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Ma chère Marseille, peuchère!

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L'île d'If, coiffée de son fameux fort et les îles du Frioul. © Jean-Marc Rosier

Just’un voyage – Un Marseillais de cœur vous transporte dans sa ville

Souvent incomprise, déclarée incohérente, fourbe et stigmatisée, la cité de Marseille demeure parmi les sujets de conversation favoris des Français. Même outre-Atlantique, il est arrivé, lorsque j’indiquais ma provenance, d’avoir des débats passionnés avec des Montréalais sur le sujet. Il est donc logique d’alimenter dans ces colonnes ce véritable moulin à légendes provençal, en clamant haut et fort qu’il est difficile de résister au charme de cette ville, coquin de sort.

N’exagérons rien…

Une calanque à Marseille. © A. Chambon

Pour commencer, il faut préciser que la température là-bas est (pratiquement) identique à celle de Montréal tout le long de l’année. Ceci est tout à fait exact, si l’on substitue le moins devant les températures hivernales québécoises par un plus. En effet, la dernière fois qu’il a neigé dans la cité phocéenne (1), c’était il y a huit ans. Ce fut une véritable apocalypse : écoles fermées, transports paralysés, etc. Il faut dire que près de quatre-vingt millimètres de poudreuse s’étaient alors abattus cruellement sur les quais de son Vieux-Port.

Un autre fait intéressant, comme vous l’avez (sans doute) déjà souligné, sans doute dans les lignes précédentes, est que le marseillais adore exagérer. Ainsi, il n’est pas rare de le voir se vanter qu’une seule sardine a bouché Vieux-Port jadis. Bien souvent, les touristes poufferont de rire face à cette légende urbaine. Et, parole de Marseillais, cette dernière est (approximativement) véridique : en 1780, un navire marchand s’échoua sur les rochers dudit port, son nom : la Sartine. Plus tard, une erreur simple typographique fit naître le mythe.

Admirez ces fadas depuis la Bonne Mère.

L’entrée du Vieux Port. © Didier Duforest

L’héritage antique de Marseille lui a légué un grand atout, sa diversité. En effet, la cité est réputée pour avoir été un comptoir de commerce grec. Ces derniers, antagonistes aux cités romaines, où l’on tendait à assimiler tout peuple dans les us impériaux, regorgeaient de marchands de diverses origines gardant leur propre identité. En résulte un véritable patchwork de cultures sur place, on s’en aperçoit car l’architecture y est riche et variée. Pour s’en rendre compte, il suffit de gravir la colline sur laquelle repose la basilique de Notre-Dame-de-la-Garde, appelée affectueusement la Bonne Mère par les autochtones. De là-haut, on peut y voir les avenues haussmanniennes du Centre-Ville, juchées d’échoppes de tout genre. Non loin de là, on peut contempler le Vieux-Port, aux couleurs azurées, gardé jalousement par le fort Saint-Jean, héritage de Vauban. En face de la place forte, en traversant la mer, se trouve le palais du Pharo, un édifice érigé en 1858 sous les ordres de Napoléon III, dont le parc, gratuit de surcroît, est fortement apprécié des estivants venant y quérir fraîcheur et repos. De l’autre côté de la colline, perdu dans une forêt de tours résidentielles, émerge un drôle d’esquif, c’est la Cité Radieuse. Édifié en 1952 sous la directive de l’architecte français Le Corbusier (1887-1965), elle est affectueusement appelée Maison du Fada, terme dialectique occitan signifiant fou car son architecture était et demeure toujours une curiosité.

Avant de descendre de la colline, ne commettez pas le sacrilège d’omettre de rentrer dans la basilique. Il faut admirer la crypte, et regarder les plaques apposées sur certains murs. Depuis le début du siècle précédent, il faut se dire que beaucoup de Marseillais, ont payé cher pour voir gravées en leur nom quelques paroles pour la sainte Bonne Mère, fusse-t-il pour une amicale de joueurs… de soccer évidemment.

Revenus vers le port, nous pouvons nous attabler un instant dans les bistros typiques jonchant la Place-aux-Huiles. Ainsi, vous pourrez sans doute y manger une bonne bouillabaisse, soupe de poisson (extrêmement) légère qui pourrait rivaliser avec notre chère poutine sur le plan nutritif. Afin de digérer paisiblement, flânez alors sur la Canebière, artère principale scindant en deux Marseille et perdez-vous ensuite dans les rues typiques des quartiers de la Joliette et du Panier. Sans doute, entendrez-vous un compatissant « Peuchère… », un tonitruant « Té, vé-le! » ou encore un satisfecit « C’est tarpin bien! » de la part de locaux, attablés aux cafés. Il faut dire que le dialecte Marseillais n’a rien à envier face à l’inventivité des expressions employées outre-Atlantique, pour ainsi dire pas pantoute, nibe, dégun.

Des rivages d’azur et de soleil

Le cadre naturel de Marseille est également très riche : ainsi à quelques encablures du Vieux-Port, les îles du Frioul offrent un visage quelque peu sauvage à la ville. Ces dernières, assez rocailleuses et peu habitées, sont un bon havre de paix pour les pêcheurs, les oiseaux et les Marseillais cherchant à s’isoler de l’activité bouillonnante de la cité. Un étrange édifice se dresse dans la pâleur azurée de la Méditerranée, à mi-chemin entre le Frioul et les Îles : il s’agit du château d’If, petite forteresse ayant servi pendant près de 400 ans de prison, un ancêtre d’Alcatraz en substance. Le romancier Alexandre Dumas en fit le lieu de l’évasion spectaculaire du comte de Monte-Cristo, lorsqu’il publia son célèbre roman éponyme en 1846.

Oh, avant de quitter Marseille et ses embruns méditerranéens, quoi de mieux que d’effectuer une randonnée? En effet, les collines situées au sud de la ville, une fois gravies par le promeneur, savourant sa victoire sur le soleil pesant, lui révèlent un petit coin de paradis : les calanques. Ces dernières sont des criques sculptées par l’érosion au fil du temps où l’eau, cristalline, contraste avec la verdure des pins typiques du Midi. Ainsi, asseyez-vous donc près d’un cabanon côtier typique, puis, sirotez alors un pastis, la boisson anisée (presque) autant sainte que la Bonne Mère et enfin admirez la vue : le soleil est tout à vous!

(1) Du nom des habitants de Phocée, cité grecque ayant engendré Marseille il y a près de deux millénaires et demi.

Mots-clés : France (5) voyage (5)



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