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L’éléphant qui n’a toujours pas quitté la pièce

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Jean-Michel Maire dans Touche pas à mon poste. © C8

Les douze travaux du féminisme. La réalité 2016.

Il est dur de détourner le regard de cette subjuguante parade de paons médiatique que nous contemplons depuis quelques mois. Celle-là même qui nous désensibilise à petit feu. On dirait que récemment, tout nous est livré avec une étiquette égalitaire que peu d’entre nous semblent valider. Tantôt la Pologne qui décide de faire parler d’elle en légiférant contre le progrès mondial, tantôt Donald Trump devient le théoricien du complot le plus ardent lorsqu’il s’agit de défendre ses pulsions animales. Si seulement c’était mieux à la télévision…

Pas besoin d’avoir le câble pour se rendre compte que le féminisme 2016 est rudement mis à l’épreuve. Il est même parfois cible d’attentats, lesquels sont souvent presque durs à croire, dont le goût et la bienséance peuvent atteindre des profondeurs abyssales. Dernier oubli d’humanisme : dans le plateau de télévision français Touche pas à mon poste, émission tournée en direct et animée par le controversé Cyril Hanouna, homme aux productions oscillant entre machisme et débilité profonde. Imaginez l’émission Le banquier avec un macho à la barre et une tendance peu glorifiante pour la femme moderne. Ou imaginez simplement Le Banquier avec un macho à la barre. C’est selon. Bref, sur cette lancée caractérielle, l’émission se poursuit et prend tout le monde de court lorsqu’un des chroniqueurs, Jean-Michel Maire après avoir essuyé le refus d’un baiser d’une invitée décide de l’embrasser sur le sein. Comment banaliser la vulgarité sur heure de grande écoute?! Une chance que le public français s’est massivement dressé contre l’agissement en question sur les réseaux sociaux.

Se préparer au combat

C’est surtout quand la démagogie et la politique aux raccourcis semblent vaincre que la terreur y trouve son nid. Quand le Président du Mexique accepte, malgré toutes les insultes raciales contre son peuple, de rencontrer Trump pour discuter de relations USA-Mexique, quand l’égalité homme-femme est gueulée à tue-tête par tous, mais que la justice américaine acquitte un jeune violeur par peur de ternir son brillant avenir, quand on applaudit à en devenir sourd une émission française propageant avec légèreté, en live, la culture du viol, quand toutes ces choses se succèdent et qu’on hausse à peine les sourcils, c’est là et malheureusement seulement là que le slogan cliché « chaque vote compte » prend tout son sens. D’ailleurs, les comédiens, podcasteurs, journalistes du Polyscope et autres rebuts de la société ne connaissent qu’un remède face à cela. La satire. Cette arme sous-estimée est la kryptonite de la démagogie et ses bienfaits sont soulignés surtout par la prolifération d’émissions de nouvelles comiques inspirées du Daily Show. Une façon de se moquer de ces tirades désolantes sans pourtant en rire. D’ailleurs, le dernier sketch du débat américain de Saturday Night Live n’est pas mal du tout.

Redéfinissons le terme

En Amérique du Nord, le terme « agression sexuelle » ne fait pas l’unanimité quant à son balisage et son emploi. Certaines personnes préfèrent réduire le terme à sa pire déclinaison, soit le viol. Cette vision hollywoodienne de l’agression sexuelle la confine aux pleurs, au sang et aux ecchymoses, accompagnés d’un violon joué en mineur. Le reste, parait-il, ne serait que de la séduction musclée. Un attouchement non consensuel, un baiser sans entente, par exemple, ne seraient pas considérés comme des agressions sexuelles. Un peu comme dire qu’une dislocation ne compterait pas comme une blessure… car une fracture ouverte, ça, c’est une vraie blessure! Malheureusement, pour nos adeptes du raccourci, dans la vie, tous les concepts valant la peine d’être discutés sont nuancés. Le monde est ainsi fait. Touche pas à mon poste va l‘apprendre, à la dure.

Trudeau le maigre bonus

On sent au moins quelques percées de vagues ensoleillées dans cet arrière-plan peu inspirant. Justin Trudeau, détrônant Obama au sommet des chefs d’État jouissant de visibilité XXL, clame haut et fort son féminisme tant par de belles paroles que par de l’action financière dans des programmes à action concrète. On peut toutefois lire au journal Le Devoir, « Un an de féminisme avec Justin Trudeau », une critique d’un féminisme de façade étalé par Trudeau. Bien que notre gouvernement doive honorer ses promesses de développement de programmes sociaux à caractère féministe par des chèques pas mal plus adéquats, les attaques « d’hypocrisie de féminisme » à son endroit ne sont pas nécessairement toutes justifiées.

Cependant, dans cet article, l’auteure soutient, par l’avis d’une experte, que lors des deux prochaines années, la création d’emplois par le gouvernement se fera à grande majorité dans des secteurs à prédominance masculine, suggérant ainsi une mauvaise direction des investissements canadiens. « Les secteurs à prédominance masculine », c’est justement le qualificatif que plusieurs universités cherchent à combattre. Notre Polytechnique en premier! Certaines étiquettes de sexe au niveau professionnel existent, mais pas nécessairement pour très longtemps. À Poly : de tangibles combats, concrétisés par de la discrimination positive et appuyés à coups de bourses d’entrée pour les femmes sont de bons exemples. On peut facilement constater l’efficacité d’une telle mesure au sein de notre établissement en lisant bêtement les listes de classe. Il est préférable de concentrer des efforts sur l’équilibre de la proportion des sexes au sein des professions que de classer certaines professions comme « figées masculines » et d’en limiter le développement par investissement. Aussi, le sens des investissements et de la création d’emplois doit aller là où les intérêts financiers du pays vont (dans un contexte d’emplois à qualification universitaire), simple logique. M. Harper n’a pas laissé l’économie canadienne à son plus fort non plus. Féminisme et création d’emplois intelligente peuvent et doivent aller de pair. À ce stade, ce nouveau Canada commence décemment son mandat. Rendez-vous au prochain bilan. Trudeau devra faire mieux, il est attendu au tournant. Hanouna aussi, car l’espoir fait vivre.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.