Ivana et il réussit à nous transmettre à la fois la fragilité et la force de cette femme, qui a vécu mainte fois le rejet et l’abandon. L’ensemble de la distribution s’en tire bien, mais un détail m’a plutôt agacé : mis à part David Chiazese, qui a des origines italiennes, les acteurs ne sont pas tout à fait crédible dans leurs accents et leur utilisation des expressions italiennes qui saupoudrent le dialogue. Par conséquent, l’ambiance italienne, qui aurait pu faire le charme de la pièce et sur laquelle repose une bonne part de l’humour, semble plutôt artificielle.

    En somme, Les secrets de la petite italie donne l’impression d’une occasion manquée. La pièce, bien qu’elle réussisse à nous toucher en abordant des thèmes forts, est malheureusement handicapée par un texte inégal et une multiplication inutile des intrigues et des récits.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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