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La fin d’un monde

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Supporters d’Hillary Clinton rassemblés au Javits Convention Center, dans l’attente des résultats. © William Sanger

C’était, il y a huit ans, « Hope » et « Yes We Can » étaient les mots clefs. Malgré un vent glacial, un souffle de renouveau traversait sur la ville, le peuple new-yorkais célébrait une victoire symbolique, un nouveau cycle après deux mandats de Bush compliqués allait commencer.

Hier, il faisait 20 °C dans la Big Apple, drôle de météo pour un 8 novembre. Ce n’était malheureusement pas le seul dérèglement. Alors que tous les sondages donnaient Hillary Clinton favorite, la tendance s’est inversée dès les premières heures des résultats. Le Javits Convention Center qui accueillait les démocrates au bord de l’Hudson à Manhattan oscillait entre espoir et résignation. Les différents intervenants se succédaient à la tribune, le maire de New York, Khizr Khan, père d’un soldat tué au combat, Katy Perry… Leurs discours (écrits en avance) ne correspondaient pas à la tournure des évènements. Tous se préparaient à célébrer la victoire d’Hillary Clinton alors que CNN expliquait qu’il devenait de plus en plus compliqué que les démocrates gagnent la présidence et qu’ils avaient déjà perdu le Congrès.

Massée dans le hall au pied de la grande salle, la foule des partisans et des bénévoles de la campagne, beaucoup de femmes de tous âges et de toutes origines, étaient là. Elles étaient venues célébrer la première femme présidente des États-Unis d’Amérique, elles ont dû endurer l’avènement de l’un des présidents les plus machistes et sexistes du 21e siècle. Au fil de la soirée, la colère et la tristesse se répandirent chez une grande partie des démocrates présents, nombre des personnes partirent entre 23 h et 2 h, l’accès à la grande salle où la candidate aurait dû s’exprimer fut donné à l’ensemble des personnes présentes dans le bâtiment. Les nombreux écrans géants du centre qui diffusaient les résultats en alternant entre les différentes chaînes se figèrent à 2 h 30 sur le H symbole de la campagne de Clinton.

Tout le monde attendait l’ex-secrétaire d’état, mais c’est John Podesta, directeur de sa campagne, qui apparut sur la scène. Il expliqua que la candidate ne s’exprimerait pas ce soir et qu’il fallait garder espoir en de meilleurs résultats et informations. Le centre se vida, les journalistes du monde entier se jetèrent littéralement sur les derniers partisans de la salle. 30 minutes plus tard, Clinton concéda sa défaite en téléphonant à Trump, les différents écrans de Times Square diffusaient les images sans son du premier discours du président élu, colère et peur se lisaient sur les visages de la place. Quelques rues plus loin, l’ambiance était tout autre au pied de la tour de Fox News, les écrans montraient, là avec son, le discours du républicain. Les casquettes rouges Make America Great Again jonchaient les têtes d’un public quasi-masculin. Des cris agressifs et graves « USA! USA! USA! » s’élevèrent sur la place pour célébrer les dernières paroles de l’homme d’affaire. La soirée touchait à sa fin, quelques mètres plus loin la Democracy Plaza installée au pied de la patinoire du Rockefeller Center par MSNBC (chaîne à tendance démocrate-progressiste) était déserte, signe de la fin d’un cycle, de la fin d’un monde.

On savait que la présidence de Barack Obama se terminait ce soir, mais on ne souhaitait pas que la fin de l’histoire s’écrive de cette façon. Reste à voir la suite et espérer, espérer que Trump président soit plus modéré que Donald candidat et que le congrès républicain tempère les ardeurs du futur président. L’espoir, c’est la seul chose qu’il nous reste dans ce chaos.




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