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Grippe ou choléra?

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© Bob Engelhart

Les élections américaines sont dans quelques jours. On a ri par moments, grogné par d’autres. Et maintenant, le grand rendez-vous du voisin est tout proche. Mêlons-nous-en, même si ce n’est pas de nos affaires.

Nous l’avons déjà entendu quelques fois venant d’amis blasés : le vote du 8 novembre sera, en quelque sorte, se couper un bras pour s’épargner la tête. Effectivement, Trump est mal informé et sexiste — aussi, assurément le pire candidat de l’histoire de l’investiture américaine. Clinton est corrompue et ment comme elle respire. Oui, oui et oui. Mais il faut réaliser que quand la maison brûle, il faut y sauver ce qu’on peut et laisser de côté la dispute sur la cause du feu… Bref, il est un peu tard pour parler de clash d’idées quand vient le temps d’élire une personne avec minimum de décence à la tête du pays. Un peu difficile, par contre, quand les plateformes de chacun des candidats sont tellement vides de contenu et ne visent tout bonnement qu’à attaquer l’autre ou à se défendre de piques personnelles. Les débats télévisés, une véritable comédie!

Le débat de fond — ou d’amorce de fond — a été manqué de plusieurs mois, quand Bernie Sanders était encore de la partie chez les démocrates. Pas que le natif du Vermont avait nécessairement un plan plus intelligent et construit, mais il savait où viser pour forcer ses adversaires à plier vers des politiques plus humaines : plus proches du respect du filet social et plus loin des baisses de taxes pour multinationales. Hillary en a fait les frais en août passé. Sanders a réussi à déplacer le bloc démocrate au grand complet un peu plus à gauche… avec un financement absolument risible. Redoutable! On réalise maintenant à quel point il manque cruellement au paysage politico-médiatique américain.

Gagner, mais sans le panache

C’est dans l’air on dirait. Une impression que le résultat de l’élection se précise et que le clan Clinton goûtera à la victoire. Logique, il a été peu testé. Très insulté. Il risque même de sortir en martyr, gracieuseté républicaine. Mais ce qui va se dessiner surtout dans les prochains mois, si un gouvernement Clinton se forme, ce sont les positions discutables d’Hillary sur plusieurs fronts, lesquelles sont passées inaperçues à l’œil du public, occupé à se tirer les cheveux devant des débats insensés. Ces mêmes positions qui feront les manchettes dans quelques mois. Et que dire de l’hypocrisie? Le lundi, Hillary donne des conférences à Goldman Sachs facturée à 225 000 $ l’unité. Le mardi, sous la pression et les accusations pro-Wall Street, Hillary bombe le torse et critique les grosses banques américaines. Le mercredi, Bernie Sanders demande les transcriptions des fameuses conférences chez lesdites banques. Le jeudi, Hillary change de sujet. Culottée, madame la présidente!

D’autres sujets, plus importants, ont été tus. Le soutien inconditionnel et assumé de Clinton au gouvernement d’apartheid israélien, un type de soutien déséquilibré pouvant certainement nuire à l’arbitrage impartial d’un échange pour le projet pacifique de deux États. Les fameux mails… Force est de constater que nous n’avons pas grande information là-dessus, à part que Hillary a effacé plusieurs dizaines de milliers de messages dans son serveur d’emails privé, pendant son mandat de secrétaire d’État, soulignant un énorme conflit d’intérêts. L’investigation du FBI en révélera plus dans les prochains mois quant au contenu des mails. Et puis les divulgations WikiLeaks sur le financement de la campagne Clinton viendront. Une firme de consultation privée, dont le président est un ami proche de Bill Clinton, rallie une levée de fonds pour la campagne. Entre amis, faut se serrer les coudes. Une histoire parmi tant d’autres dans un dossier étoffé. Ce n’est, bien sûr, pas un hasard que tout cela sort en fin de campagne. Plusieurs fouineurs compétents ont certainement fait du temps supplémentaire au lieu de magasiner pour leur costume d’Halloween. En terme absolu, cela reste tout de même troublant. Et il reste encore un week-end avant le grand soir, stay tuned.

Les grossièretés

On peut toutefois se sustenter sur ce qui est bel et bien le seul point positif de cette campagne longue, coûteuse et cartoonesque : une mise en évidence de ce que la culture du viol peut engendrer. The Donald, pourtant habitué à briller de façon singulière, sous le feu des projecteurs et à coups de déclarations enflammées, s’est cassé les dents de manière spectaculaire lors de la série de débats télévisés l’opposant à son homologue démocrate. Une rafale de mansplaining, de non-respect de l’étiquette et d’attaques personnelles à saveur sexiste n’ont pas tardé à faire tomber plusieurs des derniers gros appuis politiques républicains lui prêtant encore allégeance. Le fameux locker room talk régurgité dans un bus n’a pas aidé à sa cause non plus.

L’espoir du choix

Le ciel n’est toutefois pas toujours gris pour Trump; il aurait apparemment bénéficié de plusieurs centaines de millions en couverture médiatique. Une baleine de la télévision. Les Américains auront vu très peu de publicités de campagne en 2016. Cette bataille s’est jouée sur les podiums, concours de gesticulations et de punchlines grossières. Nul besoin de dire qu’Hillary était un peu moins dans son élément, beaucoup moins présente au petit écran. Mais pour un businessman excentrique dont une grande partie de la fortune repose sur le branding de son nom, ça se prend bien. En cas de défaite électorale du Donald, ce sera presque un demi-échec en fin de compte. Et pourtant, Trump vient de redevancer Hillary dans les sondages. Du bout du nez. Il n’y en aura pas de facile! Néanmoins, pour citer un professeur très politisé de notre établissement : « Entre avoir la grippe et le choléra, je préfère avoir la grippe. Quand tu te chies dessus en plus, ça devient gênant ». À bon entendeur.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.