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DreamHack vu par Le Polyscope

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© Anne Cameron

Du 12 au 14 août dernier avait lieu la première édition à Montréal de DreamHack. En Suède, son pays d’origine, DreamHack est le plus grand festival numérique au monde... Mais qu’en est-il à Montréal? Le Polyscope est allé voir pour vous!

Par Anne Cameron et Paul Margheritta

Vendredi le 12 août, 10 h 00. Le Polyscope est aux portes de la Place Bonaventure. Un passage rapide à la billetterie et la file se remplit derrière lui. Déjà les gamerz lève-tôt se pointent, accompagnés de leurs PC trimballés de toutes sortes de manières : en boîte, sur roues, à bout de bras — il ne leur reste que quelques mètres à franchir avant que leur trône, alias une p’tite chaise en plastique, soit atteint, enfin.

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Vendredi matin, DreamHack était encore vide. © Paul Margheritta

Le Polyscope franchit ces quelques mètres, et avant même d’apercevoir l’immense hangar, il sent la chaleur s’en échapper par l’air qu’il touche. Dès l’entrée, ses yeux doivent s’ajuster à la noirceur qui l’accueille et il se trouve guidé plutôt par les quelques DEL qui brisent l’obscurité, colorées par section. Chacune d’elles est vive et éclatante. Le Polyscope ne peut s’en empêcher, il pense tout de suite se retrouver dans le sous-sol de sa mère, auprès de sa bonne vieille tour qui fait bien sa job, mais qui commence à avoir de la misère à rouler en ultra les nouveaux jeux qui sont bin trop chers, anyway.

Le temps de se ressaisir, et Le Polyscope se dirige déjà vers les premiers stands : la lueur familière du vert Monster lui confirme la présence d’un des plus grands sponsors d’athlètes du virtuel. Quelques mètres passés la station Monster, on arrive au noyau de la place et ce noyau, il frappe. Blanc aseptisé, un décor moderne et heurtant orne le stand de Bell qui promeut un système VR. Le Polyscope a pu l’essayer au courant des jours suivants, pendant un beau, gros 180 secondes.

La VR selon Bell. © Paul Margheritta

La VR selon Bell. © Paul Margheritta

Comme chacune des sections de la place, le stand malaisant de Bell se jette dans le sixième océan planétaire, l’océan LAN de Bonaventure. D’ici, on voit les rangées et les rangées de tables vides, toutes prêtes à accueillir les habitants des cavernes et leurs PC dans leur habitat naturel. Partout autour des tables en plastiques cheap de l’océan LAN, Le Polyscope observe et s’apprête aux scènes de tournois et de compétitions, à la zone rétro et console, la section jeux indie et la section matériel. Il observe, et il a hâte.

Les tournois

Le tournoi de StarCraft II bat son plein. © Paul Margheritta

Le tournoi de StarCraft II bat son plein. © Paul Margheritta

Les tournois de eSports constituent bien évidemment l’essentiel de DreamHack. Parmi ces événements, le tournoi de StarCraft II fait figure d’attraction principale, puisqu’il est une des étapes des World Championship Series, le championnat annuel mondial de StarCraft II. C’est donc ce jeu développé par la compagnie Blizzard, par ailleurs coorganisatrice du tournoi, qui attire le plus grand nombre de spectateurs. Pour faire simple, il s’agit d’un jeu de stratégie en temps réel où trois espèces s’affrontent : les Protoss, les Terran et les Zerg, chaque joueur incarnant l’une d’entre elles.

