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« Mauvaise utilisation de la virgule »

Depuis cet automne, c’est partout sur notre campus qu’on peut lire le slogan « J’étudie en français ». À Polytechnique, cela fait plusieurs années qu’a été instauré le cours de Communication écrite et orale, et c’est cette même école qui vante à ses futurs étudiants la qualité de l’enseignement en français dans ses classes. Bref, notre belle langue semble avoir son importance pour la direction, mais cette attention est-elle ressentie au niveau académique?

La réponse est « pas nécessairement ». Sincèrement, j’adorerais m’écrier haut et fort que mon école est une bolle en français, en plus d’en être une sciences et en maths. Mais non. La vérité, Poly, c’est que question langue française, tu traines de la patte un peu.

Qu’on ne me méprenne pas ici, question documents officiels, allure extérieure, philosophie générale, c’est pas mal au point. Mais dès qu’on s’aventure dans une salle de classe, on se fait péter sa bulle assez vite.

Le problème est tout d’abord au niveau de l’inconstance; certains génies ont une multitude de professeurs compétents dans plusieurs langues et principalement en français, alors que d’autres éprouvent de sérieuses lacunes. Je ne le cacherai pas, depuis mon arrivée à Poly il y a de ça 2 ans, en maintenant 5 sessions, il n’y en a pas eu une seule où j’ai été satisfait du niveau linguistique de tous mes profs. Pas une session où il n’y a pas eu au moins la moitié de mes cours dans lesquels mes collègues et moi déplorions la qualité de la langue. Traitez-moi de chalieux, vous aurez raison, mais je ne suis pas le seul.

Un accent intense? Pas de trouble, l’oreille s’habitue. Remplacer un « la » par un « le » une fois de temps en temps? Ça va, c’est normal, les objets n’ont pas de sexe en anglais. Ce que je déplore, c’est que dans les notes de cours, powerpoints, devoirs et autres outils pédagogiques qui nous sont fournis, on nous impose une qualité linguistique qui frôle parfois le ridicule. Combien de réponses suis-je supposé donner quand on me demande « Lequels des énoncé suivant sont vrais? Encercler la bonne réponse »? J’aimerais vraiment que ça ne soit pas tiré d’un de mes cours.

Après cela, c’est à nous, les étudiants qu’on donne des ateliers concernant toutes sortes d’aspects de la communication? Je ne dis pas qu’il ne faut pas accorder d’importance au français des étudiants, il est quand même primordial de former des ingénieurs aux compétences de communications impeccables. Par contre, un petit examen de conscience serait peut-être à mettre à l’ordre du jour pour Poly. Parce que je ne peux pas reprocher à mon professeur polyglotte d’avoir accepté un poste d’enseignement, surtout qu’il enseignait bien. Je peux seulement reprocher à la direction de l’avoir engagé alors qu’il apprenait depuis moins d’un an sa cinquième langue : le français. Ça ne doit pas être plus agréable pour lui de ne pas avoir l’impression d’être compris.

En fait, il y a une grosse dichotomie entre ce qu’on demande aux étudiants dans le cours de Communication écrite et orale et ce qui semble être exigé des professeurs. Des notes de cours incompréhensibles, des questions mal composées et ambigües, j’en ai tellement vues que j’en ai développé un cynisme. Maintenant je ris, jaune bien sûr, quand en lisant une question d’examen je réalise que j’ai une chance sur deux de mal répondre, parce qu’en plus de composer des questions à double sens le chargé ne « répond pas aux questions par équité ». Et ça c’est sans parler des notes de cours à la syntaxe plus que questionnable qui n’ont toujours pas été corrigées, même si elles existent depuis 5 ans. Demander à un collègue de corriger un document, ça se fait au niveau étudiant, ça se fait au niveau journalistique, ça devrait se faire au niveau professionnel, non? En plus, avec la quantité d’outils de traitement et de correction de texte disponibles aujourd’hui, il n’y a tout simplement plus d’excuses.

Alors quand les correcteurs/trices du CEO disent aux étudiants qu’ils ont fait une « mauvaise utilisation de la virgule » ou que leur texte « manque de style » dans un rapport de stage, je me demande légitimement ce qu’ils penseraient dudit style de certains enseignants. Sans parler du placement de leurs virgules. Encore une fois, ce n’est pas qu’il ne faut pas corriger les étudiants, mais l’enseignement passe en majeure partie par le charisme et la façon de communiquer de l’orateur; par sa capacité à bien maitriser la langue et ses rouages, lui permettant de connecter avec ses étudiants. Malheureusement, je ne crois pas qu’on peut prétendre enseigner le « génie en première classe » et éprouver de si grandes lacunes dans la transmission du savoir à l’oral comme sur papier. C’est déplorable, parce qu’il y a tellement d’expertise dans notre École, mais elle semble être mal transmise, tout simplement parce qu’il subsiste une barrière dans la communication. Une barrière qui fait en sorte que, découragés, certains étudiants se mettent à ne plus aller à un certain cours pour apprendre de manière presque autodidacte. Je ne crois pas que ce soit le but d’une école. Je ne crois pas que c’est ce qu’on promet aux futurs étudiants quand ils visitent la nôtre. Je ne crois pas que c’est ce qu’ils devraient vivre en tant qu’étudiants. C’est un aspect primordial de la transmission du savoir qui est négligé ici, et malgré toutes les bonnes intentions des professeurs, c’est probablement leur franglais approximatif qu’on retiendra, au détriment de la matière de leur cours.

Bref, maintenant, quand je vois les grandes affiches « J’étudie en français », j’esquisse un petit sourire en coin. Ce n’est pas un problème impossible à régler, mais c’en est un important, un sur lequel Polytechnique Montréal devrait ouvrir les yeux. Dans une école aussi prestigieuse, je crois qu’on est en droit d’obtenir un enseignement dans une langue de bonne qualité; en droit de s’attendre à ce que Poly soit un bolle en français. En attendant, vous m’excuserai, mais je mets ma virgule où je veux,

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