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Rose of Jericho : une merveilleuse expérience de résilience

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Rose of Jericho – Skeels Danse

Le 10 octobre avait lieu la première d’une œuvre d’Andrew Skeels, présentée par Danse Danse: Rose of Jericho. Ancien membre des Grands Ballets de Montréal et jeune chorégraphe talentueux, Andrew Skeels a la particularité de mélanger les styles de danse, utilisant pour cette dernière création, à la fois des techniques empruntées au ballet, au hip hop et au contact improvisation. Ayant monté sa propre compagnie de danse, Skeels Danse, dont il est le directeur et chorégraphe, il propose ses créations à travers elle, mais aussi à travers de nombreuses compagnies de danse qui ont décidé de les présenter, comme l’Opéra de Paris. Créer sa compagnie était très important pour lui, afin de se libérer des multiples limitations dues aux collaborations, d’autant plus qu’à l’inverse de beaucoup de chorégraphes arrivant avec des séquences toutes faites, Andrew Skeels travaille à partir des danseurs eux-mêmes, entrant dans une vraie relation avec eux et construisant son œuvre autour d’eux. Ayant également évolué dans le milieu cinématographique, on retrouve nettement les influences de son passé de cinéaste dans les coupures nettes, les points de ruptures, les jeux de lignes, d’angles, de perspective et de chevauchement qu’il insère dans la conception de son œuvre.

Aimant s’engager politiquement dans ses créations, Rose of Jericho incarne la résilience des migrants face aux imprévus et à un mode de vie de survivance. Les danseurs montrent, à travers leurs danses de groupe, la persévérance dont ces personnes font preuves, mais aussi leur renaissance et la puissance des rencontres et de la solidarité qui s’installe entre eux. On y entrevoie également des notes de frustration, de désespoir et de rage individuelle, que le groupe absorbe et prend sur ses épaules pour tenter de soulager chacun de ses membres. D’origine étatsunienne et vivant à Montréal depuis sept ans, Andrew Skeels se présente un peu comme un réfugié politique, ne se sentant pas libre de pouvoir construire ses œuvres dans son pays d’origine dont il exècre les politiques. C’est d’ailleurs l’horreur que lui ont inspiré les politiques américaines sur l’immigration qui lui a donné matière à se lancer dans cette œuvre. Il tient d’ailleurs à y raconter différentes formes d’immigration, cherchant aussi à témoigner de la vie qu’ont vécu la compositrice iranienne Sussan Deyhim, qui accompagne Rose of Jericho de ses rythmes perses, et le designer mexicain Wilber Tellez qui en propose les costumes.

Rose of Jericho – Skeels Danse

Il faut savoir que cette pièce tire son nom d’une rose poussant dans le désert et s’y étant parfaitement acclimatée. Ainsi, elle se dessèche au gré des vagues de chaleur, pour s’épanouir ensuite à la première goutte d’eau venue. Cette rose, au-delà de sa capacité à pouvoir survivre des années sans eau, peut également se laisser porter par le vent pour refaire ses racines plus loin, voyageant ainsi au rythme des saisons. Beau symbole pour la quête menée par ces migrants dont Andrew Skeels dessine le portrait. Il donne de ce fait à la scène un aspect désertique, la couvrant d’une fine couche de sable. On retrouve également des montagnes de vêtements entassés, que les danseurs déplaceront, pièce par pièce, tout au long de la représentation, cherchant parfois à s’en débarrasser, parfois à les ranger, ou tombant dedans à l’occasion, incarnés d’une sorte d’impuissance les paralysant. Symboles de toutes ces affaires que les migrants doivent laisser derrière eux et abandonner sur le chemin qui les mèneront aux États-Unis, le chorégraphe n’a rien voulu laisser au hasard. Il s’est donc servi de couvertures achetées au comptoir d’aide sociale Le Chaînon, qui leur avaient été données par des services sanitaires et avaient servi dans différentes parties du monde pour aider les populations en situations de crise.

C’est certainement cette minutie qui rend le travail d’Andrew Skeels si beau. Cette chorégraphie qui rend hommage à la souplesse des corps de ses danseurs est fascinante par sa conception de mouvements coulés les uns dans les autres, chaque danseur continuant le geste de l’autre sans interruption, qui ne soit parfaitement tranchée et volontaire pour marquer un changement de registre. Andrew Skeels est définitivement un chorégraphe à surveiller et ses danseurs nous ont présenté ce soir-là, une performance particulièrement admirable.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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