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Paloma, seul dans un Spoutnik

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  • Un Shawarma, une fille tu’seule au Métropolis, et le plus grand compositeur québecois de tous les temps. En plus, il fait bon.

    La foule enflammée du métropolis

     

    Pour manger un Shawarma pré-show, le bord d’une clôture dans une allée sombre derrière le Métropolis fait bien la job. C’est mi-bouchée que je réalise lentement, et quand j’apperçois des gens en camionnette entrer dans l’établissement par une porte mal-éclairée, que je suis pile à côté de l’entrée des artistes. Je ne crois pas pouvoir reconnaître Daniel Bélanger dans une ruelle sombre, avec son air parfaitement québécois et son bedon de la cinquantaine, mais ça m’agite les nerfs d’entrevoir une infime partie de la magie derrière ce génie musical.  

     

    J’entre, et la pièce est bombée, chaude et humide ce qui accentue l’odeur qui y règne. Si l’odeur de mon Shawarma m’a suivi jusqu’à l’intérieur,  les parfums qui ne sentent pas le cheap viennent vite l’étouffer. Un signe du type de la foule – en cette journée où l’été est venu interrompre l’automne – la foule s’enfle – et la moyenne d’âge se brouille.  

     

    Je me suis placée à l’arrière – quand on se pointe à un show seule, il ne faut pas employer la même stratégie qu’en groupe – en dessou de moi s’étendait toutes les tables et les gens assis, et au loin le plancher de danse devant la scène. Je suis convaincue que j’avais la meilleure place de toute la salle – à 1 mètre translaté vers la gauche de la caméra officielle, à la même hauteur que la scène et pas un chat devant moi. Daniel, moi, je le regardais dans les yeux.

     

    Le parterre qui fourmille de monde, s’agite plus l’attente s’allonge. L’ambiance typiquement Métropolis – une symbiose parfaite de festivité et d’intimité – s’impose, et ce parterre déjà impatient s’enflamme lorsque Daniel, de sa voix claire et perçante, nous arrache notre attention. Il nous lance cette soirée sur une chanson de son nouvel album, Paloma – “Tout viendra s’effacer”. Un choix judicieux, car sa première apparence sur scène nous fait sentir que son âge s’avance, mais le sourire dans sa voix me fait vite comprendre: la vieillesse n’a pas sa place ce soir. Le refrain de cette première chanson, rythmée et enjouée : “je suis fatigué de me coucher” – On montre la porte au calme, Daniel est arrivé : la fête peut commencer.

     

    Daniel Bélanger c’est un compositeur d’une qualité rare – Je n’ai d’autre comparatif que Kate Bush sur la méticulosité de la composition et l’agencement impeccable de chaque détail. Sa bonne humeur et son bon humour nous infecte avec chaque chanson. Et ses nouvelles compositions une à une nous sont dispensées parmis ses succès mieux connus, ceux qui l’ont rendu populaire mais aussi ceux qui sonnent plus typiquement Daniel Bélanger.

     

    Si la poésie de sa musique demeure, ses particularités si charmantes ne transparaissent plus dans ses nouvelles chansons. On retrouve toujours son humour mais la propriété à la “rêve-lucide” de sa musique, à son apogée audible dans la chanson “spoutnik”, n’est plus. Sa tendance à la mélancolie (en ne tombant jamais dans la déprime –  le mélancolisme bon humour typique chez lui) reste toujours, mais ses nouvelles chansons sont toutes victimes d’une absence créative.

     

    On le ressent bien à travers ses chansons, mais la clarté de son âme qui venait tant me chercher ne s’y trouve plus. Pour moi, c’est le signe d’une créativité lasse. C’est donc un peu nostalgique que je rentre seule, continuer la fête accompagnée, mais le bonheur infectieux me reste, parce qu’une qualité musicale si nette peine à s’éteindre.

     

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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