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Les bourses d’excellence : reproduction des inégalités sociales

Revue et remise en question d’une catégorie de bourses d’études qui, par analogie, est aussi questionnable que les fameuses primes de départ ou les primes de séparation dans la fonction publique québécoise. Ont-elles une raison d’être telles quelles? Voici une entrevue avec moi-même.

Qu’est-ce qu’une bourse d’études?

Il s’agit d’un montant d’argent alloué à un étudiant. L’objectif est de permettre à ce dernier de débuter ou de poursuivre ses études grâce à ce montant.

Pourquoi les bourses d’études existent-elles?

Elles ont au moins un objectif. Le plus connu est de servir à pallier l’obstacle financier que des étudiants ou aspirants étudiants peuvent rencontrer pour concrétiser leur projet d’études. Aussi, elles servent d’incitatif dans le même sens, notamment pour encourager la relève ou servir de tremplin pour un groupe social désavantagé. Bref, en général, elles servent à répondre aux besoins de l’étudiant ou ceux des institutions à caractère plus ou moins social.

C’est alors une cause vertueuse! Qu’est-ce qui ne va pas, alors?

C’est d’abord évident qu’il est impossible que tout le monde reçoive une bourse. Il y a donc une sélection du public cible selon la vocation de la bourse. L’exemple le plus facile à penser à Polytechnique est celui des bourses destinées aux femmes, pour encourager la relève féminine en ingénierie. D’autres exemples concernent des cas d’une bourse restreinte à des candidats provenant de l’international, à des étudiants ayant des besoins particuliers ou à des étudiants dans un programme précis. Bref, je ne saurais tous les nommer.

Il s’ensuit des critères de sélection parmi le public ciblé pour désigner qui seront les récipiendaires du nombre limité de bourses. Ces critères sont notamment : le revenu familial, la performance académique, la démonstration par écrit de la motivation à recevoir la bourse, la situation familiale, etc.

Le bât blesse quand certaines bourses, les bourses dites « d’excellence », ont des critères de sélection que je trouve parfois à saveur aristocratique, voire arrogants. Ce que je veux dire par là, c’est qu’elles n’ont pas explicitement ni implicitement une vocation d’équité et d’égalité. C’est simplement un montant d’argent qu’on attribue à un rare nombre d’étudiants qui ont eu les meilleures notes, mais aussi qui ont vraiment du temps pour faire plusieurs autres activités parascolaires en parallèle. Donc, des machines humaines! Ou aussi, des étudiants qui ont des parents avec un revenu raisonnable pour subvenir à tous les besoins de leur enfant aux études, qui font la lessive, les repas et autres corvées. Ce qui laisse l’étudiant tout le temps libre pour se consacrer intensivement aux études et aux activités parascolaires. C’est une vie d’aristocrate… C’est à se demander si on peut appeler ça une « bourse d’études » ou quelque chose de moins noble.

J’aimerais souligner que j’ai dernièrement beaucoup conjugué de verbes à l’infinitif passé. Les fondateurs de ces bourses n’ont vraisemblablement pas songé à l’avenir de leurs bourses. De plus, quand le concept de « machine humaine » intervient en éducation, cela revient à comparer les études avec les compétitions olympiques : soit on gagne une médaille avec tout le prestige, soit on n’est rien. Est-ce que les études sont une compétition égocentrique où nos pairs, nos collègues sont des adversaires ou est-ce une ressource qui se doit d’être universelle pour élever le sort de l’humanité?

Est-ce que cela suppose que les récipiendaires de ces bourses n’ont pas raison d’avoir accepté l’argent, ni de les avoir demandées?

Hé! Oh! Stop! Ne va pas plus loin avec ton processus réflexif. Je questionnais la raison d’être de ces bourses « d’excellence », pas les étudiants qui les reçoivent. Tu es proche de faire un amalgame incorrect sur la responsabilité des commanditaires de ces bourses d’excellence et les étudiants récipiendaires de ces bourses. On n’est pas en économie ou en politique, où il existe un système de relation d’interdépendance — et donc une responsabilité partagée — entre celui qui donne et celui qui reçoit. Pas du tout.

