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Il était une fois… le western

…est le titre de la nouvelle exposition du Musée des Beaux-Arts de Montréal, ou le MBAM pour les intimes, que le Polyscope a eu la chance de visiter en avant-première. L’occasion de retracer une histoire non factuelle mais culturelle de l’Amérique.

©Thomas Moran (1837-1926), Le mirage, 1879, huile sur toile. Orange (Texas), Stark Museum of Art. Photo Tom DuBrock.

 

Avant de me rendre à l’exposition, le western pour moi était surtout un genre très caricatural à base d’hommes chapeautés, aux jambes arqués, traversant le désert sur leur monture avant de rentrer se désaltérer à la taverne du coin, non sans repartir avec une ou deux filles en jupons sous les bras. Des scenarii manichéens avec les gentils cow-boys blancs évolués contre les méchants Indiens primitifs. Point positif d’une intrigue simpliste et de dialogues minimalistes – pourquoi s’exprimer à l’oral quand on peut faire parler la poudre? – les westerns ont contribué à apprendre le français à ma Maman non francophone. À peine arrivée en France, elle était déjà capable, après une soirée télé, de commander un verre de whisky au bar et de provoquer son patron en duel.

Il était une fois… le western se donne ainsi la mission de célébrer ce genre cinématographique tout en déconstruisant les fausses images qu’il a véhiculées. L’exposition se concentre bien-sûr sur le cinéma – plus de 150 extraits de films y sont projetés ça et là – mais on peut aussi y voir des peintures, des photographies et des sculptures.

 

La construction

Durant son âge d’or, le western a imposé nombre de mythes et de conventions qui persistent même aujourd’hui, sans qu’on ne s’en rende forcément compte. Il raconte d’abord l’épopée d’une nation qui se construit : la découverte de nouveaux territoires, l’avancée du chemin de fer, la ruée vers l’or et le rêve américain qui pousse tous ces hommes à braver les dangers des contrées sauvages contre un bout de liberté et une poignée de dollars. C’est également des paysages grandioses qui ont fascinés peintres et photographes, mais aussi le trappeur, l’éclaireur et la police montée. Le western, c’est la culture du rodéo et la musique country. Ses figures emblématiques ont traversé les âges, mais saviez-vous que Geronimo n’était pas un Indien fou qui fonçait en hurlant sur le premier cowboy venu, mais un excellent guerrier apache qui se battait pour les droits de ses confrères après que les Mexicains aient tué sa famille, dont sa femme et ses enfants? Et que Buffalo Bill s’est certes créé un nom en chassant le bison, mais a surtout su le garder parce qu’il a monté une troupe de théâtre qui a sillonné l’Amérique, le Canada et même l’Europe avec son ‘Wild West Show’ propageant ainsi le mythe du Far West? Le western retrace ainsi une histoire culturelle quand celle de la conquête de l’Ouest est déjà terminée.

 

La déconstruction

©William Notman & Son, Montréal, Sitting Bull et Buffalo Bill, Montréal, Québec, vers 1885, carte de cabinet. Golden (Colorado), Buffalo Bill Museum and Grave.

Le western omet souvent la réalité derrière les belles montagnes et la petite motte de paille qui roule au bas de l’écran : ces nouveaux territoires conquis n’étaient pas vides, les peuples autochtones étaient forcés de quitter leurs terres pour se voir placés dans des réserves. En trois siècles, la population autochtone d’Amérique du Nord a diminué de 90%, à cause de maladies introduites par les Européens, des guerres, et de la chasse abusive du bison. La carte des États-Unis se redessinait rapidement, et c’était un Blanc qui tenait la plume. On se rend désormais compte de la culture de la violence avec les attaques d’«Indiens » que l’on tue sans scrupules et les bagarres à répétition dans les saloons ; du sexisme inhérent et de la marginalisation systématique des minorités dans les premières pellicules.

 

La réappropriation

Après la Seconde Guerre mondiale, une distanciation s’installe et critique ces mythes auxquels on ne croit plus. Les héros de western deviennent plus complexes et rongés par leur conscience, comme ces hommes revenus de la guerre. La société évolue et le western aussi : on remarque le machisme derrière la virilité du cow-boy, et les femmes commencent à incarner plus que des plantes vertes en corset adossées au piano-bar. Les codes du western sont détournés pour parler à la société moderne, surtout lors de l’agitation sociale autour de la guerre du Vietnam. On peut notamment admirer des œuvres d’Andy Warhol posant la question du prix à payer pour défendre sa culture ; ou encore des dessins amérindiens dénonçant enfin les injustices commises. Le genre cinématographique se réinvente avec Clint Eastwood ou Quentin Tarantino, et explore des problématiques toujours actuelles comme l’égalité des sexes, des races et la marginalisation des homosexuels comme dans Souvenirs de Brokeback Mountain.

 

En rendant hommage et en critiquant ses mythes, l’exposition devrait changer votre vision des « cowboys » et des « Indiens » comme elle a changé la mienne. Il était une fois… le western s’inscrit d’ailleurs dans les célébrations du 375e anniversaire de Montréal, et est une belle façon de faire un détour du côté de ses racines autochtones. Et il y a encore du chemin à parcourir sachant que même en 2010, Geronimo était le nom de code pour Oussama Ben Laden auprès de la Maison Blanche…

 

Infos pratiques

  • Il était une fois… le western
    au Musée des Beaux-Arts de Montréal
    1380, Rue Sherbrooke O, Montréal, QC, H3G 1J5
  • du 14 octobre 2017 au 4 février 2018
  • 15$ l’entrée



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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