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L’histoire du jonc

Par Hélène Larouche, journal étudiant de l’ÉTS

Le 4 avril prochain, les finissants de Polytechnique aux sessions d’hiver et d’été 2009 recevront leur jonc, qui symbolise leurs responsabilités en tant qu’ingénieurs. Si tous les étudiants de l’École savent qu’ils pourront obtenir ce bijou à la fin de leurs études, bien peu en connaissent les véritables raisons.

Précisons d’entrée de jeu que la possession de l’anneau de fer martelé n’a rien à voir avec l’Ordre des ingénieurs du Québec. Il est vrai que plusieurs membres importants de l’OIQ sont présents aux cérémonies d’engagement de l’ingénieur, mais ce n’est qu’à des fins de visibilité. Il va alors s’en dire que votre parrain/marraine lors de cette cérémonie (personne vous remettant votre jonc) n’est pas obligatoirement le même parrain/marraine qui vous guidera dans vos premiers pas dans l’Ordre. Pour parrainer, il suffit d’être ingénieur, avoir un minimum d’expérience dans le domaine (celle-ci varie selon les différentes sections), avoir déjà prononcé son Engagement et porter son jonc. Bref, le port du jonc et l’acceptation des obligations affiliées n’ont donc rien à voir avec la terminaison d’un programme menant à un diplôme, avec les compétences de l’individu en tant qu’ingénieur ou avec l’adhésion à une association professionnelle. C’est un acte purement volontaire et ne constitue pas un droit d’exercer la profession.

L’histoire du jonc commence en 1922. Un groupe d’ingénieurs de Montréal se réunit afin de discuter de la solidarité entre ingénieurs et de leurs devoirs envers la société. Un membre de ce groupe, Herbert Haultain, professeur à l’université de Toronto, propose à ses collègues de créer une forme d’engagement. Ensemble, ils suggèrent que sept des ingénieurs les plus éminents du Canada, des présidents-sortants du Engineering Institute of Canada, soient les piliers d’une organisation qui s’appellera la Société des sept gardiens. Le but de cette société : créer un esprit de corps entre tous les ingénieurs du pays. On demande au poète, écrivain et Prix Nobel de littérature 1907 Rudyard Kipling de composer un rite et un texte d’engagement. Ce texte est d’ailleurs encore prononcé de nos jours lors des cérémonies de remise de joncs.

Il fallait maintenant trouver un symbole d’engagement. La Société et Kipling sont arrivés à l’idée d’un anneau de métal rugueux « comme l’esprit du jeune ingénieur » avec un fini martelé évoquant les difficultés rencontrées par l’ingénieur pour maîtriser la matière. Cet anneau devrait être porté à l’auriculaire de la main « qui travaille ». Le poète recommanda également l’utilisation du marteau et de l’enclume comme symboles ainsi qu’une chaîne tenue en main par ceux qui prononcent l’engagement évoquant les liens qui unissent tous les ingénieurs entre eux et l’obligation qu’ils ont de s’entraider.

La toute première cérémonie d’engagement a eu lieu en 1925 à Montréal. Par contre, cette cérémonie consacra uniquement les sept ingénieurs fondateurs qui devinrent le premier conseil d’administration de « The Corporation of the Seven Wardens Inc. ». C’est cette organisation à but non lucratif qui est toujours dépositaire du Rituel de l’engagement et est responsable d’en administrer le rite. Elle se compose aujourd’hui de 25 sections dans tout le Canada. C’est d’ailleurs encore en 1925 qu’a eu lieu la deuxième cérémonie afin d’introniser, entre autres, les sept gardiens locaux de la première section, la section de Toronto.

Bien que la cérémonie d’engagement de l’ingénieur soit une tradition canadienne, des droits d’auteur protègent le Rituel tant au Canada qu’aux États-Unis depuis 1925. L’anneau de fer martelé lui-même est une marque déposée.

Pour l’anecdote, notons que jusqu’en 1940, les anneaux étaient fabriqués en fer par les patients d’un hôpital d’anciens combattants à Toronto (et non avec les débris du premier pont de Québec effondré, comme certaines personnes le pensent). Malheureusement, le fer noircissait le doigt et se détériorait en réagissant à la chimie du corps. Résultat ? L’anneau n’était plus ajusté au doigt… C’est pour cette raison que la plupart des ingénieurs qui ont prononcé leur Engagement ont maintenant un jonc en acier inoxydable.

Finalement, rappelons que, même si les années de leurs débuts coordonnent, la cérémonie de l’engagement de l’ingénieur n’a rien à avoir avec votre admissibilité à l’OIQ. Par contre, y participer peut être une belle occasion de montrer que vous adhérez aux vertus de l’honnêteté, de transparence et de solidarité, valeurs également prêchées par l’OIQ. C’est aussi votre chance d’entrer dans une page d’histoire vieille de plus de 80 ans.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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