Les gens qui ont reçu une bourse d’excellence ont toute la légitimité de l’avoir reçu, en ayant respecté les critères de sélection. Les commanditaires de ces bourses ont donné leur propre argent (et non pas l’argent des contribuables) pour les financer, en toute connaissance de cause. Les motivations des demandeurs de ces bourses d’excellence n’ont pas d’importance. Ce qui est important dans mes propos, c’est que ces bourses, directement ou indirectement, consciemment ou inconsciemment, vous entarte dans la face la réalité que les inégalités existent dans cet Univers ET que la bourse d’excellence ne fait aucun bien en ne remplissant aucun rôle d’équilibrer les chances entre les étudiants.

Ne pensez-vous pas qu’il faut maintenir un incitatif pour que les meilleurs soient encouragés à poursuivre leur projet académique, peu importe leur situation socio-économique?

Je ne suis pas contre la raison. En effet, on peut inciter des gens doués, talentueux ou exceptionnels à percer dans ce qu’ils font de meilleur, sans autre condition. Le problème est dans la manière de le faire; on utilise le mauvais outil.

En supposant qu’un étudiant doué ait une vie d’aristocrate et donc qu’il a tout le temps du monde pour assimiler des savoirs et même faire des activités parascolaires, toutes choses étant égales par ailleurs, ce n’est pas en lui finançant ses études (voire en lui balançant une bourse) qu’il excellera mieux. Il y a donc d’autres variables qui entrent en jeu pour donner une poussée de succès, chose que les bourses d’excellence ne considèrent pas. Ces bourses ne considèrent pas le fait que les étudiants « doués » ont déjà de meilleures chances de réussite par rapport à leurs pairs, de toute manière. Mais là, on s’éloigne du sujet.

Avec tout ce que vous avez dit, où voulez-vous en venir au juste?

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 Bourse « aristocratique » #1 :aucc-logo-fr

Bourse « machine humaine » Fessenden-Trott

Commanditaire : Fessenden-Trott Scholarship Committee

Public cible :

  • Citoyen canadien ou résident permanent
  • Entreprendre la deuxième année de son premier baccalauréat

Critères de sélection :

  • Le rendement scolaire
  • L’engagement dans la collectivité, le bénévolat et les activités
    parascolaires
  • La qualité et pertinence des lettres de recommandation

Valeur monétaire : 9000 $


 Bourse « aristocratique » #2 :

© École Polytechnique de Montréal — http://www.polymtl.ca/sc/sc_services_comm/norme/logo.php, marque déposée

© École Polytechnique de Montréal — http://www.polymtl.ca/sc/sc_services_comm/norme/logo.php, marque déposée

Bourse « pour les bols » d’excellence d’entrée de la Fondation de Polytechnique et du Directeur général

Commanditaire : Fondation de Polytechnique

Public cible :

  • Avoir étudié les deux dernières années à un cégep du Québec
  • Avoir obtenu un DEC d’une liste de programmes spécifiés
  • Être nouvellement admis à Polytechnique
  • N’avoir fait aucune étude universitaire après l’obtention du DEC

Critères de sélection : rendement scolaire (cote R ­> 32 000)*

Valeur monétaire : 2000 $

* D’autres critères équivalents existent.


Aristocrate

Synonyme pour désigner les gens de la classe des nobles d’une société, je m’y réfère pour étayer le fait qu’un étudiant pouvant se fier aux ressources financière$$ de ses parents pour lui financer ses études, en plus d’avoir des parents (serviteurs) qui font la lessive, les repas et autres corvées qu’ils épargnent à leur progéniture, cet étudiant très aisé qui recevrait une bourse d’excellence n’obtient pas de plus-value dans son cheminement académique, si ce n’est que de le permettre de rester plus riche monétairement et d’avoir plus de temps libre à être une machine humaine, un olympien intellectuel.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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