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Premier débat des élections 2016 − Qui a gagné?

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Les deux candidats les moins appréciés de l'histoire. © CNN

Trump, gagnant du premier débat des élections 2016. Euh, non... Hillary! Euh, attends... qui a gagné?

Par Anne Cameron

Les sondages sont assez divisés : tous les sondages en ligne, même chez les grands médias tel que CNN, qui on le sait, sont plus facilement altérés, déclarent Trump comme étant gagnant. Presque tous les sondages effectués par les pontifes (équivalent francais des pundits), cependant, montrent Hillary comme gagnante. La nuance : les sondages en ligne considèrent des millions de votes alors que les sondages « traditionnels » ne recueillent que quelques milliers de personnes. Il est difficile de déterminer lequel serait le plus précis quant à l’intention du public général, non seulement à cause de la nature des statistiques mais aussi à cause de l’impressionnant biais des sources couvrant les politiques américaines.

Peu importe la source – si l’on s’en tient aux grands médias populaires – on retrouve les mêmes problèmes : sensationnalisme et accusations. Le public est activement encouragé à être offensé par la moindre phrase provocatrice. Les reporteurs (à ne pas confondre avec des journalistes) s’époumonent sur la pneumonie d’une telle ou le tweet d’un autre. On nous balance des chiffres, des statistiques payées par un tel ou une telle sans interprétation, sans nuances et sans explications et ces informations sont utilisées comme la vérité ultime. On massacre toute opportunité de conversation parce qu’on ne cherche plus à comprendre ni l’un ni l’autre.

Il m’est impossible, aujourd’hui, à cette heure, de changer cette réalité – mais je peux faire ma part, tout comme vous pouvez faire la vôtre. On peut *dun dund undund* essayer de comprendre qui sont les partisans de Trump et pourquoi, doux Jésus pourquoi, ils le supportent et trouvent qu’il est leur seul ESPOIR.

Votre quête de compréhension commence peut-être aujourd’hui (ou pas), mais la mienne s’est commencée au printemps 2016 – parce que cette campagne électorale est absurdement longue – pendant le choix des candidats qui mènerait les deux partis dominants. J’ai suivi les candidats sur Twitter, Facebook et je me suis mise à écouter leurs rallyes. Entretemps, mes amis américains se sont manifestés : les partisans d’Hillary, publiquement, et les partisans de Trump, en privé. La discussion s’est vite terminée pour Hillary : c’était le choix par défaut des démocrates qui soient, n’osait pas voter pour Bernie car il semblait trop idéaliste pour réussir. La discussion avec les partisans de Trump était une toute autre histoire, car initialement j’étais presque outrée par leur support. Comme tout le monde, j’évaluais Trump par des standards habituels : sa plateforme, son parcours, etc. Je n’arrivais pas à imaginer dans quel monde des amis que je tiens en haute estime, des ingénieurs et des gens intelligents votaient pour Trump.

J’ai vite réalisé qu’en fait, les partisans de Trump ne veulent pas argumenter sur sa plateforme. Ils ont même tendance à renforcer leur support de Trump à la lumière de ces arguments factuels. Plusieurs études ont été faites sur ce phénomène, il a été nommé « The Backfire Effect » par deux sociologues du collège Dartmouth et de l’Université de Exeter; Brendan Nyhan et Jason Reifler. C’est la tendance qu’une personne a à s’accrocher à ses croyances lorsque confrontée à des faits qui contredisent leur point de vue. Essentiellement, c’est juste une conséquence de l’irrationalité humaine qui nous affecte tous. Cette même irrationalité qui t’empêche de parler à la belle fille au bar, ou qui fait que t’écoute la télé-réalité en fin de soirée lorsque t’es bin chaud, même si tu sais très bien que c’est de la merde. Il faut comprendre cependant, qu’un comportement irrationnel n’est pas nécessairement dépourvu de sens. Pour comprendre la situation, il faut comprendre le mouvement humain – et donc l’irrationel – derrière les partisans Trump.

Ce sont des Américains qui se sentent aliénés, délaissés et qui ne s’identifient pas aux politiciens et aux partis des États-Unis modernes. Ça fait des décennies que le système politique américain ne fonctionne plus pour les citoyens, sans même être corrompu, leur système est construit pour faire profiter les lobbys plutôt que les Américains. Même les partisans d’Hillary peuvent comprendre ce sentiment, il faudrait être sérieusement naïf pour avoir espoir en cette femme, qui joue le même jeu aujourd’hui qu’elle jouait dans les années 80.

On jumelle à ce sentiment une réelle admiration pour Trump. Les partisans de Trump ne le supportent pas à contre-cœur, comme plusieurs des partisans d’Hillary la supporte. Ils le font de plein gré et ils l’aiment réellement, ils savent qu’il n’est pas expert, qu’il n’est pas politicien et ce sont des gens qui sont surprenamment terre-à-terre. Le fait que son parcours ne soit pas celui d’un politicien est particulièrement attrayant, car ils peuvent s’attendre à quelque chose de différent. Le support de Trump, pour moi, c’est l’expression du besoin d’une réelle personne, avec des défauts et qui s’enfarge parfois. Je vois Trump comme l’anti-robot-politicien. Son support est un appel désespéré pour quelque chose de différent.

Contre toutes mes attentes, après des mois passés à écouter Trump et ses partisans, je ne suis pas plus pro-Trump, mais je comprends. Je sais que quand Trump s’exprime sur un sujet, il a réellement quelque chose à dire. Il le fait peut-être avec un vocabulaire simple, et il le fait peut-être longuement, mais lorsqu’il a terminé de parler, tu sais exactement ce qu’il voulait dire. Il n’y a pas de déchiffrement à faire, et il n’y a pas de doute quant à sa position. Il s’exprime comme une vraie personne, pas comme un politicien.

Sur ce, je n’espère pas vous avoir convaincu de supporter Trump. Sa plateforme est quasi-inexistante, sa position sur les quelques enjeux qu’il a adressés, est littéralement l’opposé exact de ma position politique. Mais je pense sincèrement que l’on doit se rendre service et essayer de comprendre son prochain, plutôt que de rendre service aux politiciens de nos choix en démonisant l’opposition.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.