Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Dancing with the (almost) stars

Lorsque le Tardis vous dépose au beau milieu d’une soirée des années 50, Le Polyscope sort son nœud pap’ et sa gomina pour aller enquêter. Immersion dans le monde des soirées dansantes.

J’aime danser. Toute petite, depuis que j’ai regardé Grease ou encore Singin’ in the Rain, j’ai été fascinée par les jupes volantes des filles, les mèches rebelles des garçons, mais surtout par leur sourire ravageur et la facilité déconcertante avec laquelle ils dansaient ensemble, un bonheur dont j’avais envie de goûter. Malheureusement, née à l’époque de Lorie et O-Zone, je passai toute mon enfance à tenter de construire une machine à voyager dans le temps, au son d’Elvis Presley sur mon discman. Puis, j’entamai donc des études d’ingénieur, et pris la décision de m’inscrire à des cours de danse.

J’aime danser. Mais j’ai un défaut qu’il faut que je vous confesse : je suis française (non, je vous vois venir, ce n’est pas de ce défaut-là dont il est question), et si j’ai appris chez moi à danser le rock à 6 temps (le plus répandu en soirées dansantes là-bas), je n’ai jamais entendu parler du jive avant d’arriver sous vos latitudes. Ça fait un peu la même impression que d’être super fière d’avoir un couteau super bien aiguisé, mais de découvrir qu’on n’a finalement que de la soupe à manger.

Cependant, j’aime danser, et la soupe ne me fait pas peur. J’ai donc décidé d’empoigner mon courage dans une main et celle de mon cavalier dans l’autre pour me rendre à la soirée jive Rock around the Clock à la Sala Rossa. Notez que l’apport d’un cavalier (ou d’une cavalière) est totalement facultatif, il y a amplement de quoi vous fournir sur place. Mais bon, comme j’en avais un sous la main… Après avoir passé l’entrée et les vestiaires, nous pénétrons dans une grande salle avec un beau parquet ciré, quelques rangées de chaises sur le côté (denrée rare et ô combien convoitée en soirée que la chaise pliante Ikea…), une petite scène au fond de la salle encadrée de lourds rideaux de velours bordeaux, sur laquelle va performer le groupe live plus tard dans la soirée, et enfin un bar massif.

Tout ceci est fort plaisant, mais venus pour danser, mon cavalier et moi ne savons toujours pas esquisser le moindre pas de jive. Qu’à cela ne tienne, la soirée débute par une demi-heure de cours très débutant, suffisant pour la soirée, donné par un couple de professeurs de danse de l’école Jive Studio. Régulièrement pendant le cours, on change de partenaire, puisque l’objectif est de savoir danser avec tout le monde et n’importe qui, mais pas n’importe quoi, et donc de ne pas (trop) s’habituer à son cavalier ou sa cavalière en développant un langage corporel que seuls vous comprendrez. Le cours de jive est ensuite suivi par une autre demi-heure de cours de boogie, chose beaucoup plus originale que je n’ai jamais vue dans d’autres soirées dansantes. Et pour le coup, le boogie est une danse très libre qui laisse la part belle à l’improvisation, l’originalité et surtout, comme le dit si bien la très jolie professeure, à la craziness.

Car finalement, une fois qu’on a compris le principe de la danse de couple, on peut assez facilement passer d’une danse à l’autre, et en apprendre de nouvelles plutôt rapidement. Pour vous, messieurs les leads, il vous faut comprendre que c’est vous qui menez la danse : c’est à vous de décider quelle passe vous souhaitez effectuer, et ensuite de faire comprendre à votre partenaire ce que vous voulez lui faire faire. Plus vous êtes dictateur sûr de vous et mieux ce sera. Pour vous mesdemoiselles les follow, la tâche est simple : il suffit de suivre votre cavalier et de vous laisser guider, et surtout amusez-vous! Laissez libre cours à votre style – fun, sexy, enjoué, faussement sage ou crazy – dans la liberté que votre cavalier vous laisse, c’est lui qui doit réfléchir et prendre des décisions.

