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Haïti : le retour du bourbier humanitaire?

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Sud de Port-Au-Prince, le 2 octobre 2016. © Hector Retamal/Getty Images

Comment Haïti s’en sort-elle après ce nouveau coup dur incarné par l’ouragan Matthew? La sphère humanitaire sera-t-elle cette fois capable de relever le défi organisationnel et être efficace?

Pour ne citer que les catastrophes naturelles ayant touchées Haïti ces six dernières années, on peut se remémorer les tremblements de terre de 2010 (magnitude 7,3 puis 6,1), accompagnés dans la foulée de l’ouragan Isaac qui frappa l’île deux ans plus tard. Haïti étant régulièrement touchée par les tremblements de terre, les fortes inondations, les tempêtes, ouragans et cyclones; l’ouragan Matthew qui débarqua sur les côtes du sud du pays n’a pas vraiment bénéficié de l’effet de surprise.

Seulement voilà, c’était sans compter son ampleur dévastatrice qui ravagea un département entier. Mais non content, d’avoir déjà provoqué la mort de plus de 1000 citoyens tout en en laissant plus de 175 000 sans abris,  les inondations qu’il a engendrées ont réveillé une épidémie de choléra dont la population avait déjà eu du mal à se défaire en 2014.

Après avoir défrayé la chronique en octobre dernier, plus de nouvelles… Alors allons jeter un coup d’œil à la réhabilitation de ses territoires et sa population dévastés. Après avoir assisté à l’enlisement de l’action d’urgence des ONG face aux séismes de 2010, comment s’en sortent-elles aujourd’hui?

En se retrouvant encore en situation d’extrême urgence, leur plus grand défi va être la coordination de leurs efforts, ce qui leur avait porté de lourds préjudices dans leurs actions précédentes. Il s’agit maintenant de mettre au diapason les actions des ONG et des grandes agences internationales afin d’obtenir cette efficacité de terrain qui leur a tant manqué et de ne pas gaspiller leurs investissements. Ce n’est pas une mince affaire, quand on sait que depuis 2010, plus de 10 000 ONG ont été enregistrées sur le territoire; créer un mouvement de coordination fort va être une tâche ardue.

Second obstacle : l’évaluation des dégâts. Les zones les plus touchées étant très difficiles d’accès, les premiers rapports concrets quant à leur ampleur ont tardé, ce qui n’a permis de débloquer les rouages de l’aide humanitaire que récemment. De plus, il s’agit avant tout de bien cibler cette aide. En effet, la plupart des ONG se concentrent sur de petits projets, principalement en ville, alors que les plus gros besoins se font ressentir en zone rurale. Plus urgent encore, ces petits projets ne répondent pas au besoin imminent d’un plan de développement à une échelle départementale voir nationale, puisqu’actuellement pas moins d’1,4 million d’Haïtiens nécessitent une aide d’urgence.

Mais cet état de « dévastation absolue » comme l’a présenté Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations unies, n’est pas seulement l’affaire des organisations internationales. Ici, c’est la capacité du système politique et du nouveau gouvernement haïtien à répondre aux besoins immédiats de sa population qui est en jeu. En effet, depuis la chute de la dictature Duvalier (1986), les apparitions incessantes de nouvelles catastrophes naturelles, n’ont eu de cesse de fragiliser un système démocratique déjà difficile à mettre en place. Ne possédant que des moyens financiers très limités, ils doivent en plus s’appuyer en grande majorité sur l’aide internationale pour relever leur pays, ce qui n’aidera pas à la stabilisation du pouvoir. Le nouveau président Jovenel Moïse, élu le 3 janvier dernier, se retrouve aujourd’hui à la tête d’une des républiques les plus inégalitaires du monde (classement de la Banque mondiale). Comment réussira-t-il à reconstruire son pays sans empirer les divisions qui entament la population? L’année à venir va être cruciale pour le développement économique et politique de cette partie de l’île d’Hispaniola.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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