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Un journal sain pour une école saine

Il est midi trente. Vendredi, midi trente. Tu t’apprêtes à entreprendre une des choses les plus pénibles de ton périple universitaire : survivre à ton vendredi après-midi. Donc, pour t’assurer un séjour moins endormant, tu accroches un Polyscope en te disant que des sudokus, ça passe le temps.

Ce que tu ne réalises pas, à ce moment, c’est tout le travail que tu tiens entre tes mains. Parce que oui, une page de sudokus ça prend 30 secondes à faire. Oui, une critique d’album c’est sympathique et léger. Oui, on rit quand on finit avec une couverture photoshoppée pleine de personnages de comics. Mais ce qui se cache derrière un journal étudiant, c’est une équipe multidisciplinaire qui a à cœur les intérêts des étudiants, une équipe qui n’a pas peur de parler pour ceux qui n’osent pas.

On dira ce qu’on voudra, un journal étudiant n’a pas les plus grands journalistes, ni la plus grande visibilité, et encore moins les plus gros moyens. Un journal étudiant, ça s’imprime à quelques milliers de copies et ça sert aussi à ramasser des dégâts de bière pendant les partys. Par contre, un journal étudiant a quelque chose qu’aucun autre journal ne peut se vanter d’avoir : la proximité avec son milieu. Personne n’est mieux placé pour parler du milieu scolaire que ceux qui le fréquentent. Personne n’est plus près des étudiants, de leurs idées et de leurs intérêts que les étudiants eux-mêmes.

Un journal étudiant, c’est un endroit où les tout le monde peut parler librement de ses projets, de ses inquiétudes, de ce qui leur passe par la tête. C’est un média qui n’hésite pas à enquêter sur les problèmes d’une école, autant au niveau de la direction que de l’enseignement, en passant par l’association étudiante. C’est un peu ça sa mission, permettre la libre expression dans l’école. Et ça reste qu’une fois que c’est imprimé sur 3000 feuilles de papier, ça devient plus facile de faire passer un message.

Vous avez peut-être lu les aventures de nos amis du Pigeon Dissident, avec l’histoire des initiations à la faculté de droit de l’UdeM. Malgré que ce ne soit pas nécessairement cette attention que recherche un journal étudiant, c’est toujours agréable de voir que ce qui est écrit dans nos pages peut faire autant de vagues. Des questionnements comme celui abordé par le Pigeon autour de la culture du viol, il y en a bien d’autres dans les facultés universitaires, et si personne n’en parle, ils sont vite relayés aux oubliettes. C’est un peu ça le devoir d’un journal en fait, pas nécessairement de trouver les réponses, mais de poser les questions, faire ressortir les enjeux qui nous entourent. Parce que les facultés universitaires et les cégeps sont de plus en plus comme des micro-sociétés aux enjeux pas si éloignés que ça de ceux du monde qui les entoure. En fait, sans en être le miroir, il reste qu’on peut facilement y voir venir les problèmes de demain.

La Presse et le Le Devoir auront bien beau nous sortir leurs plus grands experts, il reste que c’est nous qui subissons les travers d’un mauvais enseignement, c’est nous qui voyons nos amis finir à l’hôpital à cause de la drogue du viol, c’est nous qui attendons des mois pour voir un psychologue pour une heure. Je n’enlève rien à ces journaux, ce ne sont en aucun cas des cordonniers mal chaussés, mais nous, on vit les problèmes, on ne les constate pas de dehors.

Mais bon, un journal étudiant, c’est aussi un endroit plein de diversité où on en apprend plus sur les cultures des québécois (et des québécois d’adoption!), sur ce qui les motive, sur leur vie et leurs mœurs. C’est une vitrine directe sur les gens qui nous entourent à tous les jours et ça reste un lieu d’échange de premier plan pour tous les usagers d’une école, autant étudiants que professeurs, qu’employés ou que directeur. Un journal étudiant, ça met les gens en contact et ça rend la vie étudiante encore plus florissante.

Malgré tout, un journal étudiant, c’est un journal qui se bat pas mal toujours pour sa survie. À l’aire du numérique, ça vaut plus grand chose de la publicité imprimée, et le format papier est pas mal moins glamour qu’avant. On a juste à regarder des journaux comme L’Intérêt du HEC, qui ont abandonné l’impression pour se concentrer sur leur plateforme en ligne… Je vous garantie qu’on ne devra pas attendre longtemps avant de voir d’autres journaux faire de même! Le problème, c’est qu’avec le pouvoir de La Presse, on crée La Presse+. Avec le pouvoir d’un journal étudiant, on se fait oublier, et on perd une bonne partie de sa visibilité. Ce n’est pas compliqué, un journal étudiant qui change pour le numérique, ça s’appelle un appel à l’aide. Bref, le milieu du journalisme étudiant a lui-même ses enjeux dont il ne parle pas souvent, parce que parler de soi-même, c’est poche. Pour une fois, j’ai décidé d’être poche. Merci de nous lire, c’est ce qui nous fait vivre!

Je crois avoir utilisé assez de fois les mots « journal » et « étudiant » pour que vous soyez tannés de les lire. Mais ce que vous devez savoir, c’est que nous, on n’arrêtera pas d’écrire. Je ne crois pas parler à travers mon chapeau si je dis au nom de tous les journaux, qu’ils soient facultaires, universitaires ou collégiaux, que la communication est un peu notre deuxième passion si ce n’est pas la première. On aime traduire vos quotidiens en mots; on aime parler, de vous, de nous, de pas mal n’importe quoi. N’hésitez pas à aller voir les membres de votre journal, on est les premiers à vouloir que tout le monde sache ce que vous avez à dire.

En attendant, continuez de nous lire, c’est ce qui nous fait le plus plaisir.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.