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Trump et l’Accord de Paris

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    image France 24

    Comme vous avez tous pu l’apprendre dans de nombreux médias, Trump a soutenu sa promesse de campagne électorale et a pris la décision il y a à peine deux semaines de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris. Son argument : trouver un accord étant plus raisonnable et surtout favorable pour son pays. Il s’est donc techniquement engagé à signer un nouvel accord si les termes lui convenaient…peu de compromis n’amènent généralement que peu d’engagements.

    Le plus risible, c’est qu’après avoir crié à l’injustice pour ses propres intérêts, il y a mêlé d’autres pays. C’est à ce moment-là que la Chine et l’Inde se sont vus affublés du titre de « privilégiés de l’accord », car bénéficiant de privilèges financiers et d’obligations, vis-à-vis du changement climatique, beaucoup moins pesants que celles des américains. Pruitt, ministre de l’environnement (EPA), en rajoute une couche en scandant : « le monde a applaudi quand nous avons signé l’Accord de Paris. Vous savez pourquoi ? parce qu’ils savent que cela placerait notre pays dans une position désavantageuse. »

    Mais quel est réellement l’impact du retrait des américains de l’Accord de Paris ? Est-ce que Trump subit suffisamment de pression pour au moins essayer de trouver un compromis ?

     

    Ce qu’on sait vraiment

    Trump est un homme d’affaires et gère son pays dans cette optique. Les restrictions de l’Accord de Paris faisaient beaucoup trop tort à certains lobbys qui le soutiennent pour pouvoir l’ignorer. Et ce qui fait mal aux affaires…on l’éradique. Peu de chances donc, qu’il se plie à de nouvelles négociations pour s’imposer et imposer à ses soutiens de nouvelles restrictions qui « ne font de bien à personne ». Il a d’ailleurs déjà commencé à sous-entendre que la renégociation n’était pas prioritaire dans ses objectifs de mandat…

    S’il y a des bénéficiaires collatéraux, ce sont bien les républicains. Après avoir combattu le texte du traité lors de sa signature, ils n’avaient pourtant pas soutenu Trump qui avait écrasé leur candidat phare puis s’étaient ralliés à lui sans grands succès lors de quelques batailles. Sans qu’ils puissent se vanter d’être les bénéficiaires directs et volontaires, c’est une belle victoire pour leur idéologie rétrograde et ils ne tarissent pas d’éloges sur cette décision !

    Finalement, Trump suit les traces de son prédécesseur Georges W. Bush, qui s’était lui aussi retiré du Protocole de Kyoto, après l’avoir négocié et signé…coïncidence ? Je ne pense pas. Mais bon, il est toujours préférable, pour un pays se targuant d’être précurseur et novateur, de rejoindre le camp de la Russie et de la Turquie…on sent l’âme progressiste de ce tiercé gagnant.

     

    Les pressions pour un maintien de l’accord

    Tout d’abord, nouvelle « alliance pour le climat » formée par les gouverneurs de Washington, Californie et New York (qui représentent tout de même 20% du total des américains!). Cette alliance a pour but de conserver, protéger et améliorer les programmes luttant contre le changement climatique dans chacun de ces États. Des maires élèvent également leur voix contre ce retrait précipité. On y retrouve entre autres Los Angeles et Pittsburgh (qui, cité par le président comme exemple de population délaissée par l’Accord de Paris, ne s’est pas fait attendre pour répondre et apprendre à l’occupant de la maison blanche à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de prendre des américains en exemple sans réellement s’intéresser à leur avis). New York City s’y joint également (remettant, la semaine passée, au secrétaire général de l’ONU une pétition dépassant le millier de signataires – regroupant ONG, entreprises, villes – pour signifier leur engagement auprès de l’Accord de Paris, malgré la décision prise en haute instance) et enfin Boston. Même certaines multinationales américaines, enfants chéris de l’enfant terrible, se sont mises à retourner leur veste. Et on retrouve un gouvernement, toujours folklorique aux réactions surprenantes, qui ne daigne même pas afficher un front uni. On retrouve ainsi le secrétaire d’État qui continue de soutenir avec véhémence les bienfaits de l’accord, pendant que d’autres préfèrent se taire. Dans toute cette effervescence, n’oublions pas de citer Hawaï, qui, grande perdante du changement climatique, s’est levée et a rejoint le banc des gouverneurs mutins défendant les engagements pris au Bourget

    Finalement, toutes ces réactions témoignent d’un effet positif sur les mentalités, Trump ayant donné sans le vouloir un coup de pied dans la fourmilière et incitant les organismes se levant contre lui, à redoubler d’efforts pour montrer leurs engagements.

    Mais les américains ne sont pas les seuls à s’insurger. On a pu être témoin ces derniers jours du boom médiatique qu’a provoqué Macron avec son « Make our planet great again ». La diplomatie en reprend un coup et les États-Unis s’isolent encore un peu plus sur la scène internationale. L’agenda diplomatique faisant bien les choses, le sommet annuel UE-Chine qui avait lieu à Bruxelles ce 2 juin, a permis aux participants de réaffirmer leur engagement et a mis la Chine dans une position diplomatique enviable. On peut alors se demander si en laissant le champ libre à la Chine sur ce genre de débats mondiaux, les États-Unis ne sont pas eux-mêmes entrain de précipiter la chute de leur influence et crédibilité extérieure.

     

    Conséquences écologique et économique

    Sur un point plus pragmatique, l’ONU a établi à une hausse des températures globales de 0,3 degré Celsius, d’ici 2100, l’impact du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. De plus, le retrait du second plus gros pollueur mondial donne un exemple catastrophique à d’autres pays peu enclins à se plier à la ratification. D’autant plus que les pays en question, qui sont majoritairement des pays en voie de développement, dépendent des aides financières des pays développés comme les États-Unis. Concrètement sans l’apport de trois milliards de dollars des américains, beaucoup de pays ne pourront pas tenir leurs engagements même s’ils le souhaitent sincèrement.

    Poursuivant sur des préoccupations plus économiques, on note que, bien qu’aucune pénalité de retrait ne soit demandée aux États-Unis, ils subiront un recul de l’emploi, la justification de Donald Trump vis-à-vis des emplois que l’accord supprimerait dans les énergies fossiles ne tenant pas la route. En effet, bien qu’il y ait 227 000 personnes travaillant dans l’extraction du gaz, pétrole et charbon, on retrouve trois millions de travailleurs au sein des énergies renouvelables.  Toujours faire attention aux chiffres et données qu’on nous propose en les remettant dans leur contexte…




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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