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« Quand la pluie s’arrêtera », plus actuelle que jamais

Presque une décennie après sa parution, cette pièce de l’écrivain australien Andrew Bovell frappe par son message toujours aussi actuel sur l’héritage familial, dans un contexte où les nouvelles générations héritent d’un monde dont l’avenir semble incertain…

Nous sommes en 2039, dans la ville de Alice Springs, située en plein désert australien. Gabriel York marche sous une pluie torrentielle, quand par miracle un poisson tombe du ciel. Cette rencontre insolite lui rappellera une étrange prédiction faite par son grand-père jadis : les poissons tombés du ciel annonceront la venue de pluies incessantes, d’inondations, de la fin du monde. On découvre alors les ancêtres de Gabriel : un jeune couple plein de doutes, une vieille femme solitaire, deux amants brisés, une hôtelière las de sa situation et au milieu de tout ça: un jeune homme, en quête d’un père disparu, qui sera amené à découvrir un sordide secret de famille.

Legs familial ou l’histoire sans fin

Nos aïeuls étaient-ils si différents de nous? Et que nous ont-ils réellement transmis? La pièce répond à ces deux questions par le découpage de ses scènes : sur un même décors les ancêtres de Gabriel ont entre eux les mêmes interactions, les mêmes coutumes, les mêmes sujets de discussions anodines. Les deux premières générations voient la pluie tomber en se disant, histoire de faire la conversation, que dans un pays lointain, elle doit surement causer des inondations. De même, les dernières générations, témoins du réchauffement climatique, relèvent que ces pluies causent des inondations, cette fois-ci sur un ton plus grave, car les dégâts sont bien réels. Les personnages héritent donc des traits, mais aussi des erreurs de la génération précédente, causant souvent ce fossé entre adultes et enfants, qui fait la hantise des parents. Au fond c’est une histoire qui se répète, dans un contexte évoluant.

Un acteur silencieux

Un détail dans la pièce n’aura pas manqué d’interpeller le spectateur moindrement attentif : la pluie. Elle est présente dans le décor, dans le désert, dans la ville et dans la conversation des personnages. C’est une présence sinistre, voire angoissante. La pluie n’est pas seulement un élément de décor, c’est un élément de l’histoire : en 2039 il pleut, conséquence des générations passées, de leurs erreurs, du réchauffement climatique. « Cette pièce […] repose sur un fait scientifique qui prouve que chaque degré de réchauffement de la Terre représente 7% de précipitations supplémentaires. C’est simple, quand il fait plus chaud, il y a davantage d’évaporation, la Terre étant en grande partie d’eau. Eau qui retombera inévitablement quelque part. » précise Frédéric Blanchette, metteur en scène de la pièce. La pluie donne ainsi à l’histoire une subtile dimension écologique et percute d’autant plus que ces catastrophes naturelles coïncident curieusement avec notre actualité.

Le synopsis peut porter à croire que la pièce, à cause de ses propos philosophiques, nous offrira un spectacle posé et tranquille, porté sur la réflexion. En tout cas, si comme le rédacteur vous êtes venu avec cet état d’esprit, la pièce vous donnera une claque, une bonne, de par son propos et ses thèmes secondaires : l’abandon, la rancune, la pédophilie, mais aussi le pardon et l’espoir. C’est donc une œuvre qui interpelle habilement, choque ou fait réfléchir. En tout cas elle ne laissera personne indifférent et c’est pour cela que la pièce vaut le coup d’œil.

Note : « Quand la pluie s’arrêtera » continuera à être jouée au théâtre DUCEPPE jusqu’au 14 octobre.

 




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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