Les cours, c’est bien, mais n’étant pas en génie rockabilly, je suis plus que contente que la soirée commence enfin. Le groupe Smokin’DeVille fait son entrée sur scène, les premières notes de contrebasse retentissent, tandis que la voix séduisante de la chanteuse, non moins séduisante, met le feu à la piste de danse. Et arrive alors le moment fatidique, celui où je me fais inviter à danser par un garçon de la soirée. Forte de ma maîtrise presque impeccable (voire quasi-professionnelle) du pas de base, je lui explique tout en glissant ma main dans la sienne et en me levant de ma chaise (zut, je vais me faire piquer ma place!) que je suis très, très débutante. Il me répond donc tout sourire qu’il ne fera pas de passes trop compliquées. And time to shine, c’est désormais mon tour de briller sur la piste et de faire voleter les plis de ma jupe. Et les yeux dans les yeux, et la main dans la main, la magie opère, Bill Haley et Ray Charles n’ont qu’à bien se tenir, me voici au milieu des années 50!

PS : et n’hésitez pas à venir, surtout si vous savez danser le rock à six temps, si on se mobilise tous, on réussira peut-être à détrôner le jive tout puissant!

cavalier

Voici un petit palmarès des différentes espèces de la faune que l’on peut croiser lors des soirées dansantes (et je n’ai pas écrit ça toute seule, j’ai demandé à mon cavalier de m’aider un peu afin de laisser le lecteur bénéficier de son regard plus aiguisé que le mien sur la gent féminine).

Les différents types de cavalier

Le débutant – Celui qui ne sait faire que le pas de base.
Le tricheur – Le débutant qui vous annonce à voix haute la passe qu’il va essayer de faire.
Le collant – Celui qui une fois vous avoir invitée, ne vous lâche plus.
L’incertain – Celui dont vous pensez qu’il essaye de vous inviter, mais rien n’est moins sûr. C’est en général celui que vous retrouvez plus tard dans la soirée en la seule compagnie de son verre de bière.
Le distrait – Celui qui n’a d’yeux que pour vous, mais pas au bon endroit.
Le jaloux – Celui qui refuse de filer sa cavalière à quelqu’un d’autre.
Le danger public – Celui qui n’a pas conscience de là où il est et vous envoie virevolter tantôt contre le couple qui dansait à côté de vous, tantôt contre le poteau qui était là.
L’aventureux – Celui qui ne respecte pas les distances de sécurité et s’aventure plus près, toujours plus près… C’est aussi celui qu’on peut retrouver plus tard dans la soirée avec une grande trace rouge sur la joue en forme de main.
La machine à laver – Celui qui est bien trop motivé et bien trop fort pour vous. Lorsque vous regagnez votre chaise, vous avez couru le marathon, aller-retour.
Le prince charmant – Celui qu’il ne fait pas trop regarder dans les yeux sous peine d’en oublier vos pieds, la danse, la musique, et qu’est-ce que vous faites là déjà?

Ce qui nous amène finalement à ce qu’est un bon cavalier. Je ne vous parle pas d’être un tombeur de ces dames, mais simplement un partenaire avec lequel il est agréable de danser (et plus si affinités si l’envie vous en dit, mais ça ne dépend que de vous). Selon moi donc, un bon cavalier est un lead qui arrive à faire de son follow ce qu’il veut, et même des passes qu’elle ne connaît pas.

