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Voyage insulaire… au rythme solaire!

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L'île Amantani vue de île voisine de Taquile

Récit d'un voyage insolite sur l'île d'Amantaní au Pérou.

Une brise légère balayait l’immense étendue d’eau, l’île approchait à la vitesse nonchalante du petit traversier que nous empruntâmes pour se rendre en ce lieu mythique. Le reflet azur de l’eau tranchant avec la pâleur des maisons revêtues à la chaux me faisait penser aux paysages de ma Méditerranée natale, mon cœur en fut saisi. Cependant, une fois débarqués avec notre guide Joël, en sus de mon cœur mes poumons furent saisis, je haletais, moi, sportif du dimanche, pour quelques mètres parcourus trop vite. Un panneau me le rappela : je me trouvais sur l’Ile d’Amantaní, à 4600m d’altitude, en plein milieu de la mer sacrée andine; le lac Titicaca, dans un lieu unique et littéralement à couper le souffle.

Sur cette île le temps semble figé : loin des tumultes noctambules de Lima, on y vit paisiblement avec le respect de la tradition. On s’en rend compte aisément à la codification des couleurs des chandails traditionnels que portent les habitants : ici, mesdemoiselles, pas besoin d’application de rencontres, une tunique blanche vous indiquera un cœur à prendre ! Les seules « folies modernes » n’ont été permises que par l’arrivée du tourisme et encore elles restent bien raisonnables : quelques panneaux solaires ainsi qu’un groupe électrogène, fonctionnant à la plaza mayor du village seulement en période de fête afin d’alimenter deux lampadaires et une sono antique. De même, seul un petit port approvisionne l’île en vivres (et touristes!) et malheur aux gens qui logent loin sur les pentes escarpées : il doivent tout amener sur leur dos sur des étroits sentiers.

Cependant, la modernisation est en route dans cette région du Pérou : l’île voisine de Taquile ainsi que la municipalité touristique côtière de Puno en furent frappées, pour le meilleur et pour le pire. En effet, beaucoup de jeunes quittent le Lac pour aller étudier à Arequipa et à Cuzco (respectivement les 2e et 3e villes du pays) délaissant les coutumes locales et préférant parler l’espagnol plutôt que le Quechua, ou l’Aymara, deux langages natifs mais qui ont le vice d’être « syntaxiquement savants », selon les termes de Joël. En contrepartie, la modernité a fait connaître la région grâce à l’essor de la Toile et les habitants lacustres, depuis lors, sont beaucoup mieux considérés par Lima.

Mais point de brusque révolution technologique, le processus ne se fait heureusement que par petites touches. Toutefois, il n’est pas rare d’observer aujourd’hui un téléphone intelligent voire même une tablette dans les mains d’un enfant du village, quant à savoir comment faisait-il pour le charger, seules les divinités Quechua le savent… En parlant de ces dernières, j’ai pu constater la ferveur encore intacte des rites hérités des Incas lors des festivités du village. On y trouve encore massivement des danses et de chants découlant directement de feu l’Empire séculaire. D’ailleurs, la statue de son fondateur et premier chef d’État, Manco Cápac, face à la Mer des Andes, semblait veiller avec bienveillance sur les insulaires enivrés de danses et de bière de maïs alors que tombait la nuit.

Un jour, si vous voulez faire une halte salvatrice pour vous remettre d’éventuels finaux, gravissez-donc le sommet de la colline (lentement serait le mieux, avis aux montagnards amateurs!) qui est le socle du temple de Pachatata, dédié au Soleil. Alors, quand ce dernier vous laissera seul(e), regardez le ciel, une étoile filera sans doute et vous ferez un vœu. Le mien fut d’être aujourd’hui dans école géniale, quel sera donc le votre ?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.