Le Polyscope a pu constater l’affluence autour des matchs de StarCraft II et l’engouement provoqué. Le tournoi, qui a eu lieu à DreamHack toute la fin de semaine, se joue par élimination directe entre 32 valeureux concurrents. En matière de nationalités, plus de la moitié des joueurs viennent d’Europe de l’Ouest et d’Asie. La Corée du Sud est sans surprise le pays le mieux représenté avec quatre participants : c’est une figure dominante dans les eSports sur la scène mondiale. On ne recense aucun joueur venant d’Afrique ou du Moyen-Orient. Notons enfin la présence de trois participants canadiens : MaSa, Scarlett et Semper. Chaque match se joue en cinq manches au plus, à l’exception de la finale où se joue un maximum de sept manches; dans tous les cas, le match s’arrête dès que suffisamment de manches ont été jouées pour déterminer le vainqueur. Preuve du sérieux de l’événement, les rencontres sont commentées par d’anciens joueurs bien connus dans le milieu tels qu’Artosis, RotterdaM ou encore Tasteless.

Le Polyscope a pu assister à plusieurs rencontres, dont un quart de finale opposant la Canadienne Scarlett à l’Américain Neeb. C’est ce dernier qui l’a emporté largement (0-3), peut-être aidé par les cris du public scandant « USA! USA! » et brandissant des panneaux aux messages humoristiques tels que « I Neeb you to win ». Malheureusement pour lui, sa course s’est arrêtée en demi-finale contre le Sud-Coréen Polt (3-1). Dans l’autre demi-finale, l’Allemand HeRoMaRinE a échoué (1-3) face à TRUE, un autre joueur sud-coréen. C’est donc une finale 100 % « pays du matin calme » qui s’est déroulée le dimanche à DreamHack. Ce dernier match n’a guère été disputé : TRUE a triomphé (4-1) et a donc décroché les 35 000 US$ offerts au gagnant, ainsi qu’une place pour la phase finale du championnat mondial de StarCraft II. Les autres joueurs ne sont pas en reste : au total, 150 000 US$ étaient distribués et chaque participant est reparti avec 1 500 US$ au minimum.

L’aspect professionnel du tournoi, et plus généralement du championnat, est en tout cas frappant pour toute personne peu familière avec ce milieu. On se l’imagine, les participants bénéficient de matériel de pointe pour jouer; mais au-delà de ça, d’importants moyens techniques sont également déployés pour la transmission et l’enregistrement de l’événement. Un petit plateau surélevé et entouré de caméras est construit entre la tribune et la scène pour des entrevues avec les joueurs. Les commentateurs disposent de leur propre studio de télévision, où ils offrent, vêtus de chemises et de cravates, leur expertise dans le domaine. L’ambiance est plutôt légère mais le traitement est, au fond, sérieux. De l’argent est en jeu et l’événement influence les carrières des jeunes participants : certains ont tout juste 18 ans. Les performances, sont, on s’en doute, guettées par les commanditaires des équipes de joueurs, qui s’affichent sur les vêtements de leurs poulains.

Le tournoi de Rocket League. © Paul Margheritta

Le tournoi de Rocket League. © Paul Margheritta

Les autres tournois présents à DreamHack donnent à voir un côté beaucoup plus amateur, au sens noble du terme, du monde des eSports. L’inscription d’une équipe à ces tournois est libre, à condition d’avoir son billet pour DreamHack. Pour s’installer pendant trois jours avec son propre ordinateur, il en coûtait 100 $; pour ceux qui souhaitaient simplement venir sans ordinateur, c’était 50 $ pour toute la fin de semaine. Les récompenses en jeu pour ces tournois dits « BYOC » (Bring Your Own Computer) ne sont pas négligeables. Ainsi, 9 000 US$ étaient offerts pour l’équipe victorieuse du tournoi de Counter-Strike: Global Offensive, le célèbre jeu de tir à la première personne. Il en est de même pour le tournoi de League of Legends, un grand classique du monde des eSports. Le Polyscope a pu assister à des compétitions plus discrètes mais tout aussi plaisantes, telles que le tournoi de Rocket League, un jeu s’apparentant à du soccer futuriste en voiture. Enfin, deux tournois sur console avaient lieu : Super Smash Bros. Melee, l’indémodable classique de la GameCube, pour des saveurs légèrement retro, et Street Fighter V, le dernier épisode de la série mythique, sorti début 2016 sur PlayStation 4.

