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Les Héros : une occasion manquée

« Les Héros » est une adaptation signée Michel Dumont d’une pièce française intitulée « Le vent des peupliers », de Gérald Sibleyras. Elle est présentée au théâtre Jean-Duceppe, du 14 décembre au 4 février, sous la direction de Monique Duceppe.

En 1959, trois anciens combattants de la Première guerre mondiale habitent un hospice pour vétérans. Seuls habitués de la terrasse arrière de l’établissement, ils s’y retrouvent chaque jour dans une bougonne camaraderie. Henri (Michel Dumont) est un des plus anciens résidents de l’hospice; sociable, il regarde encore la vie avec optimisme mais il a peu de patience pour les excentricités de ses compagnons. Gustave (Guy Mignault) se présente plutôt comme un misanthrope. Sous sa carapace se cache cependant un grand rêveur. Philippe (Marc Legault), un sympathique vieillard à la santé fragile, complète le trio. Ensemble, ils potinent sur la vie à l’hospice et les jeunes filles du voisinage. Il y a peu de place pour la nostalgie dans leurs discussions quotidiennes, les trois hommes planifiant plutôt une évasion vers des destinations exotiques… ou la colline surplombant le village voisin.

Discutons d’abord du texte. Contrairement à ce que laisse penser le synopsis, on a ici affaire à une comédie presque pure jus. Si les thèmes de la vieillesse et de la fin de vie teintent forcément l’atmosphère de la pièce, le ton reste essentiellement léger. Trop léger même, ce qui est, à mon sens, la plus grande faiblesse de l’œuvre. On y esquisse des personnages complexes, au passé trouble, mais ce filon n’est jamais vraiment exploité. Certes, cela a le mérite d’éviter certains lieux communs sur la vieillesse nostalgique et de tromper les attentes du spectateur. Celui-ci restera en contrepartie sur sa faim, attendant une émotion qui ne vient pas. De plus, l’humour est inégal et les blagues ne font jamais tout à fait mouche. Le ton comique semble mal défini, tombant par exemple maladroitement dans le burlesque lors des évanouissements de Philippe. En somme, la pièce manque de substance, évitant les moments émotifs sans parvenir à fournir un humour véritablement efficace.

Heureusement, la distribution d’exception vaut le détour. Les comédiens parviennent à faire oublier certaines faiblesses du texte en rendant irrésistiblement attachants les trois comparses. C’est d’ailleurs toujours un plaisir que de voir Michel Dumont à l’œuvre, tant sa présence sur scène est électrisante.

Les Héros laisse au final un sentiment d’occasion manqué. Le contexte original ainsi que la qualité des comédiens et des décors ne parviennent pas à racheter le manque de profondeur d’une pièce qui ne s’élève pas à son plein potentiel.

Mots-clés : Théâtre (92)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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