cavaliere

Les différents types de cavalière

La débutante – Celle qui ne sait faire que le pas de base. Mais vraiment. Impossible de lui faire faire autre chose.
La modeste – Celle qui vous dit qu’elle est débutante et finit la toune par un triple axel.
La féministe – Celle qui ne se laisse pas guider et finit par guider son cavalier.
La bonne volonté – Celle qui essaye désespérément d’esquisser quelques pas de danse sur la piste après vous avoir écrasé une bonne demi-douzaine de fois vos pieds désormais endoloris, mais bon, elle a un joli sourire, même si elle est « vraiment désolée ».
Le poisson magique – La fille la plus jolie de la soirée lorsqu’elle est assise sur une chaise Ikea, et qui, une fois invitée à danser, vous fait passer les trois minutes les plus froides de votre vie lorsqu’elle passe toute la toune à fixer le plafond en tirant une tête d’enterrement.
La girafe – Celle qui a mis des talons trop hauts et qui est incapable de danser avec.
L’indienne – Celle qui a enlevé ses souliers certes très beaux mais totalement inconfortables, et qui passe la soirée à danser pieds nus.
La narcissique – Celle qui passe son temps à se regarder dans le miroir au lieu de vous regarder, vous.
L’athlète – Celle qui a un niveau bien plus élevé que le vôtre, et qui malgré tous vos efforts, s’ennuie de pied ferme. Quoi, vous ne savez pas faire l’enchaînement du Triple Dragon Noir?
LA cavalière – Celle qui vous fait oublier les autres danseuses, celle que vous ne pouvez pas quitter des yeux et qui ne vous quitte pas des yeux, celle qui vous sourit, celle qui vous fait passer une danse inoubliable même si ce n’est pas la meilleure danseuse de la soirée. Celle avec qui vous avez envie de danser à toutes les soirées, et qui parviendra peut-être même à faire de vous un cavalier jaloux!

Mais avant de devenir LA partenaire de son cavalier charmant, on peut tout à fait se contenter d’être une bonne cavalière. Et comment réussir à s’accorder avec n’importe quel garçon de la soirée et devenir un peu la CTT (Cavalière Tout Terrain) ? La recette semble assez simple, il suffit d’être souriante, et surtout à l’écoute de son partenaire pour bien le suivre, car chaque cavalier a un style différent, et une manière de vous guider différente.

jive studio

Petit guide de survie en soirée dansante

  • Prévoir de quoi payer l’entrée, pensez aussi au vestiaire (de l’ordre de 2 $) si vous ne voulez pas danser en Canada Goose et Moonboots. N’oubliez pas les tips pour ceux qui passent leur soirée à sentir l’odeur de vos bottes d’hiver!
  • Le dress code
    • Filles : inutile de sortir vos talons, de petites chaussures plates et confortables seront votre allié pour survivre à cette soirée. Robe, jupe ou pantalon, c’est à votre convenance, tant que vous vous sentez à l’aise dedans.
    • Garçons : évitez juste de porter votre jean troué avec votre T-shirt de la veille. Si vous hésitez, la chemise est toujours une bonne option!Enfin, prévoyez des vêtements légers si vous voulez éviter de finir la soirée dans le même état que lorsque vous avez raté le 51 en plein mois de février et que vous lui avez couru après sur tout le boulevard Édouard-Montpetit.
  • S’hydrater, c’est important. Apportez une bouteille d’eau avec vous, ou vous serez obligés de demander au barman des verres d’eau!
  • Messieurs, n’attendez pas qu’une belle demoiselle vous invite pour une danse, encore ici, c’est à vous de prendre les devants!

En définitive, si vous ne savez pas par où commencer pour vous lancer, choisissez le jive. C’est l’équivalent de l’anglais du langage corporel, il vous permettra de vous débrouiller dans n’importe quelle soirée. Je vous laisse aussi quelques références de soirées dansantes pour exhiber vos nouveaux talents de danseur aux yeux du monde entier!

Références

  • Rock Around the Clock – une fois par mois à la Sala Rossa – début du cours à 20h30 – 15 $ l’entrée
  • Les jeudis jive – tous les jeudis au Clébard – cours de jive à 20h – entrée gratuite
  • Les dimanches rock’n’roll – tous les dimanches au pub L’Île noire – début du cours à 18 h 30



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.