C’est donc une grande diversité de tournois qui était proposée à DreamHack. Il faut néanmoins noter la très perceptible polarisation entre, d’une part, le gros tournoi professionnel de StarCraft II, haletant, bruyant, tape-à-l’œil, avec ses tribunes pleines à craquer et ses partisans en délire, et, d’autre part, les plus modestes tournois à entrée libre, plus accessibles, plus détendus, avec des bancs beaucoup plus clairsemés, également. Si l’on sent qu’un monde sépare ces deux types de tournois, on a en revanche plaisir à passer de l’un à l’autre et à nourrir son expérience DreamHack de différentes ambiances.

Compétition cosplay

La médaille de bronze du cosplay. © Paul Margheritta

La médaille de bronze du cosplay. © Paul Margheritta

Un autre événement très intéressant du festival était, sans aucun doute, la petite et modeste compétition de cosplay. Avec un total de 10 participants seulement, la compétition s’est faite courte, mais agréable. Grâce à leurs costumes de Ganondorf et Volga (l’incarnation de Volvagia dans Hyrule Warriors), le père et sa fille ont remporté le prix de 1 250 $. Le gagnant du deuxième prix était un spectacle en lui-même : Archon de StarCraft II. Ce costume était immense, et la meilleure partie était les petits pieds qui trottinent jusqu’au centre de la scène. C’est que dans le jeu, ce personnage a une lueur qui cache le bas du corps et donc il n’y a pas de jambes au cosplay, et toute l’impression est faite par le haut du corps. Le troisième prix est attribué à un trio : The Three Queens et elles ont d’impressionnants costumes de Fiora, Caitlyn et Leona. La qualité et l’agencement de leurs costumes compensent amplement pour le jeu qu’elles ont choisi comme thématique.

Section indie

Marée de joueurs. Océan de fun. © Paul Margheritta

Marée de joueurs. Océan de fun. © Paul Margheritta

La section des jeux indépendants comprenait plusieurs jeux, dont The Black Watchmen. Le Polyscope écoute d’une oreille un peu distraite son promoteur, tout en zyeutant les deux valises fermées sur leur table. On lui explique que The Black Watchmen (TBW) est un jeu d’investigation coopérative ou à joueur unique, mais que la résolution des cas est fortement axée sur l’entraide parmi les joueurs. Ces joueurs, Le Polyscope l’apprend, sont énormément diversifiés, vieux comme jeunes, amateurs comme ex-CIA et ces derniers, notamment, fournissent des documents déclassifiés à la compagnie de jeu vidéo pour la création de nouvelles enquêtes.

Enfin, on arrive aux valises. Chacune d’elle a sa propre combinaison, et une énigme respective. L’une est une énigme facile et l’autre, difficile. La première, toute simple, ne nécessite que la complétion d’une chaîne de chiffres. La deuxième, c’est une toute autre histoire. Le Polyscope reçoit un tableau de 8×8 cases soit remplies soit vides, en plus d’une phrase « Nothing is needed but presence or void… » Heureusement, cette journée-là Le Polyscope était en génie informatique et en génie électrique. Il a toute de suite vu que chaque ligne représentait en fait un nombre binaire signé. Comment les humains font-ils pour lire du binaire? C’est clair : en ASCII! Le Polyscope a donc converti en binaire, puis en décimal, puis en ASCII pour enfin obtenir les caractères « D-E-V-I-L-H-E-X ». Pour l’heure qui a suivi, Le Polyscope n’a pensé qu’à des conneries en essayant tout sauf la solution la plus évidente : qu’on avait en fait « 666 » en ASCII, à convertir en hexadécimal. La résolution qui aurait dû prendre 15 minutes, a pris 1 heure. Le Polyscope est bon, mais il est con. Le représentant lui informe que la moyenne pour la résolution est de 4 h, hallelujah, et son égo rebondit tout de suite.

