Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Ancient Future, des défauts de jeunesse

Aperçu article Ancient Future, des défauts de jeunesse
Cliquer pour agrandir
 (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
© Maxime Callais

Les 9, 10 et 11 septembre se tenait la 2e édition du festival de musique électronique Ancient Future, organisé par La Bacchanale sur le Quai de l'Horloge. Malgré une programmation solide, on sentait que l'évènement manquait d'expérience.

Il manque de musique techno à Montréal. C’est indéniable. Est-ce le manque d’artistes ou le public qui n’est pas au rendez-vous, je ne sais pas, mais rares sont les lieux qui nous offrent une bonne dose de house de Detroit ou de techno berlinoise.
Le collectif La Bacchanale s’en est aperçu l’année dernière après l’échec financier de la première édition de Ancient Future. Ils revenaient donc cette année avec une programmation plus diversifiée afin d’attirer les près de 3000 festivaliers dans ses décors enchanteurs.

© Maxime Callais

© Maxime Callais

Un goût amer
Au terme des trois jours, Ancient Future nous laisse sur un sentiment mi-figue mi-raisin. Tantôt le festival a tout pour plaire : un lieu de prédilection sur le Quai de l’Horloge du Vieux-Port, une programmation qui allie grands noms et artistes locaux, des décors plus inventifs les uns que les autres, une expérience unique à Montréal; tantôt les ratés s’accumulent : l’annulation de Scuba qui n’a pas eu son visa, l’arrêt précoce du set de Kobosil pour matériel défectueux, le système de paiement par jetons contraignant, le système de son laissant à désirer…
Pourtant situés dans un emplacement de choix, les lieux aussi posent problème. À notre arrivée, on reste confus devant la configuration de l’évènement : une première zone, à ciel ouvert, regroupe deux scènes sur le bord du fleuve dans des ambiances estivales, la deuxième, intérieure, est située dans le Hangar 16, sur les bords du Bassin Bonsecours. La soirée commence à l’extérieur pour ensuite migrer à l’intérieur, malheureusement, le déplacement entre ces deux zones pose problème : puisqu’il faut sortir d’une zone du festival pour rejoindre l’autre, on ne peut prendre avec nous nos boissons ou retourner ensuite à la première zone.
Ancient Future souffre également des mêmes lacunes que les autres festivals montréalais : un manque crucial de toilettes. Huit toilettes chimiques pour quelques 3000 personnes, c’est un peu juste, on passe donc 30-45 min à attendre son tour. On peut également déplorer la présence pourtant essentielle de fontaines, on se retrouve donc obligé à devoir acheter des bouteilles d’eau du sponsor officiel du festival, une aberration quand on sait la chaleur qu’il peut faire lors de ces évènements. Finalement, la zone fumeur en extérieur est si petite, qu’on ne peut même pas en profiter pour y respirer un peu d’air frais.
On peut tout de même souligner quelques heureux efforts : en plus des habituels Ecocups, des bacs de tri sélectifs étaient parsemés sur les lieux, et, vers 2h du matin, des chariots de fruits frais étaient distribués dans la foule. Une bénédiction.

Quand la musique est bonne
Malgré cette organisation défaillante — surprenant, d’ailleurs, venant du collectif La Bacchanale, grand habitué de ce genre d’évènements — la musique électronique était au rendez-vous.
Le vendredi a commencé en force avec l’Américaine TOKiMONSTA sur la scène Évasion, pour finir dans l’ambiance plus industrielle du Hangar 16, avec les Français N’to et Worakls.
Le lendemain, la soirée a été menée par Kerri Chandler. L’Américain tenait le public au bout de ses doigts. Il emmenait où il voulait cette foule à l’unisson sur ses sons de house disco-funk et au rythme de sa basse si caractéristique. Autre décor, autre ambiance, Tazz & Giovanni Randisi ont profité du Hangar 16 rappelant les bas fonds de la scène berlinoise, pour partir sur un set plus industriel avec un très beau travail de VJing. La fin de la soirée a été plus rude : la météo orageuse a apporté une ambiance tendue dans les lieux et beaucoup de ratés techniques pour Kobosil, le résident du Berghain. Après une lourde heure de coupures d’électricité, l’Allemand a décidé de tout simplement arrêter le carnage. Il s’en est excusé sur sa Page Facebook, mais on peut parier qu’il ne reviendra pas l’an prochain. Finalement, Or Room n’ont pas réussi à faire oublier au public l’annulation de Scuba, terminant la soirée sur un set beaucoup trop énervé qui mettait cruellement en lumière les limites du système de son du hangar.
Le dimanche, la fatigue s’est fait ressentir, beaucoup moins de monde, mais pour une ambiance beaucoup plus calme et agréable. La deep house était à l’honneur avec le Canadien Gab Rhome, notre découverte de la fin de semaine, sur des notes orientales et presque aquatiques. La fin de la soirée — et du festival — a été assurée par la techno industrielle de Bambounou et la deep house psychédélique de Shifted.

Ces solides prestations musicales, agrémentées d’un très bon travail visuel, alliant projections, danseurs et cracheurs de feu, ont tout de même réussi à nous séduire.

On retournera à la 3e édition de Ancient Future, mais d’ici là, il reste beaucoup de choses à améliorer.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+