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Para-ordinaire

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L’arrivée du 1500 m par l’Algérien Abdellatif Baka. © Jason Cairnduff

Les Jeux paralympiques d’été viennent de signer la complétion des épreuves olympiques à Rio de Janeiro. Ces jeux, qui rassemblent les athlètes atteints de déficience physiques et mentales, innées ou acquises, restent un évènement sportif majeur, qui, surprenamment, est encore aujourd’hui maculé par les railleries ou préjugés.

Il n’en reste que ce n’est pas un évènement prônant la participation passive. Il s’agit bien d’un évènement sportif de premier plan réunissant des athlètes dont la vie est régie par l’amour de leur sport. Ainsi, malgré leurs déficiences, ce sont des athlètes aguerris et très compétitifs qui se sont réunis à Rio de Janeiro. Ils ont concouru dans les 24 disciplines présentées et ont su réunir 177 pays parmi les concurrents. La Chine est sortie grande gagnante de ces jeux avec un total faramineux de 107 médailles d’or et 239 médailles en tout, suivie par la Grande-Bretagne dont les athlètes ont raflé environ une moitié moins de médailles. Chaque compétition laisse place au déroulement de plusieurs finales, les compétiteurs étant ségrégués dans différentes catégories selon leur déficience. Durant toutes ces compétitions, certains athlètes ont su éblouir le monde sportif en démontrant que malgré le fardeau qu’ils portent, il est possible de repousser les limites du corps humain même si sa force, sa forme ni son esprit sont ceux qui nous paraissent normaux.

Le premier athlète dont les performances éblouissantes en firent sursauter plus d’un est Ibrahim Hamadtou. Cet Égyptien, père de trois enfants, a perdu ses deux bras au cours d’un tragique accident de train survenu lorsqu’il était encore enfant. Il a commencé, il y a de cela 20 ans, à jouer au ping-pong… en tenant la raquette avec sa bouche. Comme si ce n’était pas assez déjanté de concourir au plus haut niveau en maniant sa raquette avec ses dents alors que tous les autres adversaires lui renvoient la balle raquette à la main, il effectue tous ses services avec son pied droit. Ainsi, il joue tous ses matchs chaussé que d’un pied.

Le deuxième phénomène des Jeux paralympiques de Rio de Janeiro est le nageur chinois Tao Zheng, médaillé d’or du 100 mètres dos crawlé. Bien que le crawl nécessite, de base, un certain mouvement ample des bras pour se propulser, l’athlète chinois sut remporter la course en étant amputé des deux bras. Il nageait dans la catégorie S6, qui réunit les nageurs souffrant de problèmes de coordination modérés sur un côté de leur corps, ceux ayant une petite stature ainsi que ceux qui vivent avec l’amputation des deux bras. À la manière d’une anguille, il sut dépasser de manière très convaincante les nageurs dotés du « luxe » de pouvoir se propulser avec leurs bras. Chapeau bas!

Finalement, je désirerais accorder une mention spéciale au podium du 1 500 mètres pour non-voyants. Les trois médaillés ont clos la course avec un temps en deçà de celui qui fut médaillé d’or un mois plus tôt, lors des Jeux olympiques. Celui qui gravit la plus haute marche, le coureur algérien Abdellatif Baka, termina avec un chronomètre affichant 3’48’’29, tandis que Matthew Centrowitz, champion olympique, ne sut faire mieux qu’un temps de 3’50’’00. Sans rien enlever à cet exploit, cette différence de chrono peut être expliquée par l’importante stratégie incluse dans la course olympique, durant laquelle les coureurs suivent un plan de parcours et s’observent pour jouer autant sur leurs formes physiques que sur leurs ressources mentales. Malgré cela, on peut facilement imaginer, à l’image du controversé Oscar Pistorius, qu’un jour ces trois coureurs pourraient affronter les voyants.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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