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Room 2048 : un dialogue interculturel inaccessible

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HKEFeaturePhoto

La compagnie Hong Kong Exile nous a présenté vendredi dernier sa nouvelle création « Room 2048 », en référence à cette fameuse année 2048, durant laquelle Hong Kong rejoindra le giron de la Chine continentale.

Performance mêlant danse, projections et effets sonores, elle tend vers l’expérimental avec une nette utilisation de supports multimédias se superposant aux arts classiques.

Cette conception cherche à recréer l’expérience de la diaspora cantonaise qui vit la situation des Hongkongais aux prises avec le « Hong Kong Handover » sans y être réellement confrontée. On suit donc différentes histoires qui s’entrecroisent, chargées tantôt de désir, tantôt de nostalgie, et souvent d’un mal-être palpable.

Le problème majeur de cette interprétation, c’est que ses messages politiques ainsi que sa description du malaise social et des aspirations de la diaspora cantonaise nous laissent presque indifférents, tant le canal de communication utilisé est étranger au nôtre. Aimant travailler à partir d’une contrainte, la compagnie Hong Kong Exile a en effet fait le choix de travailler cette fois autour du style cinématographique du Mo Lei Tau, type d’humour burlesque associé à la culture populaire de Hong Kong et développé à la fin du XXe siècle. On retrouve d’ailleurs parfaitement dans cette pièce les éléments typiques de cet humour : parodies absurdes, juxtaposition de contrastes et surprises soudaines du dialogue et de l’action parlée. Mais c’est là, justement, que réside la pierre angulaire du problème auquel le public montréalais a dû faire face : cette superposition entre metteurs en scène issus de la diaspora cantonaise, thème central des ressentis de cette même diaspora et inspiration cinématographique du Mo Lei Tau…. Tous ces éléments s’éloignent beaucoup trop de nos clefs de compréhension culturelles et de nos schémas de conception. Même en restant ouverts jusqu’au dernier instant de cette interprétation, nous ne faisions qu’effleurer les messages sous-jacents, nous limitant à une vue superficielle de la pièce. Certains y ont vu du conceptuel, d’autres absolument rien d’ailleurs, mais peu en ont intégré les idées politiques et sociales.

Bien que nous soyons donc restés extrêmement imperméables aux expressions et significations de cette représentation multidisciplinaire, il y a, en plus de l’incorporation très intéressante du multimédia dans la chorégraphie, la performance des danseurs et interprètes qui mérite d’être saluée. Ils possèdent tous les trois une technique et une force impressionnante. On ressent également les différentes influences qui les ont traversés ainsi que l’apprentissage de toute une palette de styles chorégraphiques qui leur octroie une mouvance toute particulière.

Cette œuvre prise au sens de performance technique est donc bien valable pour un public montréalais tel que nous étions réunis vendredi soir, mais les inspirations de cette mise en scène et de sa narration n’ont malheureusement pas réussi à gagner le jeu subtil de l’art trouvant son équilibre entre l’intellectualisation conceptuelle et l’accessibilité rendue aux amateurs.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.