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C’est pas vrai je l’jure!

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  • Quand j’avais 8 ans, je disais ça. Je disais ça quand mon petit frère pleurait, au moment où ma mère accourait voir ce qui se passait pour que son plus jeune soit dans tous ses états. « C’est pas moi, je l’jure! », ça empêchait pas que mon frère avait un bleu sur un genou et j’étais le seul être vivant à part mon chat dans un diamètre de cinquante mètres à pouvoir lui avoir fait.

    Ça se pardonne, j’avais huit ans, mon argumentaire n’était pas encore tout à fait au point. Et mon frère était tombé tout seul en plus, vous demanderez à mon chat. Par contre, ça se pardonne moins bien à un politicien, quand les faits sont là, dans nos faces, et le mensonge gros comme le bras d’Hugo Girard.

    Facile de nier

    Je vais commencer par un petit cours sur la méthodologie à suivre : la règle, c’est de toujours nier. Nier les changements climatiques, nier la culture du viol, nier qu’on se fait f*urrer solide par des multinationales qui ne payent pas leurs taxes. Nier. C’est la première étape, la plus facile, et en plus ça a le bénéfice d’en berner quelques-uns, moins rusés que ma mère.

    « IL N’’Y a pas de culture du viol, il y a une gang de femmes qui ne connaissent pas leurs (sic) sexualité pour en tirer du VRAI PLAISIR!!!! » lâchait sur Facebook, il y a un peu moins d’un an, Caroline Orchard, actuelle candidate de Coalition Montréal dans Notre-Dame-de-Grâce.

    « J’ai eu des discussions avec des Catalans là-bas, et ce n’est pas une majorité de Catalans qui est pour l’indépendance de la Catalogne » disait Caroline St-Pierre, Ministre des Relations internationales, le 4 octobre dernier, juste un peu après que le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, eu proclamé qu’« aujourd’hui, il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne ». Non mais en toute honnêteté chers lecteurs, qui serions-nous pour remettre en question de si crédibles propos? Rien de mieux que des sceptiques et des emmerdeurs, voyons!

    Pas réellement d’argument pour prouver votre point? Pas de problème, nos politiciens sont là pour vous rappeler qu’une simple supposition d’expérience personnelle est suffisante pour convaincre l’électorat de la véracité de leur propos. La preuve, même d’autres personnalités publiques s’y mettent!

    « Ça n’arrive pas dans la mode. Aucun photographe ne m’a jamais fait ça, jamais. », déclarait très exactement lundi Carla Bruni-Sarkozy au sujet de la culture du viol et du harcèlement sexuel dans le milieu de la mode. C’est vrai! Ça ne lui est jamais arrivé, pourquoi est-ce que ça arriverait à une autre? Voyons, quelle idée farfelue…

    Ah, et au cas où vous voudriez un exemple plus environnemental pour bien comprendre la technique, appréciez la technique fine de Jean-François Gosselin, candidat à la mairie de Québec et chef du parti Québec 21, qui répondait il y a quelques jours : « Je pense qu’il y a des changements climatiques, mais je ne pense pas que l’homme est responsable ». Au cas où elle vous aurait échappé, voyez la finesse avec laquelle il débute sur une belle note pour amadouer l’oreille non-avertie, lui permettant de déraper par la suite sur une opinion complètement vide de faits. Du génie. Notez aussi que les mots « des changements climatiques » peuvent facilement être substitués par « une culture du viol » tout en conservant la crédibilité de la phrase intacte.

    Trêve de sarcasme, ce ne sont que quelques exemples récents, je vous ai même épargné notre ami orange à perruque jaune et ses sbires, là on aurait été partis pour la gloire.

    Me prends-tu pour un cave?

    Non mais sérieusement, à quel point se fait-on prendre pour des imbéciles? J’ai eu ce flash (c’était pas la première fois, mais bon…) en écoutant parler Mélanie Joly à Tout le monde en parle il y a quelques dimanches. Je me suis dit, les yeux plissés en l’observant slalomer entre les questions, les évitant avec la subtilité d’un feu sauvage sur une photo de finissant, « mais qui est-ce qu’elle pense berner en ce moment? ». Sérieusement?

    L’être humain est niaiseux des fois; peut-être qu’elle (ou le marionnettiste derrière) misait sur ça, espérant que le public remarquerait plus les cheveux soyeux de Pierre-Yves McSween à sa droite. Mais non. Semblerait-il que le monde est encore doté d’intelligence et d’un certain sens du flair, quand il vient le temps de se rendre compte qu’il est en train de se faire passer un sapin.

    Mon point est simple : si par malheur, si pour une raison obscure tu es dans l’obligation de me mentir, d’omettre des faits, ou tout simplement de t’en foutre royalement, s’il-te-plait, puis-je te demander de te forcer pour que je n’aie pas l’impression de me faire prendre pour un cave?

    Je sais, je sais… c’est trop demander. Trop demander de prouver son point à l’aide de faits, trop demandé de se soucier un tant soit peu de la crédibilité de nos propos. Trop de nos politiciens nous le prouvent à chaque jour : la science, les statistiques, les chiffres, ça sert juste à ramasser la poussière.

    Mais malgré tout…

    À une époque où les faits sont alternatifs, et où une opinion fait la job s’ils ne font pas notre affaire, je me morfond un peu moins quand on me demande de citer mes sources dans un travail de session. Je m’encourage même, quand je vois les réseaux sociaux réagir et tourner au ridicule ces discours sans queue ni tête. Semblerait-il que le meilleur ne soit pas mort, qu’il reste d’irréductibles esprits critiques qui ne tolèrent pas ce genre de foutaise insipide et continuent de l’exposer au grand jour.

    Peut-être que certains de nos amis politiciens auraient besoin que leur mère leur remette en pleine face qu’ils ne sont pas crédibles. C’est peut-être ça la solution!

    À titre d’encouragement, maintenant mon frère mesure six pieds deux et a le pouvoir de me ramasser quand il le désire. Le karma comme on dit…




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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