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Just’une Chronique : numérique écologique Ép.0b01

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    Complexe Adam Beck -- © Wikimedia Commons

    Une introspection sur les vertes vertus du numérique.

    L’ordinateur est-il si écolo que cela? Question à laquelle je pense depuis ma tendre enfance en France, ébranlant ma confiance en l’arrogance de la défense de la verte balance de ces boîtes détenant l’artificielle intelligence. Ce qui est sûr, outre le fait que les premières invites de commandes furent vertes sur fond noir, l’impact de nos ordis sur l’écologie est non-négligeable. Pourquoi? Ouvrons une fenêtre sur ceci…

    Ils sont parmi nous et ils nous surveillent!

    Le XXIe siècle est connu pour l’essor du numérique, beaucoup d’objets connectés ont fait leur apparition. Exemple paradigmatique : le téléphone intelligent. Hier, comment aurait-on pu imaginer qu’une si petite chose régulerait notre vie, nous donnerait la météo, allumerait les lumières, régulerait le chauffage ou encore enverrait des images de loutres à la rédaction du Polyscope? C’était impensable et pourtant c’est aujourd’hui d’une banalité effrayante.

    Face à cette addiction et à cet engouement pour les objets connectés, les scientifiques travaillant dans les compagnies ont eu la brillante idée d’exploiter les données des usagers. Si cela est fait, pour des raisons évidentes de confidentialité de manière anonyme, les données issues de capteurs d’objets connectés peuvent êtres étudiées. Vu le nombre de ces dernières et sachant la masse noyant les erreurs et les singularités, nous sommes en mesure de produire des relevés de qualité. Et ceci de manière non-invasive pour les usagers, les capteurs étant présents dans les objets du quotidien, plus besoin de «lutin-mesureur-de-température» comme c’était le cas au siècle précédent.

    Une petite donnée pour moi, une grande base pour l’Humanité.

    L’étude de cette masse de données est communément appelée en français le Big Data, ou encore le Data Mining. Outre le fait que c’est un leitmotiv souvent employé par des recruteurs aux mots finissants par «ing» qui vous demandent de signer un contrat d’embauche alléchant, il s’agit avant tout d’une science.

    Ah oui, et en quoi cela consiste? Tout d’abord, en sciences comme ailleurs, il faut savoir ce que l’on cherche : un modèle. Oui, mais pourquoi, nous ne sommes pas face à une copie d’intra ici, non? Bien sûr, ceci est exact, mais c’est ce que recherchent les compagnies : comprendre le comportement des humains et en extraire des statistiques. Une fois le modèle obtenu, par exemple «Les montréalais consomment moins de courant les jeudis soirs» on peut en faire quelque chose. Et c’est ici où la machine écologique et économique se met en place.

    Exploiter, c’est économiser!

    Que l’on s’entende tout de suite, ce cynique oxymore est trompeur. Je parle bien ici de vos données. Si l’on parvient à dresser le portrait robot du consommateur montréalais moyen sur plusieurs années, on pourra anticiper sa consommation. Pour donner un exemple stupide, nous remarquons une surcharge, très ponctuelle, dans la consommation électrique de nos chers citadins à l’issue de la mi-temps d’une rencontre sportive d’envergure. L’analyste dressera aisément la corrélation si les données des matches et de la consommation sont juxtaposées. Ainsi, on essaie de convertir ces données en règles logiques probabilistes. Logiques, car un événement extérieur a pour conséquence de modifier la consommation énergétique. Probabilistes, car une barre d’erreur doit exister : l’échantillon de données collectées n’est pas infini heureusement pour les processeurs malheureusement pour les mathématiciens!

    Donnons un simple exemple fictif de ce type de règles, appelées inférences : si il fait 5 degrés de plus que la moyenne saisonnière en hiver alors on est sûr à 85% que la consommation électrique chutera de 15% ce jour-ci par rapport à la moyenne. Sachant ceci, il est facile d’anticiper les consommations électriques et ainsi lutter contre une surproduction énergétique par peur du black-out. En effet, les compagnies énergétiques ont tendance à produire de l’énergie en surplus afin de satisfaire toute la demande de leur clientèle, si l’offre est amoindrie, alors des pannes à grande envergure (les black-out) aux conséquences économiquement désastreuses peuvent surgir.

    Les grilles intelligentes?

    Face à cette opportunité d’anticipation, les ingénieurs ont mis au point des techniques de distribution optimales pour le réseau électrique. Ils se sont arrangés pour obtenir des données externes (données environnementales, données socio-économiques…) et internes (mise au point de compteurs énergétiques intelligents) au réseau afin d’obtenir des inférences précises. Une fois ce cap franchi, des algorithmes d’optimisation probabilistes furent implémentés au sein de ces réseaux en vue de distribuer le plus efficacement l’énergie.

    D’une manière surprenante de prime abord, ces algorithmes sont inspirés bien souvent de ceux que l’on retrouve en économie. Ceci coule de source lorsqu’on considère qu’il faut satisfaire une offre et une demande de part et d’autre des câbles et des tuyaux. Mais, aujourd’hui, la recherche est en plein essor dans ce domaine et nombre sont les réseaux qui restent à optimiser. Les réseaux ainsi dotés devenant aujourd’hui économiquement concurrentiels leur part ne pourra que croître à l’avenir nonobstant les lourds investissements.

    La technologie, adjuvante à la bienveillance?

    Que cela paraisse incongru, et j’ose espérer un pardon du lecteur, je serais tenté d’y répondre par l’affirmative. Déjà, il faut savoir que peu de gens consomment beaucoup d’énergie par plaisir. Ils le font soit par manque d’information soit par lassitude. En ce qui concerne l’information, connaître les données de consommation aide à adapter son comportement. Un beau graphique gratuit et personnalisé, rendu uniquement possible par la numérisation y est, gageons-le pour beaucoup. De plus, les compagnies parlent souvent d’économie d’énergie à leurs chers usagers –double-sens à saisir–. Que se soit les manufacturiers d’électroménagers vous vendant la sécheuse garantie zéro kilowattheure ou encore la compagnie productrice vous disant de faire attention à la planète, ils y sont pour beaucoup.

    D’autre part, les réseaux sociaux au sens large ont entamé la lassitude. Dans les années 90, on pouvait consommer des quantités gargantuesques d’énergie en prétextant ne pas savoir faire mieux. Aujourd’hui, il est aisé de poser la question sur Internet pour trouver la solution à notre problème, avec diverses versions pour minimiser le coût.

    En outre, le narcissisme des réseaux sociaux nous pousse à nous en vanter, combien d’applications vertes vous proposent de crier sur tous les toits du Sacré Facebook ou de Saint-Twitter que vous avez économisé 120 watts ce jour en achetant une lampe à diode? Considération scientifique en aparté faite, vous vous rendez compte que de partager une économie quotidienne de puissance sur Internet en plus d’être physiquement faux est socialement gratifiant. Mais bon, passons…

    Il faut aussi se rendre compte que l’information de la société tend à supprimer les distances, je reviendrai sur ce point au prochain épisode. Clôturons cette chronique par un bon mot : sachez que le coût énergétique de feu l’espace-temps transcendé par Internet ainsi économisé est considérable. Dites-moi, prendriez-vous votre char aujourd’hui pour aller vous acquitter de votre facture de bigophone? Je ne le crois pas.

     

    Suite dans deux semaines…




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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