Outre cette expérience passionnante et quelque peu inattendue dans le cadre de DreamHack, Le Polyscope a pu découvrir quelques autres jeux indépendants. Nous nous sommes en particulier creusés la tête avec Bomb Conflict, un jeu de réflexion où vous incarnez le dieu de la gravité, ni plus ni moins. Votre mission consiste à faire pencher un plateau dans différentes directions dans le but d’aligner des bombes afin qu’elles explosent ensemble. Plusieurs dizaines de niveaux ont été prévus pour ce jeu jouable sur téléphones et tablettes, et différents types d’explosifs et d’obstacles viennent pimenter votre parcours afin d’éviter de le rendre trop répétitif, un écueil qui serait fatal. Le jeu est développé par les Montréalais du studio Maitop Games.

Nous avons également eu la chance de discuter avec les concepteurs de deux autres jeux encore en pleine évolution. On reste dans les créations locales puisque les deux jeux sont issus de studios basés à Montréal. La première de ces œuvres vidéoludiques, Epic Manager, déjà disponible sur Steam, est un jeu de gestion avec un aspect RPG. Vous devez contrôler une équipe d’aventuriers, gérer leur équipement, leurs compétences, etc. afin de les envoyer en mission et d’en tirer les meilleurs bénéfices. C’est le studio ManaVoid qui est derrière ce concept hybride plutôt intéressant. Le second jeu s’appelle Children of Zodiarcs et peut se décrire comme un tactical RPG aux allures classiques, mais plutôt prometteur par son univers graphique franchement agréable et son système de cartes à collectionner. La réalisation du jeu s’annonce sérieuse et particulièrement soignée. Le jeu, développé par Cardboard Utopia, devrait être disponible début 2017 sur Steam et PlayStation 4.

Le bilan

C’est donc avec plaisir que Le Polyscope a pu découvrir l’ambiance de DreamHack toute la durée d’une fin de semaine. Comme attendu, la ferveur était au rendez-vous du côté des innombrables joueurs et autres spectateurs. De l’obscurité et de la froideur de la Place Bonaventure se dégageait en réalité un engouement remarquable. La recette, alliant LAN party géante en continu, compétitions modestes et tournois professionnels, sans compter les sympathiques attractions telles que le cosplay, a vraisemblablement trouvé son public.

On parle volontiers de eSports, le terme consacré pour désigner ce type d’événements. DreamHack permet de mesurer à quel point la comparaison avec le sport traditionnel est pertinente, dans une certaine mesure. Comme une rencontre sportive conventionnelle, les eSports rassemblent autour d’un événement aux allures festives, où le divertissement prime pour le spectateur malgré l’enjeu parfois bien réel. Sans surprise, on constate aussi que ces sports électroniques ont tout logiquement hérité des travers de leurs pendants traditionnels. L’omniprésence des marques commerciales est frappante, du kiosque Monster verdâtre hideux aux commanditaires qui s’affichent en gros sur les chandails des joueurs, en passant par les pratiques aux allures sectaires du constructeur MSI (comment qualifieriez-vous autrement le concept de rassembler des dizaines de joueurs autour de vous pour leur faire scander le nom de votre compagnie tout en brandissant vos derniers produits?).

DreamHack a trouvé son public, disions-nous; et c’est peut-être bien là que se situe la vraie fracture avec le sport conventionnel. Car si les eSports ont bien trouvé leur public à eux, ils n’ont pour l’instant pas trouvé beaucoup plus que ça. Ce que l’on n’a pas rencontré à la Place Bonaventure, c’est une universalité, une capacité à rassembler au-delà d’un public fidèle, beaucoup moins homogène qu’on pourrait naïvement le penser, large en nombre mais réduit à l’échelle de la société. Qu’importe; y a-t-il lieu de s’égarer dans de telles considérations si l’événement a tenu toutes ses promesses, comme c’était le cas? À vous de juger. Nous, on s’est bien amusés.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.