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Le Tartuffe au TNM

Une adaptation mémorable pour un classique indémodable. Présenté du 27 septembre au 22 octobre.

Emmanuel Schwartz est génial dans le rôle de Tartuffe. © TNM

Emmanuel Schwartz est génial dans le rôle de Tartuffe. © TNM

Le Tartuffe ou l’imposteur est une des œuvres les plus célèbres et les plus controversées de Molière. La pièce a dû passer par deux réécritures, après avoir été interdite de représentation publique par Louis XIV. Comédie en alexandrins (vers de douze pieds), on y raconte l’histoire d’Orgon, qui accueille chez lui son conseiller spirituel, Tartuffe. Celui-ci, sous couvert d’une fausse modestie et de piété exacerbée, est un profiteur à l’égo démesuré. Orgon, complètement charmé par l’imposteur, en vient à lui promettre la main de sa fille, Marianne. Tartuffe a cependant une autre femme en tête, Elmire, l’épouse de son protecteur. Toute la famille d’Orgon, lassée des comportements despotiques du dévot, s’efforce alors d’empêcher ce mariage.

D’abord, un mot sur la pièce. On dit que la comédie est la forme d’art la plus difficile à exporter, les codes de l’humour variant d’une culture ou d’une époque à l’autre, plus que ceux du drame par exemple. C’est là tout le génie de Molière : quel plaisir de voir une salle entière s’esclaffer devant un texte en vers de près de 350 ans! Certaines situations pourraient pourtant sortir tout droit d’une comédie de l’année, comme cette joute verbale entre ces deux amants, pourtant amoureux fous, qui rivalisent pour montrer à quel point ils sont indifférents l’un envers l’autre. On est ici très loin de la romance classique. Chez Molière, les personnages ne sont pas des caricatures : leurs caractères sont complexes et ils sont, dans leurs motivations et dans leurs défauts, résolument modernes. Bref, la magie opère toujours.

© TNM

© TNM

La mise en scène du TNM est basée sur une idée audacieuse : la pièce est transposée au Québec, à la fin des années 60, en pleine révolution tranquille. Si le texte reste inchangé, costumes et décors nous transportent bien loin au 17e siècle. Cette transposition a deux effets. D’abord, on y voit un parallèle tout à fait assumé entre la remise en question, dans Tartuffe, de la mainmise qu’a l’Église sur la morale et les mœurs et le rejet des institutions religieuses dans le Québec de 1969. Cela reste toutefois plutôt anecdotique. L’intérêt, à mon sens, réside dans la grande liberté qu’offre ce cadre aux acteurs en matière de jeu physique et de non-verbal. On réussit, grâce à cela, à moderniser les blagues et les situations comiques, et donc à les rendre plus accessibles pour le spectateur sans même changer un mot du texte. Par un geste ou par une mimique, on rendra ainsi une blague bien plus grivoise, ou on appuiera un sous-entendu qui aurait pu se perdre sous les alexandrins et les costumes d’époques. Je doute fort, par exemple, qu’on ait vraiment pu voir Tartuffe littéralement les « culottes à terre » lors des présentations originales de la pièce…

Les acteurs jouent tous habilement ce jeu. Alors qu’ils déclament avec une diction classique les vers, ils « dépoussièrent » la pièce par leurs expressions et leurs non-verbaux fournissant parfois aux spectateurs l’illusion d’assister à une œuvre contemporaine. Certes, on verse parfois dans l’exagération, voire dans le vaudeville, mais Tartuffe est avant tout une comédie, et à entendre les rires dans la foule, je crois que l’on aurait tort de s’en formaliser.

La distribution est solide et Emmanuel Schwartz est tout simplement sensationnel. Son Tartuffe est particulièrement détestable, voire dégoûtant lorsqu’il se met à la séduction. Il tient en fait plus du gourou lubrique que du dévot austère, au grand plaisir des spectateurs. Soulignons aussi rapidement l’excellent travail de Violette Chauveau (Dorine), très drôle grâce à un excellent jeu physique et de Benoît Brière (Orgon), lui aussi impeccable. Mon seul bémol concerne Anne-Marie Cadieux (Elmire), qui semble parfois prise dans un registre unique. Toutefois, ces réserves se sont s’évanouies pendant la scène où elle se livre à Tartuffe, durant laquelle elle a déclenché les plus grands éclats de rires de la soirée.

En somme, cette production de Tartuffe, présentée au TNM jusqu’au 22 octobre, est une franche réussite. On y retrouve une balance subtile entre le respect du texte et de l’œuvre originale, et l’efficacité d’une comédie moderne bien punchée. On nous fait rire et surtout, on nous surprend : Tartuffe à la guitare? Il fallait oser!

Mots-clés : Théâtre (91)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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