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Just’une chronique : numérique pragmatique? ép.0b00

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    Un monde binaire -- © Wikimedia Commons

    Société – Comme vous l’avez sans doute déjà remarqué, notre planète s’est mise à l’ère du numérique; pour amorcer la réflexion, voici une rétrospective incisive.

    Un monde binaire — © Wikimedia Commons

     

    Un beau soir de 1999, alors que je n’étais qu’un bambin, le présentateur du journal télévisé nous avait fait très peur. «Les répercussions du bug de l’an 2000 sur les systèmes bancaires s’élèveraient à plusieurs milliards […]» annonça t-il, grave, dans son costume d’époque bleu électrique, arborant sa cravate orange fièrement nouée autour du col de sa chemise grise. Face à ceci, je scrutais, de mes yeux innocents, encore ignorant des équations de la thermodynamique, le petit écran. Je demandais alors à ma mère, informaticienne, ce qu’elle pensait de ce fameux bug devant inexorablement surgir une seconde après 23:59:59 le 31 décembre. Elle me dit que ça aurait un impact moindre face à l’apocalypse annoncée. Et elle avait raison car peu de gens ont été impactés par ce dernier par rapport aux remous médiatiques que cela avait suscité dans le monde.

     

    Pas de date qui doute à date!

    Cependant, nous avons eu la force de constater un des premiers phénomènes commerciaux d’ampleur et de type inconnus. Les ordinateurs certifiés compatibles «bug de l’an 2000» furent ça et là écoulés comme des chocolatines à la boulangerie locale. Honte à celui qui n’en avait pas, il était bien bête d’ignorer le malheur qui allait s’abattre sur lui et sur sa famille pour trois générations…

    Ceci illustre bien un des multiples affres de la société numérique, exploiter l’ignorance (au sens premier) des gens sur le capharnaüm technologique en vue de vendre des gadgets gages de sécurité subséquemment sociétale. Mais cette année là, on nous promettait une autre chose qui allait révolutionner immédiatement, irréversiblement et spectaculairement notre mode de vie : le digital.

     

    Le «doigt» fait-il honneur à l’écologie ?

    Déjà, c’est un affreux anglicisme. Mais c’est vendeur. Par contre, lorsque l’on suit ne serait-ce que d’un œil un cours de latin, on se pose légitimement une question : quand même, étymologiquement cela signifie qui est «relatif aux doigts». Une fois qu’on comprend que cela est dans le sens que nous comptons sur les doigts, on peut comprendre que l’on fait référence au numérique. Mais ceci est un temps soit peu capillotracté pour les non-shakespeariens. Non mais.

    Bref, passons le différend linguistique et regardons ce que l’on nous promettait à la fin du siècle précédent : une baisse drastique de la consommation de papier. Oui, ni plus ni moins. Ce mythe fut un des plus tenaces et quelques personnalités de l’administration y croient encore. Malheureusement, cela n’a fait qu’empirer les choses. Je le concède, des formulaires en ligne se sont arrogés les droits des formulaires papier et nos notes sont aujourd’hui infonuagiques. Mais on a malencontreusement ouvert la boîte de Pandore : chaque personne ayant autorité peut créer son propre formulaire, sa propre affiche et encore mieux ses propres circulaires. Rien n’est aussi simple, plus personne n’a besoin d’être une multinationale pour consommer démesurément du papier : être un polytechnicien suffit.

    Je clôturerai cet épisode par quelque mots sur la vertu soi-disant sans équivoque des documents en ligne. En effet, selon des experts, ils seraient pourfendeurs de la pollution, salvateurs de la nature et «tellement 2017» en sus. Oui, d’une certaine façon il y a là une vérité : une feuille de papier a un coût énergétique fixe non négligeable. En revanche, sachez qu’il est égalé en 2-3 (cela dépend des études) minutes d’utilisation d’un écran dont le coût augmente selon la consommation d’énergie électrique. À méditer donc, cet argument n’est sans doute pas le meilleur sur l’écologie des technologies numériques, nous y reviendrons d’ici peu…

     

    Suite dans deux semaines…

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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